Daniel Longchampt : la réussite au bout du chemin.

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Daniel Longchampt peut être fier du chemin qu'il a parcouru grâce à sa seule volonté.

Pour Daniel Longchampt, pimpant septuagénaire pontissalien, réussir sa vie n’était pas une option. Pour cela, il s’est donné les moyens d’y parvenir, dans des conditions souvent difficiles. Il accepte de revenir sur ces années de labeur qui lui ont permis d’accéder à son rêve : devenir professeur.

Et si on commençait par votre jeunesse ?
Je suis issu d’un milieu très modeste. Mon père était ouvrier et ma destinée était de faire comme lui. Mais mon oncle a décelé chez moi un certain potentiel et c’est ainsi que j’ai pu intégrer le collège, ce qui n’était pas courant dans mon milieu.

Vous étiez un bon élève ?
Pas tellement, non (rires). Nous étions une bonne bande de copains et nous aimions bien faire la fête. Un peu trop sans doute ! Mon travail en a pâti et je me suis retrouvé en échec scolaire. J’ai dû arrêter mes études à la fin de la 3e.

Comment ont réagi vos parents ?
Mon père n’a eu que deux mots : va travailler ! C’était l’époque des trente glorieuses, les embauches ne manquaient pas. J’ai intégré Nestlé en tant que manoeuvre de chargement de camion. Et puis, il y eu le service militaire et c’est à partir de ce moment-là que tout a changé pour moi.

C’est-à-dire ?
On m’a affecté directement au poste d’instructeur. Ne me demandez pas pourquoi, je n’en sais rien du tout ! (rires) J’avais pour mission d’apprendre à mes camarades le principe des câbles hertziens, utilisés dans la transmission. J’ai adoré faire ça ! Lorsque je suis revenu à l’usine, à 21 ans, j’ai rencontré la délicieuse Michèle qui est aujourd’hui mon épouse. Elle m’a soutenue lorsque, sur un coup de tête, je me suis dit “Et si je passais le bac ?” En autodidacte, cela me paraissait possible. Je me suis renseigné dès le lendemain et j’ai eu contact avec un professeur de lettres qui, pour m’éprouver, m’a donné une dissertation à faire en une semaine. C’est ainsi que tout a commencé.

Vous vous êtes donc lancé dans l’aventure ?
Exactement. En 12 mois, j’ai passé ma 2nde et ma 1ère, le tout en continuant à travailler en 3×8. Je devais bien payer mon loyer. Je me suis investi à 200% ! Je vivais dans une chambre glauque, froide, sans eau courante. Je réchauffais mes repas sur un réchaud et la buanderie se trouvait en sous-sol. Ce n’étaient pas des conditions idéales, comme vous pouvez vous en douter ! Mais cela n’avait pas d’importance, je m’accrochais à mon objectif, quel qu’en soit le prix à payer.

Que représentait le bac pour vous ?
Il était la clé de la réussite. A l’époque, avoir son bac voulait encore dire quelque chose. Nous n’étions que 20% d’une même classe d’âge à le passer et 65% à l’obtenir. Malgré les maigres chances de le décrocher, je l’ai eu. Et avec mention ! Cela m’a donné la motivation nécessaire d’aller plus loin. J’ai intégré la Fac de Besançon, sans aucune aide financière. Je me suis lancé dans des études de lettres et d’histoire. J’ai eu la chance de rencontrer un professeur d’histoire passionnant. En dépit des difficultés matérielles et financières, je n’ai pas voulu arrêter et j’ai fini par passer ma maîtrise, que j’ai obtenue avec mention très bien. C’est ainsi que j’ai atteint mon objectif absolu : devenir professeur d’histoire.

Qu’est-ce qui, selon vous, vous a donné cette incroyable motivation d’aller toujours plus loin ?
Je crois que j’ai voulu passer outre le chemin qui m’était destiné. Je voulais me prouver que je pouvais accéder à mes rêves, quels que soient les obstacles qui se dresseraient sur ma route.

Une telle ascension serait-elle possible de nos jours ?
Nos jeunes gens sont beaucoup plus aidés de nos jours, surtout financièrement. Mais je ne ressens pas la même dynamique qu’à notre époque, je ressens davantage de désenchantement. Il faut savoir donner un sens à sa vie et se donner les moyens d’y parvenir. Ça me fait mal de voir certains jeunes passer à côté de leur vie par manque de conviction. Et puis, on perd l’esprit collectif, on vit dans l’individualisme aujourd’hui. Il ne faut pas oublier que la vie est un combat et qu’on n’a jamais rien sans rien.

Daniel Longchampt a publié 3 ouvrages : “La séparation des Églises et de l’État”, “Le CAP Rugby”, rédigé avec Maurice Carel et “Trois hommes de cœur et de conviction”, paru dernièrement chez Cêtre.