Besançon a vendangé les 30 ares de sa vigne de Velotte le 21 août

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La huitième saison de vendanges municipales sur les 30 ares de la vigne de Velotte - photo Jean-Charles Sexe, Ville de Besançon

Il n’était pas 7h ce vendredi matin que Géraud Frémont, le viticulteur en charge de la vigne municipale de Besançon, donnait ses ordres de travail à la trentaine de cueilleurs et porteurs. La chaleur importante prévue dans la journée imposait de vendanger « à la fraîche ».

A vos sécateurs
Le soleil se levait. L’énergie et le sourire au rendez-vous du sécateur pour une jardinière de la Ville ©YQ

Les membres de l’association “Les terrasses des collines bisontines et d’ailleurs”, du Centre Omnisports Pierre Croppet accompagnaient les agents municipaux volontaires de la Direction biodiversité et espaces verts sous la direction de Johnny Magnenet (le Monsieur Nature de la Ville de Besançon). Ils ont donné du sécateur pendant deux heures et demi pour cueillir les grappes de Trousseau, de Pinot Noir et de Chardonnay. Trois cépages pour 30 ares d’une vigne plantée en 2010.

2 500 bouteilles/an
La vigne bisontine domine la station d’épuration de Port-Douvot ©YQ
Les belles grappes de Trousseau sur les coteaux de Velotte ©YQ
Les grappes de Chardonnay parfaitement à maturité sur le coteau bisontin ©YQ

La première récolte confidentielle date de 2013. Puis en 2015, la vigne municipale est labellisée “bio”. Étonnement, elle domine, sur un coteau de faible pente, la station d’épuration de Port-Douvot. C’est le prix à payer pour maintenir et développer une activité agricole en zone urbaine. Le sol argilo-calcaire est plus proche du terroir bourguignon que des sols jurassiens. En proximité du Doubs, le microclimat humide offre au vignoble les conditions idéales pour une production de qualité.

Géraud Fromont, un viticulteur atypique
Géraud Frémont. Le viticulteur jurassien assure depuis l’origine la vinification du Crémant de Besançon ©YQ

Originaire de Besançon, le jeune viticulteur jurassien exploite 12 hectares de Côtes-du-Jura dans le Sud-Revermont. Adepte de la culture bio avec son épouse Pauline, ils sont tous deux œnologues et rêvent chaque jour d’améliorer leur production. Le guide Hachette des vins les avait élus “vignerons de l’année” en 2017. La petite production bisontine de Chardonnay est vinifiée à Sainte-Agnès pour en faire un excellent Crémant du Jura servi par la municipalité à l’occasion de réceptions ou de vins d’honneur et les quelques rangs de Trousseau et de Pinot noir sont transformés en vins rouges faciles à boire et légers en tanins.

Retour à l’histoire de la vigne bisontine

Au début du XIXème siècle, les vignes à Besançon couvraient 16 500 hectares. Le vignoble bisontin était réputé depuis l’époque gallo-romaine et s’est développé au XVIème siècle sous l’autorité du Parlement de Besançon, avec des crus réputés comme “le clos de Battant”, “les hautes-costes de Ragot” ou “Bregille”. A l’époque, 15% du territoire communal est planté de vignes. “Le vignoble des messieurs” devient après la révolution “le vignoble des bourgeois”, véritable âge d’or de la viticulture bisontine. Le mildiou et le phylloxéra vont dévaster tout le vignoble à la fin du XIXème siècle marquant la fin du vignoble bisontin.

Retour vers le futur du vin comtois
Le verjus (ou grapillon) est une grappe issue d’une seconde floraison. La légende veut que l’importance des verjus annonce une bonne récolte l’année suivante ©YQ
La nouvelle étiquette du “vin des collines de Besançon” a été pensée et réalisée par les services de la Ville ©YQ

La Mairie de Besançon réfléchit depuis plusieurs années sur l’éventuelle extension des parcelles, en les confiant à des exploitants indépendants. Pour Johnny Magnenet, l’investissement est conséquent. “Il faut couper les arbres sur les coteaux, débroussailler, désoucher, nettoyer et aérer la terre en profondeur avant de planter”. Pour le Monsieur Nature de Besançon “il n’est pas évident de trouver des exploitants qui devront attendre trois ans pour une première récolte”. En plus, le nouvel exécutif municipal ne semble pas partisan de couper les arbres et défricher les coteaux des collines bisontines. Ce n’est donc pas demain que les cavistes de France et de Navarre proposeront des bouteilles de « Côtes des collines bisontines ».  D’autant qu’Anne Vignot, la Maire de Besançon, est venue assister à la vendange…une heure après que la dernière grappe ait été cueillie.

Géraud Frémont et Anne Vignot (et la distanciation physique…) à la fin des vendanges 2020 de Velotte ©YQ

Le “nectar des dieux” à consommer avec modération, est un attrait particulier de Besançon, capitale nature et capitale de la biodiversité. Continuons à trinquer modérément en dégustant un Crémant de Besançon. Le vin reste un lien important de convivialité et de communion même si nos sourires sont actuellement cachés par les masques.

Yves Quemeneur