Anne Vignot “Aujourd’hui ce n’est pas hier” à Besançon

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Son "jury d'examen" est loin... Anne Vignot garde son cap à la Mairie de Besançon " ©YQ

L’eau était froide mais la Maire de Besançon apprend à nager.

Premier conseil municipal de la nouvelle équipe bisontine. L’opposition a bien tenté de mettre la tête sous l’eau d’Anne Vignot et d’Anthony Poulin son adjoint aux finances…et à la résilience (sic) ! Ils ne s’en sortent pas si mal.

La Maire va diminuer son indemnité de fonction

On attendait une passe d’armes sur l’augmentation des indemnités de fonction des nouveaux élus. Si Eric Alauzet est revenu sur le nombre trop important d’adjoints, son argument a fait long feu devant l’annonce d’Anne Vignot de réduire le montant de son indemnité de 1 000€/mois pour rester dans l’enveloppe globale. Elle touchera quand même 4 578€ brut par mois auxquels s’ajoutera l’indemnité du poste de présidente de Grand Besançon Métropole. Celle qui veut faire preuve de la plus grande transparence vis-à-vis des bisontins pourra peut-être clarifier son statut de fonctionnaire du CNRS. Fait-elle valoir ses droits à la retraite (et si oui pour quel montant ?) ou est-elle simplement en disponibilité ? C’est l’ensemble de sa rémunération qui mérite d’être connue des habitants de Besançon. Les 16 adjoints perçoivent une rémunération de 1885€ pendant que les conseillers de l’opposition recevront une indemnité de 289€/mois. Les 23 conseillers municipaux délégués perçoivent quant à eux une indemnité majorée de 675€ par mois, en hausse de 40€.

Certains pourront regretter la nomination des trop nombreux conseillers municipaux délégués : auprès de la Maire, Nicolas Bodin (attractivité économique), Frédérique Baehr (commerce) et Julie Chettouh (marchés et circuits courts) ; André Terzo (animation sportive) auprès d’Abdel Ghezali ; François Bousso (éco-tourisme urbain, Citadelle et tourisme culturel), Juliette Sorlin (bibliothèques, archives et créations culturelles) et Olivier Grimaître (musiques actuelles, arts urbains) auprès de Aline Chassagne ; Françoise Presse (prévention des risques sanitaires) et Cyril Devesa (réseaux nationaux de santé) auprès de l’adjoint en charge de la santé et de l’hygiène ; Valérie Haller (lutte contre les discriminations et le droit des femmes) Aurélien Laroppe (urbanisme et opérations d’aménagements), Christophe Lime (lutte contre les pollutions), Sébastien Coudry (évaluation des politiques publiques et open data), Marie Etevenard (petite enfance et parentalité), Nathan Sourisseau (coordination jeunesse), Pascale Billerey (projet éducatif de territoire et ville amie des enfants), Marie Zehaf (voirie de proximité et propreté des espaces publics), Philippe Cremer (accueils des sans-abris et accompagnement des migrants) et Jean-Hugues Roux (isolement, dépendance et accessibilité). Lorine Gagliolo accompagnera l’adjoint chargé de Planoise. Marie-Thérèse Michel s’occupera de la faune animale et de la flore. Enfin, Jean-Emmanuel Lafarge aura en charge la maîtrise de l’énergie et le schéma directeur des écoles et Anne Benedetto d’optimiser la gestion et l’occupation des locaux. Ça fait un peu armée mexicaine !

Long débat sur les orientations budgétaires 2020
Ludovic Fagaut se pose en chef de file de l’opposition municipale ©YQ

Pour les néophytes des finances publiques, valider des orientations budgétaires de l’année en cours au bout de sept mois, relève de la magie. Anthony Poulin a même failli sortir un lapin de son masque en faisant croire que ces orientations budgétaires portaient la marque du « monde de demain ». En réalité, il ne s’agissait que de légères modifications liées aux conséquences de la crise sanitaire. Il fallait ajuster les 6 millions de déficit de fonctionnement : 3 millions d’euros de recettes en moins sur la période et 3 millions de dépenses supplémentaires dont l’achat des équipements sanitaires (masques, gel…). La bonne gestion financière de l’exécutif précédent a permis de trouver une marge de manœuvre en puisant dans l’épargne nette. Là encore pour les lecteurs plus habitués à la comptabilité analytique, l’épargne nette c’est l’auto-financement. Il faudra bien un jour s’occuper de nettoyer et simplifier la comptabilité publique pour qu’elle soit accessible aux « actionnaires » que sont les contribuables !

Eric Alauzet, opposant pugnace à la Maire de Besançon et défenseur acharné de la politique gouvernementale ©YQ

Ce débat sur l’impact financier de la crise sanitaire a été l’occasion pour Ludovic Fagaut, Eric Alauzet et leurs équipes de porter le fer. Des dizaines de questions sans réponses…Pouvait-il en être autrement pour un exécutif qui a pris ses fonctions il y a quelques jours. Sans être à jeu égal, l’adjoint aux finances s’en est sorti honorablement avec quelques pirouettes sémantiques, surtout face à Eric Alauzet. Le député LREM s’est irrité que la présentation budgétaire condamne à chaque page la politique gouvernementale.

