Conseil municipal de Besançon entre tourisme et infrastructures routières

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Le conseil municipal du 24 juin portait dans son ordre du jour deux délibérations sujettes à de longs palabres : la demande de classement de la capitale comtoise en commune touristique et l’épineux (toujours épineux) sujet de l’aménagement final du contournement routier de Besançon.

En amuse-gueules, Anthony Poulin a présenté le compte administratif 2020, l’affectation des résultats et la DM1 (décision modificative) liée aux ajustements de dépenses de la crise sanitaire.

L’impact financier de la crise sanitaire est considérable. Une précédente décision du conseil municipal avait provisionné une somme de 1 million d’euros. Cette enveloppe a été entièrement dépensée (1,14M€). La baisse de la taxe sur les jeux (fermeture du casino) a représenté 650 000 euros au total sur l’année et la gratuité des musées ou les droits de terrasse ont généré un manque à gagner pour la Ville de l’ordre de 172 000€. A contrario, la bonne tenue du marché immobilier a permis une augmentation des droits de mutation de 200 000 euros (soit 5% de recettes supplémentaires). Laurent Croizier (Modem) est revenu sur sa demande de prolonger l’exonération des droits de terrasses jusqu’au 31 décembre 2021 ; fin de non-recevoir de la Maire.

Besançon veut des banquiers éthiques

Une délibération du conseil municipal portait sur la mise en place d’une grille d’analyse des actions en matière environnementale, climatique et sociale des établissements bancaires avec lesquels la collectivité contracte. Le questionnaire expérimental (une première en France) élaboré en collaboration avec Oxfam France, ONG dirigée par Cécile Duflot l’ancienne ministre de l’écologie a interpellé l’opposition considérant son manque d’objectivité. Avec Reclaim Finances, les deux organisations non gouvernementales dénoncent les investissements bancaires dans les énergies fossiles en contradiction avec l’accord de Paris sur le climat. Fidèle à ses engagements en faveur de la transition énergétique, l’exécutif de Besançon souhaite orienter ses emprunts à venir vers des organismes financiers sensibles à l’environnement, au climat et à la responsabilité sociale. C’est dans ce cadre qu’une partie du financement des besoins scolaires de la Ville (emprunt sur 15 ans de 2 millions d’euros à 0.65%) se fera auprès de la Nef (Nouvelle Economie Fraternelle) a souligné Anthony Poulin l’adjoint aux finances.

Dégenrer les emplois des agents de Besançon

C’est Elise Aebischer, adjointe aux ressources humaines qui le dit. Les métiers des 3 000 agents de la collectivité (Ville de Besançon, CCAS et Grand Besançon Métropole) sont « trop » genrés et génèrent des écarts de salaires. Les métiers du social sont surtout féminins et mal rémunérés tandis que les postes à dominante technique sont mieux payés et surtout masculins ! La Ville de Besançon souhaite lutter pour une meilleure égalité des rémunérations Femmes/hommes à l’horizon de trois ans. Elise Aebischer voudrait même harmoniser la garde des enfants malades, essentiellement le fait des mamans. De même, il apparaît que le télétravail est surtout la demande des femmes à 57%. « Est-ce bien normal ? » souligne l’élue adepte acharnée de l’écriture inclusive.

Besançon ville touristique et pourquoi pas

De 2012 à 2017, Besançon était classée « ville touristique ». Ce classement permettait de bénéficier d’un cadre législatif spécifique rendant la destination plus attractive. La demande de renouvellement en 2017 n’a pas été effectuée. Anne Vignot souhaite à juste titre renouveler la demande auprès de l’Etat, compte tenu du caractère patrimonial exceptionnel de Besançon, du site Unesco de la Citadelle et de son environnement naturel. Pour l’opposition, cette demande cache un objectif fiscal. Grand Besançon Métropole pourrait en profiter pour augmenter sensiblement le versement mobilités (ancien versement transport), la faculté étant offerte aux communes touristiques de déplafonner cette taxe payée par les entreprises du territoire. A cette question essentielle, la Maire n’a pas voulu répondre, considérant qu’une telle décision serait en tout état de cause du ressort de la communauté urbaine. En creux, la présidente de GBM ne ferme pas la porte à cette augmentation de la fiscalité des entreprises…« mauvais signe au mauvais moment » selon Ludovic Fagaut (Besançon maintenant) et Laurent Croizier (Modem).

La RN 57, dessert indigeste du conseil municipal

Pour la Maire de Besançon, cette autoroute urbaine est « un non-sens écologique et social ». Pêle-mêle, Anne Vignot et Anthony Poulin évoquent « l’accord de Paris sur le climat et l’effondrement des espèces », « un projet de folie et exaspérant ». Kevin Bertagnoli (Generation.s) va encore plus loin « le mur anti-bruit prévu à Planoise, c’est le mur de la honte entre Planoise et Besançon, allant jusqu’à comparer « l’autoroute urbaine au mur de Berlin »… !

De son côté, le groupe socialiste valide le projet dans son ensemble « comme le point final d’une histoire vieille de 40 ans ». Nicolas Bodin ajoute « ne pas terminer cet aménagement risquerait de priver Besançon et tout le Haut-Doubs d’une liaison attractive avec la Suisse, réorientant les trafics économiques et touristiques vers le Nord (Bâle-Mulhouse) et vers le Sud (Genève-Annecy) ». Le propos du chef de file socialiste à la mairie de Besançon confirme la position de Cédric Bole, le maire LR de Morteau.

« En refusant cet aménagement voulu par l’Etat, nous ne voulons pas seulement clore l’histoire du XXème siècle mais construire le monde du XXIème siècle » conclut Anne Vignot ajoutant « nous irons vers le vélo à marche forcée ». Ludovic Fagaut a attrapé la « selle au guidon » ou la balle au bond « Madame Vignot, vous faites aujourd’hui la démonstration de l’écologie punitive ».

26 voix pour, 21 voix contre et 8 abstentions

Le conseil municipal de Besançon a finalement voté pour le projet par 26 voix pour, 21 contre et 8 abstentions.  La maire souhaitait inclure un autre vote portant sur des études nouvelles et l’assurance du financement à hauteur maximum de 25% pour GBM. Cette délibération a été rejetée, ne recueillant que 19 voix, 32 abstentions et 4 voix contre.

Il appartient au conseil communautaire du lundi 28 juin, de confirmer ou non ce premier vote, entre les partisans du développement économique prenant en compte les problématiques d’environnement et les « nouveaux apôtres de l’écologie punitive » selon les termes de l’opposition. Réponse…bien tard lundi 28 juin.

Yves Quemeneur