Clocher de la cathédrale Saint Jean : une restauration de haute volée

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restauration clocher Saint Jean
Le clocher emblématique de la cathédrale Saint Jean domine à 70 mètres la ville de Besançon©YQ

A 70 mètres de haut, elle est fière cette croix d’or. Elle va bientôt éclore de sa gangue de bâches et d’échafaudages. L’occasion pour Matthieu Fantoni, jeune conservateur des monuments historiques de servir de guide à la visite d’un chantier hors normes.

Saint-Jean, l’une des cathédrales les plus anciennes de France

Construite dès le IIIème siècle, la basilique fut ensuite carolingienne avant de prendre sa forme romane au XIème siècle. Romane, gothique et baroque, la cathédrale est l’une des rares à posséder deux chœurs opposés. Deux éléments marquants attirent les quelques 125 000 visiteurs qui s’y pressent chaque année : l’autel circulaire en marbre blanc qui date du XIème siècle et l’horloge astronomique considéré comme un joyau de l’art horloger.  La cathédrale est inscrite aux monuments historiques depuis 1875.

Le clocher Saint-Jean, l’identité bisontine
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Matthieu Fantoni, conservateur des monuments historiques en charge du dossier de la cathédrale Saint Jean ©YQ

Il domine la boucle de ses 70 mètres, commande l’entrée de l’ancienne ville romaine par la porte noire. Réputé comme le plus beau clocher à dôme (ou clocher comtois), il abrite une sonnerie importante de dix cloches dont un bourdon de 4 tonnes. A son faîte, une croix haute de 6 mètres et pesant plus d’une tonne a été fixée en 1809. L’usure du temps, l’érosion due aux intempéries et au vent rendait sa restauration indispensable.

3 millions d’Euros pour 3 ans de travaux

Démarré en 2017 par la construction durant deux mois d’un gigantesque et complexe échafaudage, le chantier de restauration devrait se terminer en mai 2020. C’est le choix d’une restauration sur la base des documents du XIXème siècle qui a été retenu. Le conservateur des monuments historiques en explique la raison “l’option retenue est souvent celle où les architectes et artisans ont le plus de documentation. En l’espèce, nous avions un maximum de documents, dessins et même photos de cette période pour réaliser la meilleure restauration possible”.

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la croix de 6 mètres pèse 1,2 tonne est entièrement dorée à l’or pur ©YQ

La croix dorée à la feuille d’or a été reposée le 7 novembre dernier. Claude-Henri Thaler, Maître doreur, a utilisé entre 3000 et 4000 feuilles d’or pur pour redonner à la croix son lustre ancien. Selon l’artiste, ces milliers de feuilles d’or ne dépassent pas un poids total de 200 grs.

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Travailler à la main à plus de 60 mètres de hauteur nécessite de multiples compétences et talents ©YQ

Derrière les charpentiers, sont venus les compagnons couvreurs et les tailleurs de pierres. L’entreprise “Piantanida” de Saulcy sur Meurthe a été chargée du remplacement des pierres ou de leur restauration. Chaque pierre est auscultée, sondée, restaurée ou remplacée à l’identique. L’entreprise vosgienne d’une cinquantaine de compagnons est spécialisée dans les monuments historiques. Le chantier de la cathédrale occupe en permanence entre 4 et 6 compagnons. Petite précision utile, la cathédrale a été construite en « pierre de Chailluz » mais ce calcaire dur, identité du patrimoine bisontin, n’est plus extrait à Chailluz mais dans une carrière de l’Yonne.

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Chaque tuile vernissée est posée pièce par pièce et le choix des alliances de couleurs fait par le couvreur, un travail d’artiste ©YQ
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Les trois compagnons de “Toitures de Franche-Comté” au pied du globe de deux mètres en cours de restauration ©YQ
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Chaque élément du globe de 2 mètres de diamètre est ajusté et posé à la main ©YQ
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Chaque élément de zinguerie est découpé, ajusté et posé pièce par pièce ©YQ

“Toitures de Franche-Comté, entreprise installée à Rioz en Haute-Saône, intervient sur le patrimoine pour la partie couverture, zinguerie. Les compagnons, hautement spécialisés, travaillent chaque élément à la main. Toutes les tuiles vernissées du clocher ont été changées, soit 350 m² de tuiles posées dans des reflets de doré, de mauve ou de marron. Le globe de 2 mètres de diamètre qui sert de base à la croix a été totalement refait à l’identique, doré en atelier et assemblé sur place. Il faut imaginer cette équipe de trois à cinq compagnons ajustant les morceaux de métal doré à l’or pur avec une cisaille à main…du grand art !

Vesontio puis Besançon, la ville fut nommée au Moyen-Âge “Chrysopolis” qui signifie en grec “Ville d’Or”. De l’époque gallo-romaine à la Renaissance, au siècle des Lumières en passant par le Haut Moyen-Âge, Besançon est un joyau d’histoire, de patrimoine et d’architecture. On pourrait utilement conseiller aux candidats(tes) au poste de maire de Besançon, de passer quelque temps au faîte de la cathédrale et d’y puiser les idées de la ville de demain dans les richesses du passé. La société 5.0 a plus que jamais besoin de racines millénaires.

Yves Quemeneur