Analyse des besoins sociaux : une banque de données exhaustive pour mieux comprendre Besançon

78

Le conseil municipal de Besançon du jeudi 18 février 2021 a étudié les chiffres, données et statistiques pour déterminer les objectifs de la Ville en matière de lutte contre les inégalités, l’exclusion et les discriminations.

Un travail approfondi réalisé par les équipes du CCAS

Alors que la Loi fait obligation aux collectivités locales de produire une “analyse des besoins sociaux” tous les cinq ans, Besançon publie cette analyse tous les ans. L’étude sur l’année 2020 présentée début 2021 a été bousculée par la crise sanitaire et les échéances électorales. Ce travail va permettre d’identifier les effets de la crise de 2020 et poser les points de vigilance dans l’évolution de la situation du territoire bisontin et pour les plus fragiles de ses habitants.

Un contexte socio-économique fragile

Si certains secteurs d’activité ont retrouvé un niveau d’activité proche de la normale, le territoire de Besançon a été particulièrement affecté par la baisse importante d’activité dans l’aéronautique, l’automobile et bien sûr le tourisme et la culture.

L’emploi s’est dégradé avec un taux de chômage de 7,5% à Besançon au troisième trimestre 2020, toutefois largement en deçà de Montbéliard (11,5%). L’évolution de la demande d’emploi dans la zone d’emploi de Besançon a augmenté de 4% de septembre 2019 à septembre 2020. 8 400 emplois ont été supprimés sur Besançon au 2ème semestre 2020, du fait de la chute des embauches et le net recul de l’intérim. Le dispositif d’activité partielle a néanmoins atténué le choc social lié aux confinements et à l’arrêt de l’économie mondiale.

Une population vieillissante qui se réduit

Sur les chiffres du dernier recensement, la Ville de Besançon a perdu près de 2 000 habitants en 10 ans alors que la métropole de Grand Besançon en gagnait 4 000. On comprend mieux l’intérêt du projet d’éco-quartier des Vaîtes et la réhabilitation de Planoise pour inverser la tendance et faire de Besançon une ville où il fait bon vivre.

Plus de la moitié de la population a entre 20 et 59 ans. Les jeunes de moins de 20 ans représentent seulement 23,7%, au même niveau que les personnes de plus de 60 ans.

L’augmentation du nombre de personnes vivant seules (30%) est à mettre en parallèle aux couples avec enfants qui diminuent à 31,5%. Près de 13% sont des familles monoparentales.

Le vieillissement de la population et la diminution du nombre d’enfants conduit à un solde naturel négatif. Besançon n’est pas une exception. Et c’est bien le solde migratoire (arrivées à Besançon/départs de Besançon) qui pose problème. Ludovic Fagaut (Besançon Maintenant) cite en particulier l’université “Les étudiants font leur premier cycle à Besançon puis poursuivent en second cycle dans d’autres universités”. Besançon, malgré des industries et des laboratoires de pointe, peine toujours à attirer de nouveaux talents. L’histoire “sociale” de Besançon et l’absence d’infrastructures de transports (routes, fer et fibre) à la hauteur des exigences du monde de demain, en sont en partie les causes.

Des revenus d’activité en baisse et des prestations sociales en hausse

Avec un revenu médian mensuel de 1 592€ (1 759€ pour le territoire national), Besançon voit les revenus d’activité baisser à 70,1% pendant que les prestations sociales augmentent à 8,7% du total des revenus. Il y a bien une corrélation entre l’activité économique et la part de redistribution. Le même chiffre de revenus d’activité est à 74% à Dijon alors que les revenus de prestations sociales y sont inférieurs de trois points.

C’est bien le dynamisme économique et l’attractivité des entreprises qui créent de la richesse sur un territoire. La redistribution, si elle est indispensable, aurait plutôt tendance à augmenter le taux de précarité et de pauvreté pour les ménages. 46% des ménages bisontins ont pour seul revenu les allocations CAF et 50% des bénéficiaires de l’allocation logement du Doubs, résident à Besançon.

62,4% des habitants de Besançon sont locataires et 22,7% le sont dans l’habitat social

En 25 ans, le nombre d’occupants par logement est passé de 2,3 à 1,8. C’est tout le sens de la rénovation urbaine mise en œuvre à Planoise afin de mieux coller aux besoins des nouveaux ménages : 54% des ménages sont composés d’une seule personne (d’ailleurs faut-il encore parler de ménage ?) Si 32% des résidences principales de Besançon sont des T1 ou T2, il reste encore 42,3% de T4 et plus. Avec un tel écart entre l’offre et les besoins, on comprend mal la position du Parti communiste (associé à la majorité municipale) de s’opposer à la déconstruction d’immeubles…ou alors serait-ce pas “clientélisme”… ? Par ailleurs, le programme NPRU de Planoise a comme objectif de « casser la ghettoïsation » du quartier, le relogement des ménages se faisant obligatoirement en dehors des quartiers dits sensibles. Le bien-vivre ensemble passe par la mixité sociale dans l’habitat.

L’accès aux soins confirme le caractère social de Besançon

Sur les 86 718 personnes affiliées au régime général de sécurité sociale à Besançon, 22,3% sont bénéficiaires d’aides spécifiques dont 602 personnes au titre de l’AME. L’aide médicale d’Etat est un dispositif permettant aux « étrangers en situation irrégulière » de bénéficier d’un accès aux soins. Les 14 297 bénéficiaires de la CMU-C n’ont-ils pas vocation à sortir de l’assistanat grâce à la croissance économique, à l’emploi et donc à une augmentation de leur pouvoir d’achat ?

Il apparaît par ailleurs que les bénéficiaires de la CMU-C “jugent leur état de santé moins bon que le reste de la population”. C’est confirmé par les chiffres de recours aux généralistes en 2020. Alors que 72,2% des affiliés au régime général à Besançon ont eu recours à un médecin généraliste en février 2020, le pourcentage monte 80,3% pour les bénéficiaires de la CMU-C (et 81,8% contre 73,9% au mois de novembre 2020).

Cette analyse précise des besoins sociaux de Besançon aurait dû s’intituler « constat de la situation sociale » de la capitale comtoise. C’est à partir de ce constat, qui n’est pas nouveau, que les politiques publiques doivent orienter leurs investissements : pour une meilleure attractivité économique permettant de créer de nouveaux emplois et diminuer la part des prestations sociales, pour attirer vers Besançon une population jeune et active grâce à des logements neufs et/ou réhabilités (c’est le sens du dispositif gouvernemental “cœur de ville”). Le constat est clair. Va-t-il être pris en compte par la municipalité ?

Yves Quemeneur