Doubs. Élections Présidentielles 2022 : la parole est aux maires

À 6 mois des élections présidentielles, les derniers candidats émergent, avant un sprint dès janvier 2022. Au-delà des multiples sondages douteux et précoces, en coulisse, la présidentielle a déjà bien démarré. Au moins depuis que les différents partis politiques ont lancé leur recherche de parrainages d’élus locaux. 

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La course aux parrainages est lancée. Tout candidat à l’élection présidentielle doit recueillir 500 signatures d’un maire, parlementaire, député européen, conseiller régional et départemental ou présidents d’intercommunalités. Un élu, pour une signature, peu importe la taille de la commune où son importance. Ces signatures doivent provenir d’au moins 30 départements et 10 % des 500 premiers parrainages (soit 50 signatures) peuvent venir d’un même département.
Le Haut-Doubs fidèle à la Droite 
Pour reconquérir l’Elysée, à droite, plusieurs noms se bousculent. Le congrès Les Républicains, le 4 décembre prochain, dévoilera son candidat pour cette élection que la « grande famille de la droite » est prête à remporter, à n’importe quel prix. Quinze ans après la victoire de Nicolas Sarkozy, dans les communes du Haut-Doubs, son nom résonne encore et pas uniquement lorsqu’il s’agit de ses casseroles judiciaires.

 

