Doubs. Église : « C’est un chiffre minimum, on est en droit de penser que toutes les victimes n’ont pas témoigné »

C’est un scandale à nouveau mis en lumière depuis le 5 octobre 2021, date de la publication du rapport de la commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église (CIASE). Si 216 000 victimes ont été recensées depuis 1950, dans le Doubs, le Diocèse de Besançon en a eu connaissance d’une quarantaine. Mais la cellule d’écoute aux victimes, mise en place depuis 2016, reçoit de nouveaux témoignages depuis une semaine. 

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Une quarantaine de cas ont été déclarés par le diocèse de Besançon.

C’est un scandale à nouveau mis en lumière depuis le 5 octobre 2021, date de la publication du rapport de la commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église (CIASE). Si 216 000 victimes ont été recensées depuis 1950, dans le Doubs, le Diocèse de Besançon en a eu connaissance d’une quarantaine. Mais la cellule d’écoute aux victimes, mise en place depuis 2016, reçoit de nouveaux témoignages depuis une semaine. 

Au diocèse de Besançon, comme partout en France depuis plus d’une semaine maintenant, le téléphone de l’Eglise est en permanence décroché. Les témoignages se multiplient à la cellule d’écoute, mise en place en 2016 mais qui doit aujourd’hui soutenir beaucoup plus de personnes que prévu. Prévu oui, car en mars dernier, Jean-Marc Sauvé, président de la CIASE, faisait un premier bilan d’au moins 10 000 victimes d’abus sexuels dans l’Église catholique française depuis 1950.

C’est finalement au moins vingt fois plus, 216 000, d’après les éléments du rapport rendu mardi 5 octobre par la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église. Nathalie Devaux, assistante sociale du Diocèse de Besançon, est aussi membre de la cellule de lutte contre les abus sexuels parle d’une quarantaine de victimes connues, sur son territoire. « Les chiffres qui ont été travaillés avec les enquêteurs de la CIASE, dévoilent une quarantaine de victimes et une vingtaine d’agresseurs, connus. C’est un chiffre minimum, car on est en droit de penser que toutes les victimes n’ont pas témoigné. On parle ici de prêtres et de religieux par rapport au diocèse, alors que la CIASE a aussi pris en compte des laïcs ou certains religieux n’étant pas considérés comme des prêtres ». 

Ne jamais remettre en cause la parole des victimes

Au micro de France Bleu Besançon, l’archevêque Mgr Jean-Luc Bouilleret donnait les mêmes chiffres avec une précision supplémentaire : « Les victimes sont surtout des années 50 à 70, ça concerne une vingtaine de prêtres qui sont décédés aujourd’hui. » Si le diocèse ne souhaite pas communiquer de le nombre de victimes connues depuis 2016, Nathalie Devaux explique recevoir de nouveau appels depuis une semaine : « C’est un processus très difficile et courageux de la part d’une victime. Parfois, les faits remontent à plus de 50 ans, la personne ne se souvient pas du nom de son agresseur ou alors celui-ci est décédé. Notre cellule ne remet jamais en cause la parole des victimes. C’est nouveau pour elles, car soit ces personnes n’avaient jamais parlé auparavant, soit quand elles ont essayé de le faire, très rapidement, se sont rendues compte que l’oreille en face n’était pas prête à entendre. Il y a un suivi effectué, nous orientons la personne vers des professionnels de santé, des associations de victimes où autres besoins. »

Parfois certains témoignages viennent aussi chercher des réponses. Nathalie et ses collègues tentent de leur répondre en retrouvant la trace de l’agresseur, pour savoir s’il est en vie, s’il a été condamné ou non. « Nous abordons ensuite le côté justice. Dès lors qu’un auteur des faits est identifié, notre mission est d’établir un signalement auprès du procureur de la République. Nous créons un dossier, qui est également envoyé au Vatican. », poursuit l’assistante sociale. 

Le Haut-Doubs, territoire très croyant, serait-il plus touché ?

La carte du Diocèse couvre le département de la Haute-Saône et une partie du Doubs sans prendre en compte le secteur de Montbéliard. Sur le plan géographique, le « rapport Sauvé » présente « une géographie des violences sexuelles qui se superpose à la carte des pratiques religieuses. » Alors le Haut-Doubs, terre où la religion catholique est encore très ancrée, serait-elle plus touchées que les autres ? Nathalie Devaux l’assure, aucun recensement précis géographiquement n’a été répertorié pour l’instant.

A l’intérieur du rapport de la CIASE, il est également écrit «  […] Si l’on analyse la carte des diocèses d’incardination des auteurs de violences […] Les diocèses à l’ouest de la Mayenne, ceux du Nord, l’Alsace, la Moselle, Besançon et le diocèse de Lyon constituent un arc de catholicité d’où sont originaires un nombre conséquent d’auteurs de violences sexuelles ».

Besançon, qui fait partie dans ce rapport des « diocèses de chrétienté », où la religion est forte, est aussi l’un des territoires où il y a eu le plus de condamnations, toujours d’après la CIASE. « […] la région de Besançon ainsi que celle de Lyon, composent un arc de catholicité bien identifié, où le nombre de condamnations est également important. Mais là encore, s’il y a plus d’affaires en valeur absolue dans les diocèses de chrétienté, il y a plus d’affaires par prêtre, en valeur relative, dans les diocèses « indifférents » (NDLR : diocèses où la religion compte moins de pratiquants). » 

Aujourd’hui, l’heure est à l’écoute des victimes pour le diocèse et de nouveaux témoignages sont attendus. Nathalie Devaux comme tous les membres de la cellule d’écoute espèrent que les victimes se feront connaître et assure que tous les moyens sont mis en place pour aider ces personnes à parler. 

Pour contacter la cellule d’écoute, composez le : 06 44 14 22 88

Martin SAUSSARD