Challenge régional de la mobilité

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Organisé par l’ADEME Bourgogne-Franche-Comté, en partenariat avec la Région Bourgogne-Franche-Comté, la DREAL Bourgogne-Franche-Comté et la CCIR Bourgogne-Franche-Comté, le challenge régional de la mobilité se déroule du 16 au 22 septembre.

Il s’inscrit dans le cadre de la Semaine européenne de la mobilité pour inciter le plus grand nombre de personnes à adopter une démarche éco-citoyenne en privilégiant les modes doux et alternatifs à la voiture en particulier dans les déplacements domicile-travail : marche à pied, vélo, autopartage, transports en commun, covoiturage… Le challenge encourage également entreprises, salariés et collectivités au développement du télétravail.

Bonnes intentions loin de la réalité des territoires

De nombreuses études sur les habitudes de déplacements des français sont disponibles. Elles émanent souvent de « think tank » proches des opérateurs de transport comme « Forum Vies Mobiles » largement soutenu par la SNCF. Dans sa dernière production, Guillaume Pépy, l’ancien patron de la SNCF évoque clairement le lobby ferroviaire : « les mutations en terme de mobilités intéressent la SNCF sous l’angle des services à rendre à ses clients et dans l’aménagement des territoires qu’elle dessert. L’institut permet de suivre les évolutions et leurs enjeux sociaux, économiques et écologiques et d’en débattre librement…Forum Vies Mobiles est un institut indépendant » Indépendant ? Les quatre conclusions de l’étude de « Forum Vies Mobiles » sont bien loin des problématiques de mobilité en Franche-Comté. La première a trait « au travail en proximité » comme de « réglementer l’usage de la voiture » ! La seconde consisterait à « rationner les déplacements » en créant un crédit mobilité carbone individuel pour lutter contre le changement climatique et l’égalité sociale. L’étude démontre que plus on est riche et diplômé, plus on se déplace loin et vite…il faut donc limiter les déplacements de cette population. La troisième proposition consisterait « à s’attaquer au travail comme levier structurant pour décarbonner les déplacements ».  La solution est clairement suggérée, il faut réduire le temps de travail pour sauver le climat, « puisque ceux qui se déplacent le plus sont avant tout ceux qui travaillent le plus (plus de 40h/semaine) ». Enfin « Forum Vies Mobiles  souhaite installer une nouvelle politique des rythmes sociaux permettant d’allonger les durées de séjours par des déplacements plus lents ». L’organisme lobby de la SNCF prône la décroissance et l’usage intensif…du train !

Une faible évolution des modes de transport en 10 ans

Selon l’enquête « Mobilité des personnes » publiée en septembre 2020 par le ministère de la transition écologique, les français passent en moyenne 1h02 par jour à se déplacer, soit 6 minutes de plus qu’en 2008. La voiture est un peu moins utilisée qu’en 2008 mais reste le premier mode de transport choisi dans 62,8% des déplacements. La marche à pied voit sa part légèrement augmenter pour s’établir à 23,7% comme les transports en commun dont la part évolue en 10 ans de 8,3% à 9,1%. L’usage du vélo n’évolue que peu, sa part restant marginale à 2,7%.

Les résultats de l’enquête sont significatifs s’agissant du lieu de résidence. En zone rurale et dans les petites agglomérations (moins de 20 000 habitants) la voiture représente respectivement 79,5% et 73,2% des déplacements. A contrario, la voiture individuelle ne représente plus que 33% des déplacements dans la région parisienne, dépassée par la marche à pied (38%) et talonnée par le vélo (24,8%). Ces chiffres illustrent l’écart entre les politiques d’aménagement imaginées dans les grandes métropoles mais aussi certaines villes moyennes comme Besançon et la réalité du quotidien des habitants. Comment imaginer aller travailler à vélo…ou à pied d’Arc s/s Cicon à Pontarlier ou de Fontain à Besançon ! La France, et notamment la Franche-Comté, est riche de la diversité de ses territoires, de leur équilibre harmonieux (et durable) entre croissance économique et préservation de l’environnement. Vouloir réduire tous les déplacements à des problématiques de changement climatique est…pour le coup…bien réducteur ! Nous y reviendrons dans le futur débat sur l’aménagement routier et ferroviaire des plateaux du Haut-Doubs et du Jura.

1er challenge régional de la mobilité en Bourgogne Franche-Comté

Créé par l’ADEME (Agence De l’Environnement et de la Maîtrise de l’Energie) en 2011, la Bourgogne Franche-Comté aura attendu 10 ans pour adhérer au challenge pour encourager et promouvoir les alternatives à la voiture. 61 établissements de la région sont engagés dans la démarche et 147 salariés se sont impliqués. Pour autant, on ne compte que 13 entreprises privées, l’essentiel des participants étant des établissements publics ou des collectivités locales.

Mobilités : le cas emblématique du groupe SIS au Valdahon

La problématique de la mobilité des salariés est au cœur des enjeux du groupe de maroquinerie qui emploie un millier de personnes sur ses sites du Valdahon, d’Etalans et d’Avoudrey. Les trajets domicile-travail s’intègrent dans la stratégie de croissance d’une entreprise qui recrute de Baume-les-Dames au plateau de Maîche et de Besançon à Pontarlier. Pour Laetitia Seneque, directrice de la communication de SIS « participer à la semaine de la mobilité est un challenge pour inciter les collaborateurs de l’entreprise à faire du covoiturage, des trajets en vélo, voire même en trottinette…mais cela ne résout pas notre problématique de recrutement sur un périmètre géographique large » C’est aussi une façon d’alerter les pouvoirs publics, les collectivités locales, la région et le département sur l’impératif de trouver des solutions durables et permettre à ce fleuron franc-comtois de poursuivre son développement. « Mettre 50 millions dans la rénovation de la ligne des Horlogers, c’est bien à condition que cela ne serve pas prioritairement aux frontaliers. C’est aussi l’emploi local du plateau qui doit bénéficier de ce nouvel aménagement » souligne Laetitia Seneque. L’entreprise est fortement impliquée auprès de la Région « nous voulions participer à l’application Mobigo…répondant à notre problématique de déplacements des salariés mais ça tarde à aboutir » ! Pour l’entreprise qui fête cette année le 10ème anniversaire de son école de maroquinerie, la semaine de la mobilité n’est pas seulement une opération de communication interne, c’est aussi une façon d’alerter encore sur l’importance du recrutement dans tout le territoire franc-comtois…à condition de permettre à ses collaborateurs de venir travailler dans de bonnes conditions.

Faire évoluer les habitudes de déplacements pour une mobilité « plus propre » est un enjeu important. Il convient également…et surtout… d’imaginer de nouvelles infrastructures routières et ferroviaires adaptées aux nouveaux besoins et garantissant à l’ensemble du territoire franc-comtois un essor économique, seul facteur de création de richesses et de pouvoir d’achat pour ses habitants. C’est la démarche engagée depuis plusieurs années par le Conseil départemental de Haute-Saône sur la RN 57. C’est la démarche initiée par Clément Pernot le président du Conseil départemental du Jura de désenclaver les plateaux jurassiens. C’est aussi la démarche de Benoît Vuillemin et de nombreux maires des plateaux du Doubs et du Haut-Doubs dans l’association « les liaisons transfrontalières ». Ne faisons pas l’économie de la croissance au nom de l’écologie de la décroissance !

Yves Quemeneur