Bourgogne Franche Comté, une fusion pénalisante pour les francs-comtois

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Conseil Régional de Bourgogne Franche-Comté

Dans un communiqué publié le 7 décembre, Alain Joyandet  Président de la commission des finances de la région apporte un éclairage « épicé » sur la gestion financière au cours du mandat qui s’achèvera en 2021.

« Une fusion perdant-perdant »

Le sénateur de Haute-Saône parle de « l’explosion des dépenses de fonctionnement » renvoyant à l’analyse de la Chambre régionale des comptes : « La Chambre régionale des comptes estime à 23 millions d’euros l’impact financier de la fusion des deux anciennes régions…S’agissant des dépenses de fonctionnement, alors qu’elles auraient dû se réduire avec la fusion, elles n’ont cessé d’augmenter ».

Pas de projets d’investissement

« Malheureusement, si la Bourgogne-Franche-Comté depuis sa création n’a pas su refréner ses dépenses de fonctionnement, elle a été beaucoup moins téméraire s’agissant de celles d’investissement. Elle a, certes, investi, mais principalement pour des investissements obligatoires et dans le cadre de financements croisés avec d’autres collectivités, mais sans porter de réels projets qui lui soient propres et ambitieux. Dans le même temps, les dépenses par habitant ont augmenté de 99€ en 5 ans », poursuit Alain Joyandet.

« La cigale et la fourmi »

Alain Joyandet ajoute que « l’impact de la Covid-19 risque de démontrer de façon dangereuse la fragilité de la situation financière de la Région. Ses recettes liées à l’activité économique régionale, fortement ralentie en 2020, pourraient être réduites d’environ 40 millions d’euros. En parallèle, pour répondre à la crise sanitaire, économique et sociale, ses dépenses ont fortement augmenté. Nous ne sommes pas préparés à une telle intervention ».

Une épargne nette en forte diminution en deux ans

« L’appel massif à l’emprunt dans ces prévisions surréalistes ferait augmenter notre dette de 29,3% d’un seul coup ! Dans le même temps, les dépenses de fonctionnement restent sur leur dynamique terrible à plus de 10,7%. Ce qui a pour conséquence de réduire tragiquement l’épargne nette de 42% en deux ans ! C’est avec cette épargne nette que l’on se désendette »… ou que l’on investit !

L’affaire des cartes grises n’est pas oubliée

Alain Joyandet dénonce une fusion qui aura coûté 120 millions d’euros aux seuls foyers francs-comtois par l’augmentation dès 2016 du tarif des cartes grises, aligné sur celui en vigueur en Bourgogne. « Le tarif unitaire du « cheval-vapeur » passa d’un seul coup de 36 à 51 euros pour les habitants de l’ancienne Franche-Comté, soit une augmentation sans aucun équivalent de 15 euros par unité de mesure ou de plus de 41 %, pour un montant total d’impôts supplémentaires d’environ 20 millions d’euros par an ».

« Un budget 2021 encore plus électoral »

Pour Alain Joyandet, « l’exécutif régional est perdu » concluant son communiqué en s’étonnant que Michel Neugnot, vice-président de la Région en charge des finances puisse affirmer en commission « nous ne savons pas ce qu’il va réellement se passer aussi bien en recettes qu’en dépenses ». Alain Joyandet affirme : « la région s’est placée dans la situation d’un foyer qui verrait ses salaires diminuer et qui, dans le même temps, achèterait par emprunt une maison plus coûteuse. »

« Alain Joyandet pour la sécession » ?

Le brûlot du Président de la commission des finances de Bourgogne Franche-Comté est une aubaine pour Jean-Philippe Allenbach Président du Mouvement Franche-Comté qui s’est empressé de réagir le 8 décembre. « Au vu de ce communiqué, le MFC ne peut donc que réitérer encore plus fortement sa demande de l’organisation en Franche-Comté d’un référendum de sécession d’avec la Bourgogne. Et, pour ce faire, il compte bien désormais sur le soutien d’Alain Joyandet et  de ses amis politiques, dont il attend logiquement qu’ils intègrent ce point à leur programme  des prochaines régionales ». Jean-Philippe Allenbach en profite pour ajouter que l’analyse financière d’Alain Joyandet correspond à ce que lui-même avait annoncé dès 2015 « bien seul à le faire, presque tous les politiques comtois, y compris ceux de la droite, avaient alors capitulé en rase campagne face au mariage forcé de la Bourgogne avec la Franche-Comté décidé par Paris ».

Initialement prévues en mars 2021 et probablement reportées en juin compte tenu de la situation sanitaire, la fusion des deux régions sera au cœur des débats électoraux partout en France, et notamment en Bourgogne Franche-Comté. Depuis les anciens Duché et Comté de Bourgogne au XIVème siècle, la concurrence n’a jamais cessé. A coup sûr, les tenants des « riches heures comtoises » de Charles-Quint et des Granvelle vont rappeler que l’empereur du Saint-Empire romain germanique avait exonéré d’impôt la Comté !

Yves Quemeneur