A Besançon, la démocratie c’est aussi au “café du commerce”

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Ouverte en 1873, cette institution de la vie bisontine depuis 147 ans bruissait jusqu'au 14 mars des politiques de "café du commerce" ©YQ

Ce dimanche 15 mars 2020, Besançon semble figée ! Le printemps s’habille de ses atours mais rien n’y fait. Les bisontins restent chez eux.

Quelle démocratie

Le Premier Ministre nous demande, à juste titre, de limiter nos déplacements, de ne pas se côtoyer tout le temps nécessaire à éradiquer ce satané virus.

Brasserie Granvelle fermée
Malgré le soleil matinal du 15 mars, la brasserie de la promenade Granvelle est désespérément vide de clients ©YQ

Alors, il nous est interdit de refaire le monde devant un petit noir ou un verre de Chardonnay en terrasse, interdit de discuter de telle ou telle politique utile à notre collectivité. « En même temps » (à la mode macronienne) le gouvernement nous tirera les oreilles si nous ne faisons pas notre devoir civique en allant voter. N’est-ce pas incohérent ?

Demain lundi 16 mars, il y a une campagne électorale du second tour. Comment peut-elle se dérouler avec équité entre les candidats si ceux-ci (ou celles-ci) ne peuvent ni tenter de discuter et convaincre, ni réunir leurs soutiens, ni même communiquer en dehors des réseaux sociaux.

permanence Anne Vignot
On notera l’optimisme d’une candidate à la mairie de Besançon, ce dimanche 15 mars, en contravention avec le code électoral ©YQ

Certaine anticipe sa réussite du premier tour…au risque d’avoir sur le dos un recours en Conseil d’Etat sans même savoir si le second tour aura bien lieu !

Quelle économie

Dans le prolongement de la fermeture des établissements scolaires et universitaires, tous les commerces sont fermés à compter du 15 mars 2020 à 00h00 pour une période indéterminée à l’exception des commerces alimentaires, des pharmacies, des stations-service et des buralistes et autres vendeurs de presse !

Bon, jusque-là on comprend à peu près. Les ventes en ligne continuent, c’est admissible si toutefois la logistique n’est pas confinée. Pour autant, y a-t-il une cohérence entre un magasin de jouets indépendant fermé, un magasin de vêtements fermé et un hypermarché ouvert aux quatre vents qui continue allègrement à vendre les pots de yaourts, les robes, pantalons, puzzles et autres jeux. Le coronavirus s’arrête-t-il aux parkings d’hypermarchés comme naguère le nuage de Tchernobyl avait été arrêté par la ligne Maginot ?

Paracétamol
Beaucoup de molécules de base nécessaires à notre santé sont exclusivement fabriquées en Chine – photo d’illustration
respirateur artificiel
Les respirateurs artificiels indispensables à sauver des vies sont aussi fabriqués en Chine -photo d’illustration

Nous avons atteint les limites de la mondialisation. Non pas que cette globalisation doive être éradiquée comme le Covid-19 mais que nous prenions conscience qu’un certain nombre de produits et de services sont stratégiques pour la défense de l’indépendance et de la souveraineté des Etats. C’est le cas pour des médicaments aussi anodins mais aussi indispensables que le paracétamol, la fabrication de matériels chirurgicaux ou de réanimation comme les respirateurs tous fabriqués en Asie. C’est aussi le cas des services informatiques ; que ferions-nous sans portable (tous fabriqués en Chine ou en Corée), que ferions-nous sans le système GPS, totalement maîtrisé par les Etats Unis.  L’Europe est un nain politique parce qu’elle est un nain économique (ou l’inverse).

Quel civisme enfin

pénurie alimentaire coronavirus
Le rayon “pâtes” vidée ce dimanche 15 mars au Monop’ de la Grande Rue à Besançon ©YQ
pénurie alimentaire coronavirus
Plus d’essuie-tout et de papier toilette au Monop’ de Besançon ©YQ

“Tout pour ma gueule, les autres je m’en fiche”. C’était la colère dans un supermarché du centre-ville de Besançon de la part d’une employée à la mise en rayon. Autour d’elle, les consommateurs se bousculaient, voire se battaient pour un kilo de pâtes, un paquet de riz ou des rouleaux de papier-toilette. Ce pays autrefois solidaire, serait-il devenu fou ? Le pays de Voltaire, de Montaigne et des Encyclopédistes, la nation de Victor Hugo, celle du siècle des Lumières aurait-il perdu tout sens de la raison ? Ces incivilités risquent de se développer dans les jours à venir. Les petits caïds de Planoise vont-ils dorénavant faire commerce de lasagnes et de risotto ? On peut souhaiter bien du plaisir aux futurs élus (ues).

Yves Quemeneur