Anne Vignot est-elle légitime ?

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Anne Vignot, Maire de Besançon
Anne Vignot EELV, nouvelle Maire de Besançon ©YQ

La question se serait posée de la même façon si Ludovic Fagaut avait comblé les 566 voix d’écart entre les deux listes concurrentes à Besançon.

C’est le principal enseignement à tirer des élections locales du dimanche 28 juin 2020. L’abstention record de 60,90% à Besançon, dépassant 82% dans certains bureaux de vote n’est pas liée à la crise sanitaire et la crainte d’aller voter alors que l’activité économique et sociale ont repris depuis un mois et demi.  Il s’agit bien d’une crise de confiance dans tout le personnel politique.

“Si j’avais su, je n’aurais pas été voté”

Ce propos était souvent partagé par des électeurs à la sortie de bureaux de vote dans l’après-midi de dimanche, en apprenant le très faible taux de participation. Le problème de la légitimité des élus se pose clairement. La liste d’Anne Vignot, arrivée en tête ce dimanche, ne représente que 16,70% des électeurs inscrits. En forçant le trait, celle qui va diriger pendant six années la Ville de Besançon et la Communauté Urbaine de Grand Besançon Métropole n’a pas le soutien de 83% de la population de la ville-centre ! Cà interroge…

Besançon est-elle toujours une ville de gauche ?

On pourrait le penser à voir « le poing levé » d’Anthony Poulin (le “poulain” d’Anne Vignot). On entendait aussi ce dimanche soir « L’internationale » chantée par les militants sur les marches du Kursaal. La réalité est plus compliquée. Depuis 1953, Besançon est gérée par une coalition socialiste-communiste et plus récemment écologiste. Sur les cinq dernières consultations locales, les vainqueurs ont perdu plus de 10 000 voix. En 1995, la liste de Robert Schwint (PS puis Divers Gauche) réalisait 21 308 voix. En 2020, la liste d’Anne Vignot obtient 11 145 voix. Cela n’a pas bénéficié pour autant à l’opposition de droite ; Michel Jacquemin avait obtenu 13 136 voix en 1995 et Ludovic Fagaut ne fédère que 10 579 voix en 2020. Ce sont bien les accords d’appareils et l’éloignement des réalités quotidiennes que les habitants refusent en devenant abstentionnistes.

La Ville aurait dû logiquement basculer dans l’alternance après 67 ans de gestion socialiste. Les ego de Ludovic Fagaut et d’Eric Alauzet en ont décidé autrement. L’addition (purement arithmétique) des résultats montrent un rapport Gauche/Droite-Centre de 44/56%. La nouvelle Maire de Besançon devra impérativement en tenir compte si elle veut que Besançon soit à la fois une ville de création de richesses, de créations d’entreprises et d’emplois et une ville où il fait bon et bien vivre.

“Je vote avec mes pantoufles”

Le nombre d’inscrits a peu progressé depuis 25 ans. Ils étaient 63 277 électeurs inscrits en 1995 et sont 66 725 en 2020. Dans le même temps, 37 484 électeurs s’étaient déplacés en 1995, 35 118 en 2001, 37 710 en 2008, puis 39 538 en 2014 avant de s’effondrer à 26 089 votants en 2020, soit 11 395 de moins en 25 ans. Comment les différents candidats, vainqueurs ou vaincus depuis si longtemps, ne s’interrogent-t-ils pas sur le sens du combat politique dans le seul intérêt des habitants et non de leur propre camp ?

Quid de la gouvernance de Grand Besançon Métropole (GBM)

La charte acceptée par tous en 2001, veut que la présidence de la Communauté urbaine revienne au Maire de Besançon.  Jean-Louis Fousseret a dirigé l’agglomération bisontine pendant 20 ans en « papy débonnaire », cherchant toujours l’équilibre entre les 68 communes du territoire. Qu’en sera-t-il de sa successeur (en attendant qu’elle féminise le mot invariable) ? Les sujets de l’aménagement du territoire, de l’économie, des transports sont très sensibles pour les communes périphériques. La politique de « décroissance » prônée par Anne Vignot pourrait créer des frictions avec les élus locaux, en particulier sur l’habitat et les transports. Comme les équilibres politiques n’ont guère variés dans les principales communes du territoire bisontin, l’élue écologiste pourra compter sur Nicolas Bodin (PS), probable 1er vice-président de GBM, pour calmer certaines de ses ardeurs.

Et pour conclure…l’élection d’Anne Vignot est bien entendu “légitime” au plan juridique. Pour autant, est-elle “légitime” au plan démocratique !

Yves Quemeneur