Benjamin Rota : de Pontarlier à Montréal

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Choisir de partir sur un autre continent est aussi difficile à gérer que fascinant à vivre !

Benjamin Rota est un altiste de renommée internationale, né à Pontarlier il y a 36 ans. Après avoir œuvré dans sa ville natale, dans les pays chauds comme à Mouthe, il a pris son alto sous le bras et traversé l’Atlantique, direction Montréal, en août 2017. Il nous parle de sa vie d’expatrié avec sa sensibilité à fleur de peau, ses rêves et ses espoirs.

Pourquoi avoir choisi de partir si loin ?
Par amour pour mon compagnon qui avait déjà rejoint le Canada un an auparavant. L’opportunité, en ce qui me concerne, est arrivé au bon moment. J’avais vraiment besoin de nouveaux horizons, de nouveaux défis.

Pourquoi le Canada ?
C’était initialement le choix de Guillaume mais j’adore le fait que c’est un pays très récent, en pleine construction identitaire. Et Montréal a été un choix de cœur pour son caractère cosmopolite. Tout le monde s’y côtoie avec simplicité et respect. On y parle français et anglais en toute décontraction.

Vous aviez un bon niveau en anglais en arrivant là-bas ?
C’était ce que je croyais (rires) ! Mais en fait, c’était peu concluant ! C’est grâce à l’immersion totale que j’ai pu progresser et apprendre à parler un anglais américain correct.

Comment avez-vous pu rejoindre le pays ?
Guillaume s’est battu pendant deux ans et demi pour obtenir son visa de résident permanent. Il fallait qu’il montre sa grande motivation ! Quant à moi, ce fut plus simple, il m’a suffi de demander un visa étudiant. Ça a été plus facile à obtenir !

Mais cela vous a demandé des concessions ?
Oui, notamment celle de repartir de zéro ! J’ai été professeur au Conservatoire de Pontarlier, j’ai joué dans les meilleurs philharmoniques du monde, comme au Maroc et là, je me retrouve simple étudiant, devant désapprendre tout ce que je savais déjà. C’est assez perturbant comme expérience …Mais incroyablement enrichissant aussi ! C’est bien aussi de se remettre en question !

Comment avez-vous vécu votre départ de Pontarlier ?
Ça n’a pas été facile … Je me suis senti complètement déraciné ! J’ai tout quitté pour venir ici : mes amis, mes parents, mes deux frères et ma sœur mais également tout ce que j’avais créé, comme les Musicales du Haut-Doubs, avec Laurent Comte. Je pense à la France tous les jours … mais bien sûr, il me tardait de rejoindre mon compagnon qui m’attendait là-bas depuis un an ! La séparation a été longue !

Avez-vous une autre activité que celle d’étudiant ?
Oui, j’ai intégré une formation professionnelle, quasiment dès mon arrivée. Avec le Quatuor Cobalt, je renoue avec mes amours en donnant des concerts au Canada bien sûr, mais également en France et aux États-Unis.

Curiosité bien chauvine : comment sont perçus les Français outre-Atlantique ?
C’est pas fameux ! (rires) Ils nous surnomment “Maudits niaiseux”, râleurs, éternels insatisfaits, prétentieux … Notre image n’est pas bien glorieuse !

En tant que Français justement, vous avez eu des difficultés à vous intégrer ?
Absolument pas, les Canadiens sont très ouverts sur le monde. Ils vivent de l’immigration de masse et s’enrichissent de toutes ces cultures venues de partout dans le monde pour, au final, créer leur propre identité.

Qu’est-ce qui vous manque le plus de la France ?
Le Mont d’Or ! (rires) Je reviens fin décembre pour passer les fêtes de fin d’année en famille et croyez-moi, je compte bien m’en faire péter le ventre ! Il est interdit à l’importation au Canada ! Vous imaginez ma frustration ? Je l’accompagnerai bien évidemment de saucisse de Morteau !

Pourriez-vous nous dire quelque chose en “français canadien” ?
Eh bien, si vous sortez quelque part et que vous mettez vos plus beaux habits, vous risquez de demander à votre être aimé : “Chuis-tu bien well-dressed* ?” De là à dire que la tenue est quelque peu “dispendieuse”, il n’y a qu’un pas !

*Suis-je bien habillé.e ?