Des forêts franc-comtoises en souffrance

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Nos forêts jurassiennes se parent de couleur dorée, mais l'automne n'y est malheureusement pour rien.

La sécheresse de l’année dernière couplée aux chaleurs de cette année ont favorisé la prolifération d’insectes ravageurs dans nos forêts régionales : le scolyte.

C’est un nom qui revient souvent en ce moment. Celui d’un petit coléoptère ravageur, qui se nourrit de bois jeune, notamment de pins et d’épicéas. L’animal creuse des galeries sous l’écorce des arbres, coupant ainsi la circulation de la sève, faisant mourir leur hôte sur racines. Les aiguilles deviennent alors rouges, et l’arbre sec. En temps normal, l’épicéa émet une sève destructrice, empêchant la prolifération des insectes. Mais lorsque les conditions météorologiques leurs sont défavorables, ils deviennent trop faibles pour se défendre et c’est ainsi que les attaques deviennent massives et dévastatrices.
C’est exactement ce qui s’est passé durant l’été 2018, et qui a perduré cette année encore. La sécheresse mêlée à la canicule a fortement affaibli les arbres et a entraîné la prolifération massive des scolytes qui ont envahi nos forêts. La Fédération Nationale du Bois l’explique en ces termes : « Tout a commencé avec les épicéas. Mais les sapins ont eux-aussi été touchés, et sèchent un an après. La chaleur a quant à elle durement touché les chênes et les hêtres. » Le résultat ne s’est malheureusement pas fait attendre : 60% des arbres coupés sont infestés de scolytes, selon une note émise par l’Office National des Forêts en août dernier. Une véritable catastrophe sanitaire pour nos forêts qui doivent subir le seul « traitement » possible : une coupe massive des arbres.
Durant l’année 2018/2019, deux millions de mètres cubes d’épicéas ont été récoltés, ce qui correspond au double d’une année normale. Une conséquence inattendue est venue se greffer à cet abattage massif et nécessaire : le cours du bois d’épicéa et de sapin a chuté. En 2019, on estime la baisse à 30% de son cours habituel, notamment pour le bois d’œuvre, celui utilisé pour les constructions. Les mois qui viennent ne vont pas arranger les choses puisqu’une baisse allant jusqu’à -50% est attendue. Pour limiter la casse, le bois est coupé très tôt afin d’en préserver le cœur, la partie la plus noble utilisée dans le bois d’œuvre.

Vers « Un grenelle de la Forêt »

La situation est des plus préoccupantes, et ne semble pas près de s’arranger. “Les effets sur les forêts continueront à se manifester et seront dépendants du climat à venir”, a prévenu le département de la Santé des forêts. On pourrait comparer le nombre d’arbres touchés à celui de la tempête de 1999 mais c’est moins spectaculaire car étalé sur plusieurs années, trois ou quatre. “C’est pourquoi nous avons tant de mal à mobiliser les pouvoirs publics, alors que l’enjeu de renouvellement est énorme !”, déplore la Fédération Nationale du Bois. Cette dernière réclame un grenelle de la forêt ou un sommet de la forêt, tel qu’il existe déjà en Allemagne, sous la houlette du président de la République. Le ministère de l’Agriculture répond qu’un programme national de la forêt et du bois s’est déjà penché sur la politique forestière de la France pour les 10 années à venir. De plus, Didier Guillaume, actuel ministre de l’Agriculture, a  annoncé la mise en place d’un plan de soutien de 16 millions d’euros afin d’aider à l’exploitation et à la commercialisation des bois “scolytés”, puis à la reconstitution des peuplements touchés après exploitation.

Nos forêts jurassiennes se parent de couleur dorée, mais l’automne n’y est malheureusement pour rien.