Autorisation de désobéir

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Si l’on entend souvent parler de lutte contre le décrochage (scolaire), le Tribunal de Lyon vient quant à lui de relaxer, lundi dernier, deux militants décrocheurs du portrait d’Emmanuel Macron. Et ce, « au bénéfice de l’état de nécessité pour motif légitime ».

Une décision historique qui acte le non-respect des objectifs climatiques de la France et la légitimité de la désobéissance civile face à l’urgence climatique.

Car outre l’aspect non-violent et symbolique de l’action, le tribunal a reconnu à la fois l’insuffisance des politiques publiques et a justifié ces actions de décrochage de portrait, opérées dans une démocratie en panne. Une autorisation de désobéir en quelque sorte…

En effet, dans le jugement, il est précisé : « Face au défaut du respect par l’État d’objectifs pouvant être perçus comme minimaux dans un domaine vital, le mode d’expression des citoyens en pays démocratique ne peut se réduire aux suffrages exprimés lors des échéances électorales mais doit inventer d’autres formes de participation dans le cadre d’un devoir de vigilance critique; [que] le décrochage de ce portrait […], doit être interprété comme le substitut nécessaire du dialogue impraticable entre le président de la République et le peuple ».

Évidemment, le parquet qui avait requis une amende de 500 euros contre les deux militants décrocheurs a annoncé dès lundi soir, avoir fait appel de la décision.

« Le vol est constitué et il ne règle en rien le dérèglement climatique », estime la procureure Rozenn Huon.

Depuis les premières actions de décrochages, 18 procès sont intentés sur le territoire à l’encontre des militants climat d’ANV-COP21. Les prochains sont ceux de Mulhouse et Nancy le 9 octobre. Le délibéré du procès de Paris qui se tenait le 11 septembre est attendu, pour le 16 octobre.

« Nous espérons que les jugements des prochains procès percevront également le tournant historique que nous sommes en train de vivre et reconnaîtront que ce type d’action est nécessaire pour lancer l’alerte et rappeler au gouvernement qu’il faillit à protéger la population face à la menace climatique » observe Cécile Marchand, porte-parole d’ANV-COP21 et poursuivie à Paris.

Hasard du calendrier, signe des éléments ou clin d’œil du
destin ?

Toujours est-il que ce même lundi 17 septembre, les scientifiques français présentaient de nouvelles simulations climatiques, qui serviront de base au GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat). Lesquelles ont laissé entrevoir une possible (sinon probable) augmentation de 6,5 à 7 degrés de la température globale en 2100 !

Exemple concret, devenu désormais certitude scientifique : en 2080, la banquise aura complétement disparue.

Une image qui nous fait prendre conscience qu’il y a décidément urgence à agir.

Car pour tout le monde et dans tous les sens du terme, maintenant, vraiment, ça chauffe…

Cyril Kempfer