Disparité sociologique

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On s’en souvient, l’agression retentissante de deux véhicules de police s’étant déroulée en octobre 2016 à Viry-Châtillon, avait profondément marqué l’opinion publique.

Des images aussi impressionnantes que révoltantes avaient alors circulé sur nos écrans, montrant en pleine journée, la prise d’assaut de fonctionnaires, victimes d’un véritable guet-apens, alors qu’ils sécurisaient une caméra de vidéosurveillance au seuil de la cité de la Grande borne à Grigny.

En quelques secondes, quelques jeunes avaient brisé les vitres et jeté dans l’habitacle des cocktails Molotov. Dans une voiture, deux sièges s’enflammaient, pendant qu’un adjoint de sécurité et une gardienne de la paix prenaient feu. Vision d’horreur.

L’actualité a ramené cet épisode sous le feu des projecteurs médiatiques cette fin de semaine, puisque le procès des « assaillants » s’est conclu mercredi, tard dans la nuit.

Ainsi, après pas moins de 13 heures de délibération, la cour d’assises de l’Essonne a condamné 8 jeunes, reconnus coupables de tentative de meurtre sur personnes dépositaires de l’autorité publique (et qui encouraient la réclusion criminelle à perpétuité), à des peines allant de 10 à 20 ans de réclusion, tout en acquittant 5 autres prévenus.

L’avocat Thibault de Montbrial, qui représentait une des policières prises pour cible observait à l’issue de l’audience :

« Compte tenu de la violence sans cesse croissante qui monte dans notre pays, des attaques quotidiennes contre les forces de sécurité intérieure, ce verdict est extrêmement inquiétant ».

Forcément, de son côté, la défense estimait un verdict « trop sévère ».

« Quand on voit un gamin de 17 ans qui se prend 18 ans aux assises sans même que lui soit appliquée l’excuse de minorité, c’est parfaitement scandaleux. C’est un gamin de 17 ans qui a été complètement broyé par l’enquête », commentait Me
Deborah Meier-Mimran dont le client était mineur au
moment des faits.

Finalement, la principale question reste en suspens :

Comment expliquer que de grands adolescents, voire de jeunes adultes, en arrivent à commettre de pareils forfaits, sans avoir conscience des conséquences de leurs actes
(criminels) ?

Alors que la bien-pensance habituelle désignera probablement comme coupable le désœuvrement ou l’exclusion, et ainsi rebasculer « la faute » sur l’ensemble de la société sinon du « système », d’autres expliqueront que le laxisme éducatif, et plus généralement la déliquescence des valeurs, tiennent sans doute leur part dans ce genre de faits divers.

Or, une remarque surgie du débat portant sur la ruralité a pointé du doigt une observation expliquant presque à elle seule, la fracture sociétale qui divise aujourd’hui notre pays, en castes sinon en communautés.

« La France rurale est bien plus pauvre et bien plus difficile à vivre pour les jeunes, sans transport, sans équipement, sans service public, que celle des banlieues. Mais l’on n’y brûle pas de voitures pour autant ».

Criante et formelle disparité sociologique, sur laquelle les décideurs politiques nationaux feraient bien de méditer…

Cyril Kempfer