Une organisation légère flottante

Les commissions ne sont pas encore connues, ni leur périmètre qui devraient inclure des citoyens “choisis”. La Maire parle de groupes de travail…comme une psychologue parlerait de groupes de parole ! “Pour en faire quoi, si c’est faire des groupes pour faire des groupes, on peut attendre longtemps les décisions” s’est étonné Laurent Croizier (Modem). Les élus du groupe « Besançon Maintenant » ne comprennent pas comment des élus peuvent être nommés dans des conseils d’administration de structures partenaires (CCAS-Rodia-Micropolis…) avant même de connaître les commissions dans lesquelles ils siégeront. Anne Vignot rétorque “il ne vous aura pas échappé que nous voulons faire autrement. Aujourd’hui ce n’est pas hier à Besançon”.

Polémique sur fond d’écharpe tricolore et d’occupation des Vaîtes

Ludovic Fagaut est revenu sur l’image d’un adjoint à la Maire, ceint de son écharpe tricolore au cours d’une manifestation anti-gouvernementale. Il attendait de la Maire une condamnation de cette attitude en infraction avec le Code général des collectivités territoriales. Loin de la condamner, Anne Vignot a ajouté “Il était dommage que ce 14 juillet j’ai eu d’autres obligations (cérémonie militaire officielle à l’esplanade des Glacis-NDLR), sinon j’aurais, moi aussi, participer à cette manifestation pour lutter contre la politique gouvernementale”. Une position étonnante pour celle qui veut être la Maire de toutes les bisontines et tous les bisontins.

A plusieurs reprises, plusieurs conseillers d’opposition ont demandé à la Maire ce qu’elle entendait faire de l’occupation des Vaîtes. Anne Vignot a répondu qu’elle allait rencontrer le collectif occupant la ZAD sans demander leur expulsion, renvoyant à une réponse globale sur le dossier des Vaîtes par un GIEC local. Nicolas Bodin, ancien adjoint à l’urbanisme et membre de sa majorité, appréciera le croc en jambe.

Bon point pour les cantines scolaires

Claudine Caulet, déjà en charge de la restauration scolaire dans l’ancienne mandature, était responsable des quelques 400 à 500 enfants sans cantine. A-t-elle sorti une baguette magique ? Au 15 juillet, il resterait 77 demandes de cantines non acceptées à la prochaine rentrée. L’adjointe écologiste à la Mairie n’a pas expliqué comment la fourniture « en liaison froide » pour 200 enfants était impossible il y a 6 mois et devenait acceptable au mois de juillet. Les parents auront apprécié recevoir en juillet une réponse pour leurs enfants. Dont acte.

Ça tangue sur le commerce

Anne Vignot s’est félicité d’avoir un interlocuteur unique à Besançon pour le secteur de la restauration, des bars et boîtes de nuit, au travers du collectif BBRBU. De même, elle a entamé un travail avec l’UCB (association de commerçants de Besançon). Très vite, elle renvoie le commerce du centre-ville à la décision de Grand Besançon Métropole dont c’est la compétence. La méthode des « groupes de travail » risque bien de ne pas satisfaire rapidement les professionnels du commerce de la ville. Sur le même sujet, Thierry Petament s’inquiète des conséquences sur le commerce de centre-ville de la volonté de la nouvelle municipalité de favoriser, quand cela est possible, le télétravail. “Qui dit télétravail, dit absence des agents en ville et moindre consommation dans les commerces”.

Quant aux réductions et exonérations de loyers pour les magasins en difficulté, la Maire souhaite impliquer aussi les bailleurs privés. Parmi ceux-ci, ils sont nombreux à tirer leurs seuls revenus de ces loyers ; Anne Vignot n’en semble pas tout à fait consciente.

Une sécurité transférée à la seule police nationale

Anne Vignot ne cesse de rendre hommage au Directeur départemental de la sécurité publique et l’arrivée de nouveaux policiers. Après avoir vilipendée les violences policières, la nouvelle édile de Besançon compte sur la police pour faire régner l’ordre à Besançon. Et son adjoint à la tranquillité publique ne craint pas de vouloir installer de nouvelles caméras de vidéo-surveillance, le même qui s’y opposait fermement en 2013. Bon…on peut changer !

Ce 15 juillet, l’opposition a montré les dents, c’était son rôle. Il serait peut-être utile pour les bisontines et les bisontins que les conseils municipaux demain s’articulent sur les missions et surtout les actes de l’exécutif. Il sera alors temps pour la minorité de souligner le gap entre les promesses et les actions.

Yves Quemeneur