Besançon. Michel Jacquemin, un collectionneur « en toute discrétion »

600 estampes, 360 ouvrages et 200 cartes anciennes constituent l’importante donation de Christiane Jacquemin au Musée des Beaux-Arts et d’Archéologie de Besançon.

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Karel Dujardin "Le berger derrière l'arbre" - 1656- eau-forte sur papier vergé (MBAA Besançon)

L’ampleur de la collection, qui couvre cinq siècles, montre toute la curiosité de Christiane et Michel Jacquemin, deux personnalités exceptionnelles connues pour leur discrétion. Ils ont été l’un et l’autre de grands défenseurs du développement et du rayonnement de Besançon.

Michel Jacquemin, entrepreneur, homme politique et collectionneur

Michel Jacquemin décédé en 2009 était de cette génération d’hommes politiques de grande culture tout en étant ancré dans la réalité du quotidien d’un chef d’entreprise. Ses passions l’ont conduit à la tête de la Chambre de Commerce et d’Industrie du Doubs en 1976 où il développe de nombreux projets pour la région en lien avec Edgar Faure alors Président du conseil régional de Franche-Comté. Il fut un militant actif du projet de TGV Rhin-Rhône et pour le Canal à grand gabarit. Elu député de la 2e circonscription du Doubs en 1986, il le restera jusqu’en 1997. Conseiller municipal de Besançon jusqu’en 2001, il fut le candidat malheureux contre Robert Schwint en 1995. En 1999, après avoir cédé son entreprise, il se consacrera à une thèse d’histoire à l’Université de Franche-Comté, aboutissement des trente années de recherches, d’achats et de conservation d’une collection artistique exceptionnelle accumulée avec son épouse Christiane.

Une passion pour l’eau-forte
Eugène Bléry « La clairière aux roches (Fontainebleau) » – 1865 – eau-forte sur chine appliqué sur papier vélin (MBAA Besançon)

Michel et Christiane Jacquemin ont élargi leurs centres d’intérêt aux estampes dans les années 80. Cette technique de gravure développée surtout au XVIIème siècle. La collection Jacquemin dessine l’histoire de cette technique jusqu’au XIXème siècle.

Dans « Les souvenirs d’un marchand d’estampes » paru en 1993, Hubert Prouté décrit « Les collectionneurs d’estampes se fréquentent moins que les collectionneurs de dessins….La plupart sont assez secrets….mais ils savent qu’ils portent en eux une joie secrète qu’ils sont peu nombreux à partager ». Cette définition s’applique bien à Michel et Christiane Jacquemin. En faisant cette donation au musée des Beaux-Arts de Besançon, Christiane Jacquemin invite les « passagers de l’art » à partager cette joie secrète.

Le quotidien en gravure

L’originalité de la collection Jacquemin tient également au choix des sujets représentés en gravure. On y trouve peu de scènes mythologiques ou bibliques mais plutôt des portraits et des scènes de la vie quotidienne…comme une photographie avant l’heure. Christiane et Michel Jacquemin ont particulièrement collectionné des portraits d’artistes et d’intellectuels du XVIème et XVIIème siècle. Son intérêt pour les scènes de la vie quotidienne le dirige vers l’achat de gravures hollandaises du XVIIème siècle ou ces sujets étaient majeurs dans les Pays-Bas de cette époque. Scènes animalières et paysages restent le genre le plus présent dans les œuvres de la collection Jacquemin.

Ici et ailleurs, de la Franche-Comté au pôle Nord
Hendrik Hondius « Burgundiae Comitatus, Franche-Comté » – 1632 – gravure sur cuivre mise en couleurs à l’aquarelle (MBAA Besançon)

Dans la dernière partie de sa vie, Michel Jacquemin s’intéresse plus particulièrement à la collection de cartes géographiques anciennes, témoignant de son attachement à sa terre natale. Les cartes exposées, de 1570 au début du XIXème siècle font la part belle aux trois grandes écoles de géographie européennes : celle des Pays-Bas, de la France et de l’Allemagne. Avec l’expertise de Marie-Claire Waille, conservatrice en chef de la Bibliothèque d’étude et de conservation, on y apprend que jusqu’au XVIIIème siècle, les cartes géographiques étaient orientées à l’est (vers Rome et Jérusalem). Il faudra le développement du transport maritime et de la boussole pour que les cartes soient orientées au Nord.

Les livres de voyages (ceux de James Cook ou de La Pérouse) ou d’expéditions (vers le grand nord ou vers l’Orient) complètent une exposition qui s’inscrit dans la lignée des grandes donations du patrimoine bisontin.

Yves Quemeneur

Informations pratiques : l’exposition est visible au Musée des Beaux-Arts et d’Archéologie de Besançon jusqu’au 27 mars 2022. Informations, inscriptions et réservations au 03 81 87 80 49 ou reservationsmusees@besancon.fr ou www.mbba.besancon.fr