20 ans après, l’énigme de Saint Ferjeux est résolue

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Enigme de Saint Ferjeux
Le général Stéphane Gauffeny, patron de la gendarmerie de Franche-Comté et Etienne Manteaux, procureur de la République de Besançon satisfaits d'avoir abouti à l'arrestation du coupable ©YQ

Dans la nuit du nouvel an 2000, deux jeunes filles de 13 ans se font agresser sexuellement à côté de la basilique de Saint-Ferjeux. Malgré une enquête minutieuse de la gendarmerie, la justice conclut in fine à un non-lieu.

Retour sur une soirée de réveillon agitée

Les deux jeunes filles viennent de quitter la soirée de réveillon du 1er janvier 2000. En passant devant la basilique de Saint Ferjeux, un individu les bouscule, elles se réfugient dans une cabine téléphonique. L’agresseur leur fait ôter leurs culottes et exige une relation sexuelle. L’une des victimes va alors tenter de fuir et frappe l’homme au visage avec le combiné téléphonique. Cela n’empêche pas l’homme de poursuivre son agression par un viol. Les deux jeunes filles vont finalement fuir, retrouver leur famille et porter plainte. La brigade de recherche de la gendarmerie va effectuer des prélèvements ADN dans la cabine téléphonique et sur le tee-shirt taché de sang de l’une des victimes.

Affaire « cold case » classique

En 2000, le fichier des empreintes génétiques n’existait que depuis deux ans et les technologies balbutiaient encore sur la précision de ces empreintes. Les traces relevées sur le tee-shirt permettent toutefois une inscription dans le fichier national automatisé des empreintes génétiques (FNAEG). En 2004, deux individus sont interpellés pouvant correspondre au profil de l’agresseur. Ils sont rapidement mis hors de cause. La procédure conclut à un non-lieu qui éteint l’action publique.

Le temps de prescription, un atout pour les enquêteurs

Les crimes et délits d’ordre sexuel sont prescrits dorénavant au terme de 30 ans. S’agissant de mineures au moment des faits, cette prescription court à compter de la majorité des victimes. Et le non-lieu ne détruit pas les traces ADN enregistrées dans le fichier national. L’article 706-55 du Code de procédure pénale fixe tous les crimes et délits qui entrainent un prélèvement ADN et son inscription au fichier national. Ce fichier contient aujourd’hui le profil ADN de plus de 3 millions d’individus et 400 000 traces sont considérées à ce jour comme inconnues.

Ça matche !

C’est ainsi qu’à la suite du banal vol d’une tronçonneuse dans l’entreprise qui l’emploie à l’été 2019, un homme est appréhendé et son empreinte génétique prélevée.

Les algorithmes du fichier se mettent au travail. Stupeur et étonnement des gendarmes chargés de l’enquête du vol qui découvrent le possible violeur de Saint Ferjeux. L’homme a 60 ans, père de famille de trois enfants et totalement inconnu de la justice. Mis en garde à vue le 14 novembre, le père de famille finit par avouer sa présence sur les lieux au moment des faits et après un long interrogatoire les agressions sexuelles et viol dont il s’est rendu coupable il y a près de vingt ans. Finalement soulagé d’être arrêté au terme d’un très long déni de réalité, l’homme  explique son geste par l’énervement et l’alcool.

Il a été présenté ce vendredi 15 novembre à un juge d’instruction qui l’a mis en examen pour viol et agressions sexuelles sur mineures de moins de 15 ans. Il encourt une peine de 20 ans de réclusion criminelle.

La police scientifique, la précision des prélèvements ADN et la préservation des scellés permettent de résoudre des enquêtes « classées ». C’est probablement un soulagement pour les deux victimes aujourd’hui âgées de 33 ans.

Yves Quemeneur