Charles Piquard, président des maires ruraux du Doubs

Maire du petit village de Osse depuis 1983, Charles Piquard affiche une incroyable longévité et peut se prévaloir d’une solide expérience. A la tête de l’Association des Maires Ruraux du Doubs depuis un an, il entend bien en faire profiter ses collègues du département et peser sur les dossiers en cours.

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Nos villages doivent rester vivants et je vais travailler pour cela. Pour que les coqs puissent continuer de chanter, que les cloches de nos églises puissent encore sonner…

Que représente pour vous la ruralité ?

La ruralité est pour moi toute ma vie. Je suis né à la campagne, j’ai été agriculteur et ce mandat de maire que j’exerce depuis près de 40 ans est pour moi un honneur et le combat de ma vie. Nos villages doivent rester vivants et je vais travailler pour cela. Pour que les coqs puissent continuer de chanter, que les cloches de nos églises puissent encore sonner…

Comment faire pour cela ?

Nous avons longuement travaillé à a rédaction d’une Charte de la Ruralité en partenariat avec le Sénateur Longeot. L’espace que nous défendons doit être accepté dans sa globalité. On ne peut en effet pas venir y chercher des aspects positifs comme le bon air, le calme, la verdure et de l’autre côté rejeter ce qui fait son identité comme les animaux de la ferme, les églises, les tracteurs… Ceux qui veulent venir y vivre, de plus en plus nombreux ces derniers mois, doivent donc le savoir et l’accepter ! L’année prochaine, notre association va réunir tous les partenaires que peut compter une petite commune à l’occasion d’une journée de la ruralité. Ce sera l’occasion de tous se rencontrer en même temps dans un même lieu, d’échanger des avis et expériences.

Parmi les dossiers qui vous occupent figure l’urbanisme ?

Beaucoup de communes rurales ne disposent pas de carte communale ou de plan local d’urbanisme, des documents qui remplacent les anciens plans d’occupation des sols. De ce fait, elles sont bloquées et ne peuvent pas envisager leur développement en termes de nouvelles constructions. Même si elles font partie de communautés de communes dotées de plans locaux intercommunaux, la volonté des petites communes n’est pas forcément celle-là. Avec l’association, nous les incitons donc à adopter un document d’urbanisme pour définir leur périmètre de construction et maitriser leur avenir.

Comment appréhendez-vous la question de la carte scolaire ?

C’est incompréhensible pour un maire de voir une classe fermée parce qu’il manque deux enfants. Parfois cela entraîne même la disparition de l’école toute entière et là c’est un peu l’âme du village qui s’éteint. Il faut sortir de cette logique comptable. On ne peut pas se contenter de tout regrouper dans le cadre des intercommunalités qui parfois ont pris la compétence école à la place des communes. Vouloir tout regrouper c’est aussi multiplier les trajets en bus, de plus en plus longs, parfois dangereux sur certaines de nos routes…Il faut se mettre autour d’une table et peser le pour et le contre pour le bien des enfants, sans oublier que cette politique pénalise les villages en perdant leur école deviennent beaucoup moins attractifs.

Les campagnes seront-elles bientôt toutes des déserts médicaux ?

Ce dossier est très délicat. On a vu par  le passé beaucoup de communes construire des maisons médicales qui aujourd’hui ne sont pas forcément utilisées. Il faut bien être conscients qu’il n’est pas possible d’installer des médecins partout. On commence à voir des généralistes prêts à exercer à la campagne tout en continuant à vivre en ville. Ce n’est certes plus le modèle de leurs prédécesseurs, mais il faut prendre le temps d’échanger et de réfléchir avec eux. L’essentiel étant que la patientèle d’un secteur soit bel et bien couverte par une présence médicale suffisante.

Les Espaces France Services sont-ils une bonne nouvelle pour la ruralité ?

La présence des services publics en milieu rural a longtemps été un combat pour notre association. Nous restons très vigilants sur la question même s’il faut bien reconnaître que l’arrivée des Espaces France Services est une bonne nouvelle. Ils répondent à un véritable besoin de la population. Il faudra dresser un premier bilan dans quelques mois pour voir si toutes les implantations peuvent être maintenues. Une autre solution pour rapprocher citoyens et administrations reste le transport à la demande pour emmener les habitants directement vers le service souhaité. Le concept fonctionne très bien sur certains territoires.

Les maires d’aujourd’hui sont-ils encore respectés ?

Les incivilités constatées dans nos communes sont c’est vrai de plus en plus nombreuses et les conflits nombreux à gérer. Qu’il s’agisse de dépôts sauvages d’ordures en tous genres, de dégradations, de disputes entre voisins… Les maires travaillent sur ces questions avec la Gendarmerie, la Préfecture et la Justice. L’essentiel est de continuer à faire valoir le pouvoir de police du maire et favoriser le dialogue autant que possible.