Besançon vit l’émotion du 75ème anniversaire de la libération des camps nazis

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Sculpture de Georges Oudot à la Citadelle
Face au musée de la résistance et de la déportation, la sculpture de Georges Oudot et le mur où figurent le nom de 13 camps de concentration nazis ©YQ

Ce lundi 27 janvier 2020, la ville de Besançon se souvient de la libération des camps de concentration nazis et des 6 millions de juifs morts pour avoir été juifs. Quel autre lieu emblématique de la cité comtoise que la Citadelle pour se recueillir dans le souvenir du génocide le plus atroce du XXème siècle.

le carré des fusillés de la citadelle de Besançon
Le carré des fusillés de la citadelle de Besançon. 4 poteaux d’exécution où furent tués une centaine des résistants comtois ©YQ

La Citadelle de Besançon fut en effet le lieu d’exécution d’une centaine de résistants condamnés à mort de 1941 à 1944 par la Feldkommandantur de Besançon. On se souvient d’Henri Fertet, jeune résistant de 17 ans qui aura laissé une lettre poignante la veille de son exécution.

La Citadelle de Besançon, c’est aussi le musée de la résistance et de la déportation imaginé et créé par Denise Lorach en 1971. 50 000 personnes le visitent chaque année parmi les quelques 300 000 visiteurs de la Citadelle.

Autour de la montée du nazisme, le régime de Vichy et l’occupation, la résistance et la déportation massive des juifs, l’histoire sombre d’une partie du XXème siècle est mise en scène. “Ceux qui ne se souviennent pas du passé sont condamnés à le revivre” (George Santayana). Ce sont ces propos que Marc Dahan des Amis de la Fondation de la Mémoire et de la Déportation a rappelé aux côtés de Jacqueline Teyssier, ancienne résistante et déportée à Auschwitz-Birkenau en 1944.

Jacqueline Teyssier
A 95 ans, Jacqueline Teyssier porte haut le souvenir de la barbarie nazie ©YQ
le matricule indélébile dans la peau de Jacqueline Teyssier
Jacqueline Teyssier, mémoire vivante jusque dans la peau de cette résistante et déportée à Auschwitz-Birkenau à 21 ans ©YQ

A 95 ans, elle se souvient.  Elle est la mémoire vivante d’une jeune résistante de 21 ans arrêtée par la Milice de Vichy, internée à Drancy puis «expédiée» à Auschwitz puis à Bergen-Belsen. La trace indélébile de son matricule donne à ses propos une résonance particulière “Vous vivez dans une démocratie, dans un pays de libertés, vous êtes heureux, vous ne manquez de rien…ne craignez pas les petites embûches” ! Quand la vieille dame digne, qui a connu et vécu l’horreur des camps de la mort, parle des “petites embûches” de notre vie quotidienne, l’émotion est grande.

Le 20ème siècle, siècle des génocides

Ce 75ème anniversaire de la libération des camps de la mort ne doit pas faire l’impasse sur un siècle de barbaries. En 1915, 1,5 million d’Arméniens sont massacrés par le pouvoir turc. La période stalinienne puis le pouvoir de l’ex-URSS est responsable de la mort de 7 millions de personnes, a minima, dans les tristement célèbres goulags. En 1975, 2 millions de personnes, soit 30% de la population cambodgienne, sont massacrées par les communistes Khmers rouges. Et le génocide rwandais en 1994 va décimer l’ethnie Toutsis faisant plus de 800 000 victimes. Enfin, en 1995, 8 000 hommes bosniaques musulmans ont été fusillés par l’armée républicaine serbe de Bosnie. “Plus jamais ça”, la mémoire des Hommes est bien courte !

La barbarie nazie, un génocide unique

Pourquoi la Shoah (“catastrophe” en hébreu) est-elle différente des autres génocides ? La volonté d’extermination des juifs européens par le régime nazi ne procédait pas d’un objectif politique d’éliminer celles et ceux qui pouvaient menacer un pouvoir dictatorial comme en URSS. Elle n’était pas non plus économique même si la propagande nazie et collaborationniste a souvent mis en exergue le pouvoir économique des juifs. Enfin, le génocide des juifs n’avait pas un fondement territorial. L’Allemagne nazie ne craignait pas pour son territoire. Elle fut la volonté glaciale, pensée, calculée, comptabilisée, à l’échelle industrielle d’un pouvoir des fous d’éradiquer une population pour la seule raison de son appartenance à une religion : 6 millions de personnes ont disparu dans les camps de l’horreur nazi.

Alors que 30% des 18-34 ans ne savent pas situer la Shoah dans l’histoire européenne et que 10% des français tous âges confondus, n’ont jamais entendu parler de l’Holocauste, entretenir la mémoire de cette barbarie n’est pas seulement une obligation pédagogique pour les jeunes générations. Elle est un impératif pour comprendre que nous pouvons, toutes et tous, devenir un jour des barbares.

Yves Quemeneur