A la halte nautique

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A la halte nautique, il y a des touristes,

De nationalités communes ou improbables,

Des rencontres trop futiles, qu’on voudrait plus durables,

Avec des femmes si belles, qu’elles semblent irréalistes.

Elles demandent leur chemin, pour trouver du pain,

On préférerait, de loin, indiquer la colline,

Les y accompagner, pour que l’adrénaline,

Nous pousse au rapprochement extra-européen…

A la halte nautique, presque tous font un signe,

De la tête, de la main, ça dépend, suivant l’heure,

Les couples semblent heureux, souvent conciliateurs,

Lorsqu’à leur passage, je dois ôter mes lignes.

Certains d’entre eux s’arrêtent, pour y passer la nuit,

D’autres, plus rares, proposent un bon verre de Bourgogne.

Mais comme je ne veux pas passer pour un ivrogne,

Je leur demande plutôt s’ils ont du jus de fruit.

Là, les langues se délient, les discussions s’enchainent,

Je suis souvent surpris, du savoir qu’ils possèdent,

Sur notre culture française, nos fonctions régaliennes,

On en apprend tellement, de ceux qui nous diffèrent.

Se confrontent les avis, les codes et leurs raisons,

Un peu comme si nos dogmes se réinitialisaient,

Comme si nos divergences d’un coup s’aplanissaient,

Pour se fondre et prôner la réconciliation.

Ballotés par les flots, on vit presque hors du temps,

Je ne vous dirai pas tout, tout n’est pas raisonnable,

La vérité n’est pas toujours si profitable,

Mieux vaut imaginer, l’issue de ces moments.

Rêver juste un instant de ces côtes étrangères,

De ces courants contraires, et du grand tourbillon.

Pour reconsidérer nuisible, la transgression.

S’affranchir des passions, passées, trop éphémères.

A la halte nautique, j’y passerai mes vacances,

Conforté par Ondine, immuable et confiante.

Coulent alors sur mes doutes, quelques gouttes d’espérance,

De lendemains qui chantent, au bord de l’eau courante.

A la halte nautique, il y a des touristes,

De nationalités communes ou improbables,

Puis un jour on se rend compte que tous ces passages,

Conduisent à devenir plus sage et réaliste.

Cyril Kempfer