Capitaine Samuel Guichard, conseiller technique feux de forêt au SDIS du Doubs

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On a une consigne, un principe absolu : on part à 20, on rentre à 20 ! Un hectare de forêt ne remplacera jamais une vie humaine donc nous savons tous quelle est la priorité de notre mission. Pour cela, nos hommes et femmes doivent être vigilants, calmes et solidaires.

Chaque été, les sapeurs-pompiers du Doubs et du Territoire de Belfort sont notamment mobilisés contre les incendies sur notre territoire. Ils interviennent également en renfort sur d’autres régions, comme cette année dans le Var. Une solidarité nationale, méconnue du grand public, dont a aussi profité le SDIS25.

Comment les pompiers du Doubs ont-ils été mobilisés cet été ?

Deux groupes mêlant sapeurs-pompiers du Doubs et du Territoire-de-Belfort ont été engagés cet été sur le grand feu de forêt qu’a connu le Var. Le premier est resté cinq jours avant d’être relevé par la seconde équipe, avec à chaque fois quatre camions dont trois du Service Départemental d’Incendie et de Secours (SDIS) du Doubs. A titre personnel, je n’ai pas été engagé cette année mais j’ai participé au même dispositif l’an dernier sur l’incendie qui a encerclé Martigues.

Pourquoi des pompiers de notre département sont-ils concernés ?

Depuis une quinzaine d’années, le SDIS du Doubs participe à ces renforts nationaux mis à disposition des départements touchés. La part la plus visible de cette solidarité entre territoire concerne bien sûr les feux de forêt en été et le sud de la France mais il faut savoir que de tels renforts peuvent être envoyés partout en France et pour d’autres catastrophes comme un tremblement de terre ou des inondations. Les départements touchés ne peuvent pas lutter avec les seuls moyens humains et matériels de leurs sapeurs-pompiers, ces renforts exceptionnels sont donc essentiels.

On parle de feux de forêt mais pas seulement ?

Par le passé, ils ont permis de gérer une crise comme la marée noire de l’Erika. Nous étions aussi par exemple en préalerte lors des attentats de Paris en 2015 et nous aurions pu être envoyés sur place en cas de nouvelle attaque. Le Doubs pourrait aussi profiter le cas échéant de cette solidarité nationale. Ça a d’ailleurs été le cas récemment avec des moyens venus de Saône-et-Loire lors d’inondations pour évacuer du bétail avec une barge animalière dont nous ne disposons pas. Au quotidien, nous l’appliquons aussi entre sapeurs-pompiers dans des zones limitrophes entre deux départements. Et tout cela va encore évoluer dans les années à venir puisque déjà, il est prévu de pouvoir accueillir les moyens aériens de lutte contre les feux de forêt dans les Vosges pour couvrir rapidement toute la zone Est…

Faut-il une formation spécifique ?

Les sapeurs-pompiers du Doubs qui sont envoyés sur les feux de forêt en particulier suivent la même formation que celle imposée partout en France par les référentiels nationaux, y compris dans les départements concernés. 400 de nos hommes et femmes professionnels ou volontaires ont déjà suivi cette formation spécifique d’une semaine et se soumettent à une remise à niveau tous les deux ans. La formation est particulière car les 5 jours se passent ensemble 24h sur 24 dans des conditions proches de ce qu’on rencontrera sur le terrain. Avec la même logistique, les mêmes situations d’engagement de jour comme de nuit, donc une gestion du sommeil à trouver.

Quelles sont les différences avec les situations rencontrées ici ?

C’est très différent d’un feu d’habitation pour de multiples raisons. D’abord parce que le feu de forêt lui, se déplace, ce qui complique considérablement son attaque d’autant plus qu’on se retrouve souvent dans des milieux naturels à risques et difficiles d’accès. Ensuite, les techniques et matériels utilisés sont spécifiques. On dispose par ailleurs de moyens aériens avec lesquels il faut se coordonner pour une question d’efficacité mais aussi de sécurité du personnel au sol. La stratégie n’est donc évidemment pas la même. Les risques sont différents, c’est spectaculaire mais quelle que soit la situation et l’ampleur notre priorité absolue est la sécurité de nos sapeurs-pompiers. Il faut autant que possible éviter de se mettre en danger et dans le pire des cas, nos camions disposent d’une autoprotection. Tous connaissent aussi les manœuvres de dégagement.