Battle Royale

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Il me faut vous prévenir, en cette période où le père Noël prépare le contenu de sa hotte, d’un cadeau à ne surtout pas offrir aux plus grincheux (même si son téléchargement est libre et gratuit)… tant il rend addictif à l’optimisme !

Non je ne parle pas ici de notre journal, ni des diverses rubriques décalées qu’il contient, dont celle-ci, (encore que certains lecteurs me disent, ou m’écrivent parfois le contraire), mais du jeu en ligne Fortnite, que j’ai découvert il y a peu, et dont vous avez déjà certainement entendu parler, si des enfants ou des adolescents gravitent dans votre entourage.

Car figurez-vous qu’à cette époque de l’année où la météo n’encourage guère à sortir de son domicile, à force de regarder mes enfants s’exalter des instants joviaux que ce jeu vidéo leur procure, il m’arrive parfois de me laisser aller à engager une ou deux, ou trois, ou quatre, ou bien plus de parties…

« Papa, t’es vraiment un bambi » estiment-ils d’ailleurs quant à mon niveau de jeu (le qualificatif « bambi » désigne un joueur débutant, une proie facile pour un éventuel tireur).

Pour jouer à Fortnite, il faut commencer par sauter du bus de combat (n’oubliez pas de remercier le chauffeur avant). Alors, c’est une plongée dans un monde inconnu, une île avec différentes petites villes, qui s’offre à vous.

Le panorama est bucolique. Il y a des rivières, des forêts, l’océan : différents lieux-dits, tous caractéristiques.

Selon le mode de jeu, pour pouvez jouer seul, ou en réseau. Avec vos amis, comme de parfaits inconnus. Dans ce dernier cas, il convient de risquer un timide « hello » afin d’identifier la nationalité de vos coéquipiers de circonstance. Puis l’on s’accorde à quel endroit atterrir. Dès lors, la cohésion produit ses premiers effets (naturels)…

Autre point positif, les échanges qui s’en suivent obligent à entretenir un niveau minimum d’anglais courant. Un révélateur quant à la maîtrise que nous possédons, ou non de la langue de Shakespeare.

Mais ce qui est bien plus surprenant, bien plus réjouissant, à l’heure où d’autres espaces virtuels reflètent souvent quantité de propos stupides, agressifs ou haineux, reste la bienveillance, la tolérance et le comportement désintéressé avec lequel des millions d’enfants, d’adolescents ou d’adultes de toute l’Europe se côtoient.

Sur Fortnite, on a toujours le droit de se tromper. Quand on le peut, on réanime même ses coéquipiers. Et puis, on s’encourage, on se serre les coudes, on rit ensemble de nos propres erreurs…

Évidemment, le but ultime reste de « faire top 1», mais quelques expressions habituelles aident à relativiser la défaite :

« C’était trop dur, j’étais seul contre trois » (It was too hard, I was alone against three), « C’était bien joué quand même » (It was well played anyway), « A la prochaine, salut les gars » (See you next time, bye guys).

Voilà qui donne foi en l’avenir d’une meilleure Humanité…

Le week-end dernier, j’ai joué avec un interne en médecine de la région parisienne qui prenait sa pause. A l’issue de la partie, nous nous sommes “ajoutés en amis” et nous avons alors échangé sur les conditions de travail des personnels hospitaliers.

Même genre de rapprochement le lendemain, avec un Autrichien, lui aussi journaliste, avec qui nous avons parlé géopolitique,
religion et laïcité…

Bref comme vous le voyez, jouer à Fortnite, c’est à chaque fois toute une histoire, intrigante et captivante. Une véritable aventure avec soi-même, qui peut amener très loin. Beaucoup plus loin, qu’à l’autre bout du canapé…

Cyril Kempfer