Alain Bulle : peindre avec son âme

180
Alain Bulle peint avec son talent et son âme.

“Si tu n’as rien à raconter, alors ne peins pas”, tel est le credo d’Alain Bulle, un artiste peintre passionné et passionnant.

A quel âge avez-vous empoigné votre premier pinceau ?
J’avais 20 ans, j’en ai 55 aujourd’hui. J’ai ressenti le besoin de raconter des choses, des expériences, des pans de ma vie. J’ai eu la chance de rencontrer André Oudet, un artiste peinte jurassien qui m’a transmis de son savoir et de sa philosophie. C’est de lui la maxime qui me suit toujours : je dois toujours avoir quelque chose à dire dès que je peins. Grâce à lui, j’ai appris la technique des tableaux vitraux, qui sont sa spécialité, mais j’ai rapidement eu envie de découvrir d’autres façons de peindre.

Vous avez suivi une formation spéciale ?
Tout à fait. Je me suis inscrit aux beaux-arts, à l’université de Besançon. C’étaient des cours du soir et ça a duré 5 ans. Au début de ce cursus, j’avais une pression de fou sur mes épaules. Je voulais que tout soit parfait et surtout, je craignais de ne pas avoir le niveau. Mais au final, je me suis libéré de cette pression, je me suis décomplexé et j’ai pu redevenir moi-même. On sort d’une relation manichéenne avec soi-même : c’est bien, c’est mal. On temporise, on accepte ses lacunes et ses forces. Ce sont surtout les séances de nu qui m’ont aidé.

Comment ça ?
Les modèles se livraient sans pudeur à notre œil et nos pinceaux. J’ai appris à observer des corps, des êtres humains qui se donnent tout entier à la beauté de l’art. La perfection en tant que telle n’existe pas, pourquoi vouloir l’être à tout prix ? Ce qui compte, c’est la sensibilité que l’on y met, la partie de soi que l’on accepte de dévoiler au travers nos toiles. Parce qu’en réalité, quel que soit le sujet de la peinture, on parle toujours de soi.

Vous voulez dire que vos œuvres parlent de vous ?
Oui, elles sont toutes issues de périodes spécifiques de ma vie, parfois très fortes personnellement, parfois liées aux événements liés à l’actualité.

Vous pourriez m’en dire plus ?
Eh bien, prenons la collection “Et puis paf l’épitaphe”. Comme son nom l’indique, c’est une série de tableaux qui traite de la mort soudaine, qui peut frapper n’importe quand, n’importe qui. Ce besoin d’aborder ce sujet sensible est venu lors d’une période particulièrement morbide de ma vie, alors que je perdais beaucoup de membres de ma famille. Tout a commencé par le décès brutal de mon beau-frère. J’ai eu besoin d’exorciser ma peine et mon incompréhension mais aussi parler de la faucheuse qui peut survenir d’un coup. Dans un registre plus gai, j’ai beaucoup peint de fleurs dont les détails sont … comment dire … suggestifs ! Je laisse les yeux curieux les découvrir ! Petit indice : cette collection s’appelle “Le Jardin des Délices”.

Vous me parliez également de peintures issues de l’actualité …
Oui, c’est le cas de mes toiles peintes au moment des attentats de Paris, à commencer par celui de Charlie Hebdo. La série s’intitule “Paris est une fête”. Je voulais faire ressortir ce que notre capitale a de plus beau en dépit de l’horreur même si des traces de ce qu’elle subit apparaissent dans la peinture.

Vos œuvres restent en France ?
Pas du tout, elles voyagent (sourire). Actuellement, certaines d’entre elles se trouvent à New-York, d’autres à Los Angeles et Shangaï. D’ailleurs, le passage à la douane en Chine fut des plus périlleux. C’étaient des toiles issues du Jardin des Délices et visiblement, les messages cachés n’ont pas échappé aux pupilles puritaines des chinois ! Dans notre région, je suis visible chez Roméo, à Nans sous Sainte Anne et à Radio Villages notamment. De nombreuses toiles passent en Suisse également.

Vous en avez fait votre profession ?
Absolument pas ! Je ne m’adonne à la peinture que par passion, par pur plaisir et un peu comme un exutoire. Depuis que je peins, j’ai réalisé près de 400 toiles, et chacune d’elles a une histoire … et quelque chose à raconter. Tant que j’aurai des choses à exprimer, je continuerai à peindre.