Doubs. Un dernier au revoir à  » Zaza « 

Au Kursaal de Besançon le 13 novembre 2021, Besançon et plus largement la Franche-Comté rendait hommage à Paulette Guinchard, ancienne ministre, en présence de Lionel Jospin.

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Paulette Guinchard ©Ludovic Laude
Une vie de droiture au service de ses convictions

« Je suis la seule ministre qui sait traire les vaches » s’était amusée un jour celle qui naquit en 1949 à Reugney, à côté d’Ornans dans une famille d’agriculteurs. Elle s’engage en politique à 20 ans au PSU de Michel Rocard. En 1983, Robert Schwint le Maire socialiste de Besançon l’appelle auprès de lui. Elle va assurer pendant plus de 17 ans un poste d’adjointe puis de conseillère municipale.

Infirmière en psychiatrie spécialisée auprès d’enfants autistes puis formatrice aux métiers d’accompagnement des personnes âgées, Paulette Guinchard devient députée de la 2ème  circonscription du Doubs de 1997 à 2007. En 1999, le Premier Ministre Lionel Jospin lui confie un rapport sur « Vieillir en France, enjeux et besoins d’une nouvelle orientation politique en direction des personnes âgées en perte d’autonomie » avant de la nommer en 2001 Secrétaire d’Etat aux personnes âgées. A ce titre, elle est à l’origine de l’Allocation Personnalisée d’Autonomie (APA).

Ils étaient environ 400 à rendre hommage à Paulette Guinchard le 13 novembre au Kursaal de Besançon ©YQ
Au milieu des anonymes, Jean-Louis Fousseret l’ancien maire de Besançon ©YQ

Après sa décision de ne pas se représenter aux élections législatives de 2007, elle poursuit son combat en faveur des personnes âgées, tout d’abord à la Fondation de gérontologie puis lance un Appel pour l’équité en faveur des aidants pour valoriser leur rôle et les soutenir concrètement.

A l’issue de la canicule de 2003, Paulette Guinchard avait ironisé « Enfin, on découvre qu’on a des vieux ».

Le Kursaal vibrait d’émotion
Marie-Guite Dufay, Présidente de la région Bourgogne Franche-Comté pendant son hommage à son amie Zaza ©YQ

Dans la salle de spectacles qui a applaudi aux victoires de la gauche depuis Jean Minjoz, le moment était au recueillement pour une femme politique qui représenta Besançon et la Franche-Comté depuis son premier mandat municipal en 1983. Il y avait bien sûr toute la troupe des militants du parti socialiste et au-delà, celles et ceux qui ont fait « le programme commun » ou « la gauche plurielle », de Marie-Guite Dufay, amie proche de Zaza, à Abdel Ghezali premier adjoint d’Anne Vignot (absente pour raisons familiales), Christophe Lime et ses amis du Parti communiste. Anonymes parmi les 400 personnes présentes au Kursaal, Jean-Louis Fousseret l’ancien Maire de Besançon et Claude Jeannerot, ancien sénateur et président jusqu’en 2015 du conseil départemental du Doubs. C’est dire que l’hommage n’était pas seulement celui de ses amis bisontins, mais celui de toute la Franche-Comté pour celle qui termina sa vie à Chaux-Neuve dans le Haut-Doubs. « Nous avions en commun nos profondes racines rurales et notre accent, bien reconnaissable, faisait reconnaître notre région dans d’autres coins de France où nous passions » (Jeannette Gros). Oui, Paulette Guinchard a été, au cours des années 90, une ambassadrice de la Franche-Comté et celle des « vieux » pour lesquels elle a œuvré pour la dignité et les droits.

Lionel Jospin, l’ancien premier ministre et « patron » de Paulette Guinchard en 2001, avait fait le déplacement à Besançon. On reconnaît derrière lui Barbara Romagnan, l’anncienne députée de la 1ère circonscription du Doubs ©YQ

L’ancien premier ministre Lionel Jospin qui appela Paulette Guinchard en 2001 dans son gouvernement, était présent pour une allocution sobre…à son image !

Digne jusque dans la mort

C’est le mot qui l’identifie le mieux. Atteinte d’une maladie dégénérative irréversible, l’ancienne secrétaire d’Etat aux personnes âgées s’est donné la mort en mars dernier. « Un suicide assisté » en Suisse (ce protocole est interdit en France) qu’elle a revendiqué. En 2005, elle signait une tribune dans le Monde où elle écrivait « Vivre avec un sentiment de dignité jusqu’à la fin doit être permis à tous ». Cet acte fort était pour elle une délivrance et l’espoir de faire évoluer la loi Léonetti sur la fin de vie. « Avec cet acte ultime de liberté, tu as choisi la seule voie possible pour toi, celle de la dignité » (Eric Alauzet)

En politique, on peut contester et débattre des idées. Rien ne prive du respect de l’humain. Marie-Guite Dufay, son amie de longue date, a résumé son action et sa vie « Zaza était loin des canons habituels de la politique. Elle avait foi dans la politique pour changer les choses ».

Yves Quemeneur