Conférence citoyenne sur les Vaîtes : retour à la case départ

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Anne Vignot, la Maire de Besançon, a reçu le rapport de la Conférence citoyenne sur les Vaîtes ce dimanche 4 juillet 2021

On peut critique la méthode. Imaginé il y a plus de 15 ans, l’urbanisation du quartier des Vaîtes n’était plus en phase avec les attentes écologiques actuelles. Anne Vignot a eu donc raison de le remettre en question.

Ce projet devait répondre à la réhabilitation partielle de Planoise (suppression de plus de 1 000 logements à l’horizon 2029) et au contrôle de l’étalement urbain sur le territoire de Grand Besançon Métropole et réduire ainsi l’impact de la voiture sur l’agglomération.

Il a été au cœur de la campagne électorale de 2020. Quand Ludovic Fagaut (Besançon Maintenant) invente « Terra Vesontio » refusant la bétonisation du quartier et favorable à un projet réorienté en concertation avec les habitants, Anne Vignot (Besançon par nature) opte pour un moratoire.

Élue en juin 2020, la nouvelle municipalité s’engage à solliciter l’avis d’experts et de citoyens. C’est ainsi que naît le GEEC (Groupe d’Experts pour l’Environnement et le Climat) qui produit un rapport le 11 mars 2021. La conférence citoyenne réunit ensuite 51 citoyens tirés au sort représentatifs de la diversité de la population bisontine. Cette conférence citoyenne vient de rendre ses préconisations le 4 juillet 2021 à la Maire de Besançon.

La première instance avait été sujette à polémique par la composition de ses membres. Compte tenu des conclusions présentées ce dimanche 4 juillet par la conférence citoyenne, on peut raisonnablement douter de son entière indépendance : « un consensus fort de ses membres pour rejeter le projet initial de construction de 1150 logements et le réinterroger en profondeur ». Sur cette base, deux positions ont émergées des débats : un aménagement sans aucune construction nouvelle aux Vaîtes ou un aménagement avec des constructions limitées.

Des votes « cachés »

Le compte-rendu fait état  d’un « avis de la conférence citoyenne approuvé par 80% des participants contre 5% votant contre et 15% d’abstention ». Comment peut-on s’abstenir sur les conclusions d’un rapport auquel chacun a participé ? On est pour ou on est contre ! En outre, précise le rapport, « 36,6% des membres soutiennent l’hypothèse d’un aménagement sans construction nouvelle, 43,9% de constructions limitées et 19,5% s’abstiennent ». Dans ce résultat, on ne parle plus des membres ayant voté contre.

Sur la liste des 18 intervenants entendus par la conférence citoyenne, on cherche en vain les élus impliqués depuis le début dans ce projet comme Jean-Louis Fousseret l’ancien maire de Besançon ou Nicolas Bodin, auparavant chargé de l’urbanisme dans la précédente mandature, ou encore les élus de l’opposition municipale qui avaient présenté un projet alternatif. A contrario, les opposants au projet (Alternatiba, Le Jardin des Vaîtes ou Extinction Rebellion) y ont été largement accueillis.

Hypothèse 1 : aucune construction nouvelle

L’orientation des membres de la conférence citoyenne va clairement dans le sens de « l’urgence climatique » et des rapports du GIEC. Les conclusions sont celles de la « décroissance heureuse » : « Etant donné que la nécessité d’un changement de paradigme…rend nécessaire de considérer que les questions économiques et financières ne doivent plus primer sur les questions environnementales et climatiques…nous préconisons l’absence de toute nouvelle artificialisation sur le site des Vaîtes et la remise en état écologique, infrastructurelle et agricole du site ». On peut essayer deux remarques sur cette conclusion : le développement de l’emploi n’est donc pas une priorité pour la conférence citoyenne. Et la ligne de tramway (si on lit bien la préconisation) devrait être supprimée « remise en état infrastructurelle ».

