Crise sanitaire : le BTP du Doubs interpelle les élus

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Les chantiers de voirie et d'infrastructures doivent reprendre sans délai selon Frédéric Bonnefoy, vice-président de la fédération régionale des Travaux Publics

Une visioconférence a réuni une nouvelle fois les professionnels du bâtiment et des Travaux publics autour de Joël Mathurin le préfet du département.

Le préfet a salué la réactivité des entreprises de la filière comme étant l’une à avoir engagé rapidement les conditions du déconfinement. D’abord en élaborant un guide des bonnes pratiques pour assurer les garanties sanitaires pour les salariés, et surtout en redémarrant rapidement des chantiers emblématiques bisontins comme le pôle Viotte ou les nouvelles constructions et réaménagements du CHRU Jean Minjoz.

les chantiers emblématiques de Besançon comme le pôle “Viotte” a redémarré

L’Etat, par la voix du préfet, accélère les notifications de mise en chantier aux collectivités locales. Huit millions d’euros ont d’ores et déjà été notifiés aux maires. Le chantier de la RN57 reprend sous l’autorité de la DREAL. Pour Joël Mathurin, la reprise économique doit s’accompagner de la plus grande sûreté sanitaire.

Peu de reprise attendue au mois de mai

Les entreprises du bâtiment du Doubs ont des charges de travail autour de 30 à 35% et espèrent monter à 50% dès le 11 mai. Dominique Viprey, président de la Fédération du bâtiment du Doubs regrette que les lycées ne soient pas accessibles aux entreprises pour y effectuer les travaux.

Dans les Travaux Publics, la charge de travail est de 80% selon Frédéric Bonnefoy, vice-président de la fédération régionale Bourgogne Franche-Comté. Il s’inquiète de carnets de commandes qui fondent dès la rentrée de septembre du fait du retard dans les appels d’offres des collectivités locales (mairies et EPCI) qui sont en attente des nouvelles élections. Frédéric Bonnefoy insiste pour que les élus « en place » engagent sans délai les chantiers.

Un réseau d’eau vieillissant à Besançon
Le réseau d’eau est vieillissant selon Jean-Pierre Dauge, SG de la fédération régionale des travaux publics

Le sujet est récurrent pour Jean-Pierre Dauge, le secrétaire général de la FRTP Bourgogne Franche-Comté. On enregistre 30 à 40% de pertes d’eau sur le réseau d’eau et d’assainissement de la métropole bisontine, alors que l’eau est un bien précieux particulièrement dans le Doubs. Le temps de renouvellement moyen des réseaux est d’environ 80 ans en France. Dans l’agglomération bisontine, on frise les 120 ans selon le responsable régional des Travaux Publics.  L’assainissement représente un tiers de l’activité des entreprises. “Grand Besançon Métropole doit fortement impulser les chantiers, c’est une urgence sanitaire et économique” conclut Jean-Pierre Dauge.

Les artisans et TPE du bâtiment craignent l’avenir

Manuela Morgadinho, présidente de la CAPEB et de la Chambre de Métiers et de l’Artisanat du Doubs, s’inquiète de la reprise des chantiers chez les particuliers à la rentrée. Les besoins existent mais il faut rassurer les clients sur les mesures barrières prises par les professionnels. C’est un frein aux commandes.

Les professionnels du bâtiment et des travaux publics insistent sur l’urgence pour les élus en place à engager les dépenses déjà prévues dans les budgets, sans souci des querelles électorales à venir. Ce sont des milliers d’emplois qui sont en jeu et l’avenir de toute la filière. Le département du Doubs possède l’un des CFA du bâtiment parmi les plus dynamiques de France. Le risque est important de perdre des compétences en diminuant les contrats d’apprentissage.

“Nous voulons moins de paroles politiques mais de l’action” martèle Frédéric Bonnefoy. La balle est clairement dans le camp des conseils municipaux et conseils communautaires, en particulier à Besançon qui vit en campagne électorale permanente. Ce n’est pas ce que souhaitent les habitants et les entreprises. Sans visibilité de la commande publique, beaucoup d’entreprises risquent de fermer dans les 2 à 3 mois qui viennent.

Le temps des joutes électorales viendra ; pour l’instant, l’urgence est au rassemblement autour des entreprises qui font vivre le territoire.

Yves Quemeneur