Coordonnées politiques

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Cela s’est passé mardi soir, pendant la mi-temps d’une épique confrontation entre Chelsea et le Bayern Munich, s’étant comme souvent soldée par victoire des Allemands (3 à 0 à l’extérieur). Avant la reprise de la seconde période, alors que les publicités défilaient et qu’un zeste d’ennui venait poindre, un sms reçu m’extirpa d’une léthargique torpeur. Un ami venait de m’envoyer les résultats surprenants d’un “test de coordonnées politiques” qu’il venait d’accomplir.

Ni une, ni deux, puisque j’avais encore une dizaine de minutes à perdre (et que je ne souhaitais pas particulièrement offrir de “temps de cerveau disponible” aux grandes firmes du CAC 40), je me suis amusé à réaliser mon test, via le lien du questionnaire qu’il m’avait transféré. 36 questions y figuraient parmi lesquelles :

Si les gens veulent conduire sans leur ceinture de sécurité, ce devrait être à eux d’en décider ?

Le gouvernement devrait-il fournir gratuitement des soins de santé à tous les citoyens ?

La réinsertion des criminels est-elle plus importante que leur peine ?

Comme vous le voyez, devoir trancher en quelques secondes de manière binaire sur des thématiques “à tiroirs” aussi complexes s’avérait délicat…

Je n’étais pourtant pas au bout de mes peines, car la tâche se
compliquait encore avec :

Un pays ne devrait-il jamais entrer en guerre sans le soutien de la communauté internationale ?

Est-il légitime que les nations privilégient leurs propres religions aux dépens des autres ?

Par préoccupation pour l’environnement, avons-nous besoin
d’augmenter les taxes et les impôts des industries ?

Existe-t-il un conflit important entre l’intérêt des entreprises et
l’intérêt de la société ?

L’oscillation entre le relatif et l’absolu était de mise…

Ce qui explique probablement pourquoi le résultat me classa exactement à l’intersection médiane entre l’abscisse et l’ordonnée des quatre grandes tendances évoquées : libéralisme de Gauche (Libéralisme Social), communautarisme de Droite (Conservatisme), communautarisme de Gauche (Démocratie Sociale), et libéralisme de Droite (Libertarianisme).

Cela dit, nul besoin de coordonnées politiques pour rester
pragmatique et critique.

Prenons par exemple la dernière communication du gouvernement qui, en pleine opération de clientélisme à l’occasion du salon de l’Agriculture, vient d’annoncer “une retraite d’un montant minimal de 1000€ pour les agriculteurs”. Et bien, nous sommes en droit de considérer que la formule employée s’avère une contre-vérité, puisque ce nouveau dispositif ne sera appliqué qu’aux agriculteurs prenant leur retraite à partir de 2022 : les pensionnés actuels ne sont pas
concernés !

En allant un peu plus loin, on peut même remarquer que les fameux “1000 € minimum” ne seront accordés qu’aux seuls “chefs d’exploitation” ayant accompli “une carrière complète de 43 ans et ayant cotisé à hauteur du SMIC”. Ce qui, de fait, exclut tous les autres, n’étant pas chefs d’exploitation (notamment leurs conjoints), de même que ceux à la carrière hachée, ou n’ayant pas toujours pu se payer au SMIC. Soit près de 40% des agriculteurs !

Comme quoi, même en étant sur le juste point d’équilibre
idéologique, la perception de la vérité peut se révéler variable, selon la place que l’on occupe…

Cyril Kempfer