Blue monday

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Cette troisième semaine de janvier a commencé par le « Blue monday » : jour annoncé comme étant le plus déprimant de l’année, mais qui vous allez le voir, n’est en réalité ni plus ni moins neurasthénique que d’autres dates du calendrier.

Ce qui vient ici prouver, si besoin le nécessitait encore, que la clé de notre état d’esprit réside d’abord en nous, et qu’il détermine aussi, par ricochets, celui de notre entourage.

L’histoire du Blue monday a commencé il y a tout juste 15 ans, lorsque le psychologue de l’université de Cardiff, Cliff Arnal, a publié une équation « qui permettrait de connaître le jour le plus déprimant de l’année ».

En prenant en compte plusieurs facteurs comme le début de la semaine, les résolutions du nouvel an déjà oubliées, le manque de soleil, la fin des fêtes de fin d’année, les dettes de Noël et les diverses contraintes liées à météo (retards, circulation, accidents, etc.), c’est donc le troisième lundi de janvier qui, selon lui, serait celui « où nous nous ressentons le plus abattus ».

Étape suivante en 2010, où des psychologues interrogés par BBC News affirment que « la crise économique rend les gens déprimés, persuadés de ne pas pouvoir avancer dans leurs projets ».

Puis, afin de permettre aux entreprises de lutter contre l’absentéisme, un cabinet de conseil étudie en 2013 les pics d’absences au travail. Et là encore, c’est le troisième lundi de janvier qui est de nouveau pointé.

A partir du moment où ces données sont médiatisées,
beaucoup se mettent à y croire.

On observe alors une part significative de la population se disant déprimée, tenter de se remonter le moral en consommant à outrance ou en mangeant du chocolat. La supercherie commence à pointer le bout de son nez… Jusqu’au jour où Cliff Arnal avoue la corruption dans plusieurs médias,
notamment dans le Sun.

En réalité, l’homme a été missionné et payé par l’agence de voyage Sky Travel, qui communiquait à ce moment-là sur les bienfaits de voyager en janvier…

Mais le plus fort dans cette histoire, c’est que le scientifique ne s’est pas arrêté là, puisqu’il a de nouveau sévi en prétendant étudier cette fois le jour le plus heureux de l’année (qui tomberait le troisième vendredi du mois de juin).

Là encore, ce n’était qu’un coup marketing puisqu’en réalité, l’étude a été diligentée afin de travailler à la publicité d’une marque de glace…

Moralité : c’est de notre persuasion, de nos convictions, de notre force de volonté que nos actions se nourrissent et
impriment notre destinée.

On le voit ici, la solution à une équation (personnelle) proposée par un pseudo-scientifique a soudainement poussé un très grand nombre de personnes non seulement à croire en son remède miracle, mais surtout, ce qui est plus grave, à s’auto-persuader de ressentir un mal(-être) dont elles n’étaient aucunement atteintes…

Tiens donc. En plein débat chahuté sur la réforme des retraites, alors que la radicalisation de la pensée dérive parfois très violemment et que la fragmentation de la société fait rage, cela ne vous rappelle pas quelque chose ou quelqu’un ?

Cyril Kempfer