Anouck André, le courage en partage

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Anouck André se ressource volontiers dans les grands espaces naturels, qu'elle arpente avec un positivisme inspirant.

Elle avait une vie de sportive devant elle, mais la destinée en a décidé autrement, au détour d’une route, en 2011. Anouck André a vu sa vie basculer et devenir différente de ce qu’elle avait imaginé. Elle nous raconte tout, de l’accident à la renaissance.

Que s’est-il passé sur cette fameuse route ce 26 juillet 2011 ?
J’ai subi un violent accident avec un camion qui m’a percutée de plein fouet, en choc frontal. J’ai été grièvement blessée puisque j’ai eu les nerfs du bras gauche arrachés, des éclats dans les oreilles, une fracture du fémur, la rate éclatée et un décollement de la plèvre.

Vous avez dû avoir la peur de votre vie ?
Eh bien non, pas vraiment, pour la simple et bonne raison que je ne me souviens absolument pas des deux ou trois jours précédant l’accident ni du mois qui a suivi. Ma mémoire a tout effacé. C’est le black-out total !

Pourtant vous avez écrit un ouvrage retraçant l’accident et les longs mois qui ont suivi. Comment avez-vous fait ?
Mes parents venaient à mon chevet tous les jours et ma mère consignait toutes ses visites sur un petit carnet, comme un journal intime. Elle me l’a donné à l’issue de ma rééducation et ce fut une très forte émotion. J’en ai pleuré quand je l’ai reçu mais aujourd’hui, j’en ris de bon cœur.

Il y avait des passages amusants ?
On peut dire ça comme ça oui ! La morphine me faisait dire des choses parfaitement incohérentes. Par exemple, ma mère raconte m’avoir entendu dire que j’avais 25 enfants dont 4 dans ma poche ! Et que j’y croyais dur comme fer !

Comment vos parents ont-ils réagi ?
Ils ont eu très peur pour moi et ont été formidables par leur présence, leur soutien et leur amour. Sans eux, je ne m’en serais certainement pas aussi bien sortie. Ils m’ont donné la force d’avancer, de progresser et de ne pas baisser les bras. Quant au calepin que maman m’a redonné, et qui contenait ses notes, il m’a servi de base de données au livre que j’ai tenu à écrire.

“Mon combat pour la vie” est le titre de votre ouvrage. Quelle est son histoire ?
Il raconte mon passé, celle que j’étais avant l’accident. Grâce aux notes de ma maman, j’ai pu retracer mon séjour à l’hôpital, les opérations que j’ai subies puis mes journées passées au centre de rééducation de Salins les Bains. J’y parle de mes peurs, de mes joies, de mes peines … Ce livre a été comme une thérapie pour moi. Je ne pensais pas l’éditer un jour. Et j’ai lu le livre de Grand Corps Malade, qui fut une révélation pour moi. J’ai donc demandé un petit coup de main pour la relecture et la réécriture et, une fois de plus, ce sont mes parents qui se sont dévoués ainsi que mon ancienne prof de français à Frasne, madame Brutillot. Ensuite, je l’ai envoyé à la maison “Les éditions du château” à Yverdon qui a dit “banco”.

Comment avez-vous surmonté toutes ces épreuves ?
Grâce à la présence et au soutien sans faille de mes proches. Mais aussi par mon état d’esprit de sportive combative. Je ne baisse pas facilement les bras ! Et puis, je suis de nature très positive. Ça aussi, ça aide ! Je me dis souvent qu’il n’y a pas de problème, que des solutions. J’arrive toujours à voir le bon côté des choses. Enfin, il y a eu l’écriture de ce livre qui m’a libérée et permis d’aller de l’avant.

Quels sont vos envies et vos projets du moment ?
J’ai surtout envie que l’on me considère comme une personne normale, que l’on me voie par-delà le handicap. En ce qui me concerne, il n’y a aucun tabou autour de mon handicap. J’ai entamé un travail très intéressant à Jurafiltration et cette embauche sonne comme une victoire pour moi. Et j’aime me lancer des défis sportifs. J’ai même réalisé l’ascension du Mont Blanc en 2018. Et croyez-moi, je ne compte pas m’arrêter là !

« Mon combat pour la vie », d’Anouck André , paru aux éditions du Château, est disponible chez Rousseau, à la Fnac, ainsi que sur Internet.