17 Classements sans suite dans l’affaire “Balancetonecoledart”

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Classements sans suite dans l'affaire de l'ISBA

Les chaudes soirées de l’ISBA pourraient devenir une « patate chaude » pour la Maire de Besançon.

Anne Vignot annonçait à l’automne dernier “ne pas avoir peur de la vérité et que toute vérité doit être dite en matière d’agressions ou de harcèlements à connotation sexuelle”. On peut lui donner acte qu’elle a agi dans le sens d’une vérité.

La page facebook “Balancetonecoledart” avait suscité une grande émotion au mois d’octobre 2020, celle-ci voulant démontrer, témoignages à l’appui, de nombreux faits de viols, d’agressions et de harcèlements sexuels au sein de l’Etablissement Supérieur des Beaux-Arts de Besançon, sous la tutelle de la mairie. Le Parquet avait alors, par la voix d’Etienne Manteaux le Procureur de la République, demandé aux plaignants et plaignantes ou aux témoins de se présenter au commissariat pour porter plainte.

Au terme d’une enquête compliquée due en particulier à la volonté d’anonymat des plaignants, les enquêteurs ont identifié 17 publications sur Facebook pouvant faire l’objet de poursuites. Aucune plainte et donc aucune enquête n’a été diligentée sur 12 faits considérés par le Procureur comme véniels (propos sexuels et/ou racistes). Les cinq autres faits « graves » concernaient deux accusations de viol, deux agressions sexuelles et un fait de harcèlement. Le procureur a tout d’abord rappelé que les étudiantes et étudiants de l’ISBA sont tous de jeunes adultes (plus de 18 ans).

S’agissant de la première accusation de viol (fellation) mettant en cause un moniteur-conseiller artistique des étudiants, proche du directeur Laurent Devèze, la « victime » est restée anonyme. Les enquêteurs n’ont donc pas pu établir la matérialité des faits et confronter la « victime » à son violeur. Interrogé par les enquêteurs, le professeur a reconnu des “relations occasionnelles consenties”.

Dans la seconde accusation de viol, une étudiante (née en 1993) parle d’un rapport sexuel avec un formateur (né en 1990). Après une soirée très arrosée et aux relents de stupéfiants “j’étais dans un état second et avais l’impression d’avoir été violée”. Là aussi, le formateur interrogé par les enquêteurs parle de “relation consentie le matin une fois que nous étions dégrisés”. La jeune femme de 27 ans avait accepté de venir passer la nuit chez le professeur.

S’agissant des faits d’agressions sexuelles, la première à l’encontre du directeur Laurent Devèze, un étudiant évoque “des mains aux fesses…tu vas être mon petit protégé”. Le directeur de l’ISBA reconnaît que c’est l’habitude d’avoir des préférences mais réfute l’agression avec les mains sur les fesses. Le Procureur, en tout état de cause, ne peut pas poursuivre, les faits éventuels étant prescrits (2013). L’autre agression concerne un moniteur de l’ISBA âgé de 43 ans et un étudiant en 5ème année de 28 ans. Après une soirée (encore trop arrosée) il aurait passé la main dans le pantalon de l’étudiant “je l’ai dragué et je n’ai pas insisté” se défend l’enseignant…

Sur le fait de harcèlement sexuel à l’encontre du directeur Laurent Devèze, les éléments flous faisaient état d’un lien fort maintenu entre un ancien étudiant et le directeur de l’ISBA et de propositions sur d’éventuelles relations sado-masochistes.

Pour le procureur de la République qui n’a, factuellement, que deux plaintes enregistrées (l’une pour agression sexuelle et l’autre pour harcèlement), le flou ne permet pas de poursuivre. “En matière de délit ou de crime sexuel, il faut une certitude absolue et le moindre doute doit bénéficier aux mis en cause”.

Les soirées trop arrosées et certaines fumées nocives, semblent être la règle dans les écoles d’art. Besançon ne déroge pas à cette règle. Selon les propos des professeurs entendus “la sexualité permet d’éveiller la conscience artistique…”

Tout cela pour ça pourrait-on dire rapidement ! Certains parlent de vengeance interne contre la direction de l’ISBA, d’autres de comportements inappropriés. Le Procureur va informer la Maire de Besançon sur les conclusions de l’enquête et le classement sans suite de l’ensemble des faits. Il appartient maintenant à Anne Vignot et Aline Chassagne (adjointe à la culture et présidente de l’ISBA) d’engager la procédure disciplinaire contre Laurent Devèze qui pourrait aboutir à sa révocation de la fonction publique territoriale pour faute grave ! C’est une autre affaire qui risque de brûler les doigts de la municipalité.

Yves Quemeneur