Alain Mathieu, président du CIGC répond à nos questions

Première AOP (Appellation d’Origine Contrôlée) de France, a production de Comté ne cesse de progresser. Les agriculteurs souvent décriés par les défenseurs de l’environnement ont à cœur de faire connaître leurs efforts en la matière en communiquant avec pédagogie.

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La nouvelle maison du Comté à Poligny est un signe fort de la volonté de mieux faire connaître la filière.

Quel regard portez-vous sur la santé de la filière ?

La filière Comté a traversé les deux dernières années en s’adaptant aux conditions du moment particulièrement difficiles pour tous. Malgré la crise du Covid, les consommateurs ont été très fidèles au Comté. Les ventes ont même légèrement progressé sur la période pour atteindre aujourd’hui près de 64 000 t. Nous savons aussi dans le même temps que le Comté n’a pas vocation à nourrir le monde. Notre production est donc limitée. Dans ces conditions, il nous faut travailler encore et toujours la qualité.

Ou en est votre nouveau cahier des charges ?

La confiance du consommateur se gage à travers des engagements forts sur la qualité du Comté bien sûr, mais aussi les conditions de production. Nous avons aujourd’hui un cahier des charges des plus restrictif en Europe. Il intègre des mesures très fortes en matière de préservation du milieu naturel. Par exemple, chaque producteur est limité dans la quantité de lait qu’il produit. C’est le meilleur rempart à l’intensification de la production. Dans notre cahier des charges en cours d’instruction, nous voulons allez plus loin. La préservation de notre modèle agricole familial, et de l’environnement, sont au cœur de nos prochaines mesures. A titre d’exemple, nous souhaitons limiter la taille des fermes, limiter le nombre de vaches par producteur. En matière d’environnement nous mettons en place une gestion très rigoureuse de la fertilisation. Si nous sommes impatients que notre futur cahier des charges soit officialisé, nous n’attendons pas sa validation par les instances administratives pour agir. La filière adapte sans cesse ses pratiques avec des résultats.

Le Comté a été reconnu par Greenpeace et WWF pour sa contribution à la préservation de l’environnement. Comment avez-vous pris cette bonne nouvelle ?

Le Comté a été analysé pour sa contribution au développement durable sous l’angle à la fois environnemental et socio-économique. Cette étude a été conduite par le Bureau d’Analyse Sociétale pour une Information Citoyenne (BASIC) pour le compte de ces 2 ONG.

Avec un score de 10 sur un total possible de 12, les engagements de la filière Comté arrive au même niveau que les démarches les plus exigeantes de l’agriculture biologique.

Ce résultat, bien sûr, nous fait plaisir, mais il n’est pas une finalité. Il reconnait une fois de plus l’excellence du travail accompli par les producteurs, les fromagers et les affineurs qui œuvrent au quotidien depuis des décennies pour préserver les ressources naturelles de notre territoire et animer nos campagnes. C’est aussi un encouragement à aller plus loin dans nos engagements, ce que nous faisons avec notre futur cahier des charges.

Quels sont les nouveaux projets de la filière ?

Nos projets sont orientés sur la notion de partage autour du Comté. Tout d’abord, il s’agit pour nous d’inscrire dans la durée la belle fréquentation enregistrée par la Maison du Comté depuis son ouverture le 19 mai. C’est un outil pédagogique formidable à destination de tous les publics. La Maison du Comté permet à tous de mieux comprendre la fabrication du Comté en mettant en éveil nos 5 sens : la vue, l’ouïe, le touché, l’odorat et bien sûr le goût.

Plus largement sur le territoire, nous souhaitons faire partager aux francs-comtois ce que nous faisons au quotidien dans nos fermes, nos fruitières, nos caves d’affinage. C’est ce que nous ferons lors des « Rendez-vous du Comté » que nous organisons du 5 mai au 8 mai 2022. Aussi tous les acteurs de la filière : producteurs, fromagers, affineurs ouvriront largement leurs portes pour expliquer leurs pratiques, en toute transparence. Ils pourront répondre à toutes les questions que les visiteurs se posent.

Alain Mathieu, président du CIGC.

 

Le Comté ne connait pas la crise!