Au carrefour des destinées

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A propos de “l’Europe” et des contraintes réglementaires à géométrie variable qu’elle impose, notamment dans le domaine agroalimentaire, un rapport parlementaire rendu cette semaine affirmerait qu’aucune étude ne prouve le caractère cancérogène du glyphosate. Allons bon.

Une petit tour de magie lobbyiste plus tard, et la réalité s’arrange d’elle-même…

Inutile de préciser que cette étude sanitaire menée par
plusieurs sénateurs de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques a déjà provoqué une levée de bouclier collective des défenseurs de
l’environnement.

Pour l’anecdote, on ne pourra que s’offusquer, sinon se
révolter, des propos du rapporteur Pierre Médevielle, sénateur UDI de Haute Garonne, qui déclare “s’être appuyé sur la littérature scientifique“, et estime qu’en France règne un “climat d’hystérie autour du glyphosate“.

Je pense aussi en tant que scientifique que si le glyphosate était cancérogène et perturbateur endocrinien on l’aurait interdit. D’autres produits utilisés en viticulture me gênent bien davantage” affirme-t-il, ajoutant que ce produit est devenu “une névrose française“.

Encore mieux, d’après lui, “supprimer les pesticides risquerait de nous faire revenir aux grandes famines du Moyen-âge”. Et à la peste noire aussi ?

Et bien, buvez-en donc à la louche !” Serait-on tenté de lui rétorquer…

Des déclarations qui, naturellement, ont fait bondir les détracteurs de l’herbicide, déjà classé comme “cancérigène probable” par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) en 2015. Si toutefois, d’aucuns en doutaient encore.

En effet, on ne peut que s’étonner qu’un tel produit, s’il n’était pas formellement nocif, soit ainsi banni des lieux publics depuis 2017 et interdit d’utilisation chez les
particuliers depuis janvier 2019…

Cela n’empêche pas Pierre Médevielle de déclarer publiquement, sans la moindre gêne :

” Je crois qu’à un moment il faut être raisonnable. C’est bien beau de rêver d’une agriculture à l’ancienne, sans pesticide, propre, mais aujourd’hui, nous avons des millions de bouches à nourrir“. Un aveu déguisé.

Donc, puisque la population augmente, il faudrait accepter de fermer les yeux et de nous empoisonner à petit feu ?

On voit bien que l’on touche ici à un vrai problème, qui divise, qui fracture, qui radicalise. D’ailleurs même le si téméraire Emmanuel Macron a fait machine arrière sur le sujet, estimant “irréaliste l’arrêt de l’utilisation du glyphosate à court terme”, alors qu’il avait durant la campagne présidentielle promis son abandon pour 2021 !

Bref, qu’il s’agisse d’emploi, d’immigration, de libre-échange, ou d’alimentation, ce qui est sûr, c’est que l’impact de ces élections risque d’être déterminant quant à la trajectoire que nous souhaitons imprimer à notre avenir et à celui de nos descendants.

Il nous appartient donc de choisir la bonne…

Cyril Kempfer