Dossier. Quel avenir pour la forêt dans le Doubs ?

Malgré un été pluvieux, la forêt subit de plein fouet le réchauffement climatique, par de multiples dégradations. Maladies, dépérissement, un grand changement est actuellement nécessaire et opéré par l'ONF. Problème, l'office fait lui aussi face à une coupe budgétaire. Une décision révoltante pour les élus locaux.

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« La forêt a gagné une année de répit ». C’est avec ces mots que Marc Nouveau, directeur de l’agence ONF de Besançon, résume un été pluvieux et plus doux que les trois dernières années de sécheresse. Les arbres, s’ils pouvaient parler, ne s’en plaindraient pas, c’est sur.  » Nos premières observations permettent de dire, tout en prenant des pincettes, que le pire est passé pour cette année. Le dépérissement des sapins a été stoppé et nous avons recensé deux cycles d’attaques de scolytes sur les Épicéas, sur le secteur du premier plateau, au lieu de trois habituellement. Il y a eu une mortalité moins forte mais la reconnaissance n’est pas terminée. », poursuit le directeur d’agence.

Dans le Doubs, la forêt représente 43 % du territoire

Un répit seulement. Car les problèmes sanitaires de la forêt, portés par les attaques de parasites, le dépérissement du sapin, de l’hêtre, sont des agressions visibles que subit le milieu naturel, à cause du réchauffement climatique. « Ce sont des phénomènes dont nous parlons depuis une trentaine d’années, et qui sont aujourd’hui visibles dans le changement de nos paysages. », assure Marc Nouveau. La forêt départementale représente aujourd’hui 43% du territoire (forêt publique et privée).

Des résultats visibles dans un siècle

Si les arbres feuillus du premier plateau sont plus résistants à ce changement climatique, les résineux tels que nous les connaissons actuellement pourraient disparaître dans le temps.  » C’est très théorique et il ne faut pas dramatiser. Aujourd’hui on ne peut plus miser sur ses essences, il faut leur donner la possibilité de se transformer face à ce changement climatique. Il n’y a pas de solution miracle. Le changement passera par un renouvellement de la forêt avec une mise en place de plans plus résistants. Le résultat ne peut être visible que sur 80 à 90 ans minimum. Or avec le réchauffement climatique prévu sur les 30 à 40 prochaines années, il faut nous adapter en permanence et trouver des solutions rapides qui peuvent durer dans le temps. Derrière c’est toute l’économie de la filière bois, la biodiversité, l’enjeu environnementale qui se joue. En espérant que l’humanité soit en capacité de contenir le réchauffement climatique d’ici un siècle. », commente Marc Nouveau.

La forêt représente 43% du territoire dans le Doubs

Un marché économique régulé par la forêt publique

Alors que ce secteur économique connaît une pénurie depuis plusieurs semaines, provoquée par les multiples Plan de Relance des différents États, Marc Nouveau l’assure, le produit n’est pas le problème. « Il y a du bois, mais les scieries françaises actuelles ne sont pas en capacité de répondre à la demande énorme de ces dernières semaines. En résumé, celui qui paie le plus obtient le plus rapidement sont bois. Le rôle des forêts communales est justement de réguler un marché très variable ces derniers mois. C’est ce que nous avons réussi à faire. »

Chez les différents élus du Haut-Doubs, les pertes financières sont inégales. Les 82 hectares (ha) de Valdahon sont formés d’environs 6% d’épicéas et 35% de sapins. « De ce fait, l’impact des scolytes n’est que moindre sur notre patrimoine forestier et donc sur nos finances », conclut Pierre Benoît, premier adjoint.

 » On est aujourd’hui en dessous de 100 000 € de recettes « 

Tout le contraire à Charquemont où la commune compte 260 ha de forêt, presque essentiellement des sapins et épicéas justement les plus touchés. Les coléoptères attaquent et assèchent le bois, le rendent de moins bonne qualité et donc réduisent sa valeur marchande. Ici, il a donc été décidé de réduire les coupes, ce qui pour Charquemont représente un tiers de moins en volume. Une adaptation jugée indispensable qui engendrera forcément un manque à gagner dans les années à venir. Sur le plateau du Russey, à Bonnétage, on est loin aussi des années fastes où la forêt rapportait chaque année environ 150 000€ au budget communal. « On est aujourd’hui en dessous de 100 000€ » déplore Valérie Pagnot, maire inquiète mais combative : « Nous allons mettre en place une commission afin de rester vigilant face à l’existant et faire face à ces conséquences du réchauffement climatique. Dans quelques années, on n’aura plus d’épicéas en dessous de 1400m d’altitude selon les spécialistes. Il faut réfléchir à planter de nouvelles espèces résistantes à la chaleur et moins gourmandes en eau mais aussi avoir une gestion plus raisonnée de nos forêts et favoriser sa régénération naturelle ».

En ce sens, l’ONF a lancé la création d’îlots de nouvelles essences d’arbres, notamment près de Levier. L’objectif : observer l’évolution de nouveaux arbres sur le territoire, plus résistants à la chaleur. Car la forêt, comme le résume Valérie Pagnot, n’est pas qu’une question économique : « Elle est un lieu de vie pour les habitants et fait partie de leur identité ».

Un nouveau contrat Etat – ONF qui ne passe pas

L’avenir de la forêt en France fait l’objet d’un autre point de discorde entre les élus locaux et l’État Français : le futur contrat Etat-ONF, voté le 2 juillet dernier. A 15 voix pour et autant contre, le programme a été adopté par la voix prépondérante du président du conseil d’administration Jean-Yves Caullet. Le contrat prévoit notamment la suppression de 500 postes tout en augmentant la contribution financière des communes d’environ 30 millions d’euros. Depuis, les collectivités de la Fédération des communes forestières, et elles sont nombreuses dans le Doubs, votent tour à tour une motion à l’encontre de ce contrat.  » On l’impression de donner plus, pour obtenir moins, dans une période où la forêt a besoin d’investissements et de services. », résume Philippe Alpy, maire de Frasne, qui devrait s’orienter vers la même décision que les villages voisins.  » Les forêts de l’Est alimentent principalement le financement de l’ONF, car celles du Sud, sont plus dans la gestion pour sauver leurs parcelles. », poursuit l’élu. Au centre du débat, Marc Nouveau et l’ONF, n’ont pas vraiment d’impact.  » Nous sommes un organisme public, essentiel, et l’augmentation financière de chaque commune est proportionnelle à leur revenu. Il y aura de nouveaux débats en 2022 « .

La classe politique nationale a également repris le sujet. Jean-François Longeot, sénateur du Doubs et président de la commission de l’aménagement du territoire et du développement durable au Sénat, a contacté quatre ministres, dont le Premier ministre, afin de leur demander de retirer les nouvelles mesures du contrat Etat-ONF 2021-2015.

Martin SAUSSARD, David Aubry