Hypothèse 2 : un aménagement limité

« Il est pour nous impératif de respecter le zéro artificialisation nette tant que la réhabilitation ou la transformation de logements vétustes, de friches artisanales, commerciales et industrielles sont possibles…sur le territoire bisontin ». La conférence citoyenne chiffre à 300 logements construits par an pour maintenir la population bisontine. Les membres se situent bien dans une logique de décroissance démographique de Besançon. Ils poursuivent « l’attractivité de la ville doit être traitée par les leviers comme l’emploi…et pas uniquement par la construction de logements ». Cette conclusion sera probablement au cœur des débats du conseil municipal du 30 septembre prochain amené à statuer sur l’avenir du quartier. Comment attirer des entreprises, donc des emplois sans proposer aux nouveaux arrivants des capacités suffisantes en logements ? La question reste sans réponse.

Pas d’avenir pour l’école Tristan Bernard

La conférence citoyenne opte pour une réhabilitation de l’école actuelle. Les conclusions sont pour le moins surprenantes « ce n’est pas une nouvelle école qui attire les familles. La construction d’un nouveau quartier n’est pas non plus une garantie pour l’arrivée de familles avec enfants en âge d’être scolarisés. De plus, le coût de la vie bisontine peut être un frein à l’installation de ménages avec enfants ». Autrement dit, la conférence citoyenne incite les nouveaux habitants ou ceux désirant déménager à choisir les communes périphériques…à choisir l’étalement urbain !

Gloubi-boulga indigeste 

Les conclusions de la conférence citoyenne, au-delà du choix entre le statu quo actuel et des constructions raisonnables, liste un nombre étonnant de mesures pour « sauvegarder, développer et valoriser les espaces naturels et maraîchers ». Il paraît fondamental de « garder l’identité historique du lieu…et l’opposition au projet ayant fédéré un collectif d’habitants et de militants… »

« Nous souhaitons que le quartier des Vaîtes devienne un modèle dans la prise en compte des enjeux climatiques et dans le respect de l’environnement et de la biodiversité…Le projet des Vaîtes représente une occasion unique pour la municipalité de créer un véritable espace riche en biodiversité, qui reflète l’histoire du quartier et accessible à tous grâce aux modes de déplacements doux ».

Dans la mise en valeur et le potentiel du site, la conférence citoyenne ne craint pas de proposer « des parcours pieds nus » (les parents apprécieront) ou la protection des mares (attention aux actions judiciaires menées par les riverains pour nuisances sonores). On notera enfin la proposition de parcours pédagogiques « pour apprendre le nom des plantes »…il me semblait que l’apprentissage de la botanique se fait à l’école à l’aides des herbiers !

Le tram oui…mais gratuit

« Le tram ne doit pas servir uniquement à dynamiser le centre-ville. Il doit permettre aux habitants des quartiers hyper-urbanisés de se rendre dans des îlots de fraîcheur comme le quartier des Vaîtes ». Les rapporteurs de la conférence citoyenne oublient que le projet NPRU de Planoise consiste, entre autres, à désurbaniser partiellement ce quartier et en faire un écoquartier. Et pour faire bonne mesure, la conférence citoyenne propose de « créer un forfait mobilité durable (celui-ci pouvant être gratuit pour certaines tranches de la population) ».

Pour conclure leur rapport présenté à Anne Vignot ce 4 juillet, les membres de la conférence citoyenne demandent formellement qu’une délégation soit présente lors des prochains conseils municipaux traitant du sujet des Vaîtes et puisse y intervenir !

Après le rapport des experts du GEEC et celui de la Conférence citoyenne, le projet initial des Vaîtes a du plomb dans l’aile, d’autant qu’il est suspendu à l’avis de la justice. Le GEEC avait proposé un redimensionnement du projet qui pourrait faire consensus. Besançon a besoin de développer son activité économique, à attirer de nouvelles entreprises et de nouveaux emplois. Construire n’est pas une finalité mais un moyen pour l’attractivité de la capitale comtoise.

Yves Quemeneur