Maire pendant 19 ans de Métabief, Gérard Deque a parrainé François Fillon en 2017.
Maire de Métabief pendant 19 ans, Gérard Deque le sait bien, il l’a vécu, sans jamais parrainer l’ancien Président de la République. L’admiration qu’il pouvait avoir pour Nicolas Sarkozy a laissé place à la déception. « Avec le passage de François Hollande qui disons-le, a tenté de tuer la politique locale et rurale comme la nôtre, j’ai basculé à droite. J’ai pris ma carte d’électeur chez les Républicains. Pourtant, je ne crois pas que l’on puisse être fondamentalement de droite ou de gauche lorsqu’on est un maire de village. Nous avons le devoir de faire vivre notre commune, d’écouter nos habitants. Le parrainage, c’est un devoir mais aussi un pouvoir. », poursuit l’ancien premier magistrat. Lui avait parrainé François Fillon en 2017, comme une énorme majorité d’élus du Haut-Doubs mais aussi de la France entière.
Avec 3635 parrainages, le vainqueur de la primaire de Droite de 2017, était le candidat des maires, au nombre de signatures. Derrière, Benoit Hamon pointait à 2039 signatures quand notre actuel Président de la République n’était que le troisième candidat à recueillir le plus de parrainages d’élus locaux (1829). Mais les multiples affaires et scandales ont rebattu les cartes. Et ont fait naître chez Gérard Deque et d’autres élus, des regrets. « Je n’ai jamais eu de reproches vis à vis de ce choix, mais c’est vrai que je m’en suis voulu après avoir vu ça. Ce n’est pas cette image que nous voulons, à notre niveau, renvoyer auprès des habitants ».
 » Parrainage ne veut pas dire soutien « 
Sébastien Populaire est maire du Touillon-et-Loutelet. Il souhaite rester fidèle à sa sensibilité politique pour parrainer un candidat
Sebastien Populaire lui, n’a pas de regrets. Encarté Les Républicains, le maire de la commune Le Touillon-et-Loutelet, village voisin de Métabief, avait également parrainé François Fillon. « Parrainage ne veut pas dire soutien à chaque fois, il faut bien nuancer les deux. Ce qu’il s’est passé autour de Fillon est très regrettable, mais nous avions donné notre parrainage avant le scandale et son programme me paraissait plutôt bon. »
Réélu en 2020, le magistrat patiente pour donner sa signature, dans l’attente du futur candidat de droite, qu’il devrait à nouveau suivre.
Ce qui n’empêche pas les personnages politiques en liste pour le congrès Les Républicains, de prospecter déjà auprès des maires de France. « J’ai reçu notamment une demande d’Eric Ciotti », confie Pierre Contoz, maire de Montfaucon.
Le maillage territorial, une puissance de la campagne présidentielle
Les équipes départementales des « grands » partis n’hésitent pas à rencontrer aussi physiquement des élus locaux pour récolter un parrainage. « C’est important de montrer que le PS garde un fort maillage territorial qui démontre une certaine puissance. Nous restons l’une des premières forces de France au niveau local, malgré ce que l’on peut entendre. Le parrainage traduit une écoute entre les candidats locaux et notre candidate sans pour autant présager un résultat pour l’avenir », explique Myriam El Yassa, tout juste nommée première secrétaire du PS dans le Doubs.
Depuis l’investiture du Parti Socialiste par Anne Hidalgo le vendredi 15 octobre, les centaines d’élus locaux « sympathisants » dans le département ont été appelés à soutenir la maire de Paris. Certains ont déjà répondu à l’appel. « Nous devons aussi faire avec une lassitude de certains élus face à la multiplicité des candidatures. Ce ressenti n’est pas uniquement local, mais concerne la France. Dans le Doubs aux dernières sénatoriales, deux candidats de gauche ont été choisis par les grands électeurs ce qui montre que nous n’avons pas perdu notre socle d’élus, mais qu’il est plus éparpillé. », poursuit Myriam El Yassa, faisant référence au récent « Serment de Romainville ».
Face aux listes de Yannick Jadot pour les Verts, Jean-Luc Mélenchon pour la France Insoumise, Anne Hidalgo pour le Parti Socialiste, Benoit Hamon et son mouvement Génération.s… Une cinquantaine d’élus de la France entière ont signé début octobre, « le serment de Romainville », refusant d’accorder un parrainage tant qu’une grande Union de la Gauche ne serait pas mise en place.
Dufay, Fousseret, Genevard…l’importance des grandes figures politiques locales pour rassembler
Les regrets concernant les parrainages de l’élection présidentielle de 2017 sont aussi présents chez les socialistes. En 2016 Jean-Louis Fousseret, alors encarté au PS, affiche clairement son soutien pour Emmanuel Macron. Et mène une campagne de recrutement locale, auprès de ses plus fidèles amis. « J’ai une relation particulière avec Jean-Louis Fousseret, c’est un vrai ami et même si je suis socialiste dans l’âme, je n’ai jamais été au PS ni même parrainé un candidat, sauf en 2017. Après son soutien déclaré, Jean-Louis Fousseret m’a demandé comme à d’autres, de le suivre pour soutenir l’actuel Président de la République et l’aider à obtenir 500 signatures. Il me paraissait être un bon candidat mais je l’ai surtout fait par loyauté et amitié envers Jean-Louis Fousseret. », ajoute Pierre Contoz. Jamais encarté, le maire de Montfaucon vit aujourd’hui son quatrième mandat d’élu.
En attendant l’officialisation de la candidature d’Emmanuel Macron, qu’il pourrait à nouveau parrainer, Pierre Contoz observe l’évolution médiatique de cette campagne. Et comme beaucoup de maires, il refusera catégoriquement de soutenir « les extrêmes, Zemmour compris ».
Cette fidélité envers les grandes figures politiques locales, Gérard Deque à Métabief l’a aussi ressenti envers Annie Genevard. « C’est une élue connue et très importante à Paris, mais c’est surtout une élue de terrain. Elle fait énormément pour nous tous les jours. C’est aussi une raison pour laquelle je soutien plus facilement un candidat de droite, parce qu’un intermédiaire comme elle entre « la haute politique » et nous, c’est essentiel. »
À gauche, la « trahison » de Jean-Louis Fousseret ne passe toujours pas mais la grande Figure socialiste de Bourgogne Franche-Comté a aussi permis de rassembler à nouveau. « En 2017, c’était une recomposition politique avec une primaire où Valls n’a pas soutenu Hamon, une débâcle à 6%, il y a eu une forme d’effondrement pour ceux qui avaient connu le PS à son âge d’or. Quand le maire de l’ancienne capitale régionale décide de soutenir un autre candidat, c’est un affaiblissement. Nous avons remonté la pente, surtout grâce au bilan de Marie-Guite Duffay qui a maintenu la Région à gauche, son soutien envers le Parti socialiste. Je reste convaincue que Jean-Louis Fousseret est un homme de gauche, mais il a soutenu un homme qui pour nous n’a rien de socialiste. Depuis, les élus qui ont suivi son choix de parrainage, reviennent petit à petit chez nous et nous ouvrons les bras à nos anciens camarades. », assure Myriam El Yassa.
Le pouvoir de parrainer, c’est aussi refuser 
Pour beaucoup d’autres élus, le parrainage est un risque à ne pas prendre face à son conseil municipal. À Pelousey, la maire Catherine Barthelet est aussi vice-présidente du Grand Besançon et conseillère régionale. Sans étiquette politique, son parrainage restera entre ses mains, comme lors des précédentes élections présidentielles.
« Il y a beaucoup de communes, dont Pelousey où nous sommes sur des listes complètement apolitiques, où les courants sont différents selon chaque membre du conseil. Un parrainage risquerait d’être mal vécu par l’équipe municipale. Je ne l’ai jamais fait car j’aurais l’impression de trahir la confiance de mes conseillers. En 2017, nous avons été classé « Divers gauche » car un seul des 15 conseillers était encarté au PS alors que ce n’était pas forcément représentatif de ce que l’on vivait. Nous n’avons pas à notre niveau, besoin de cette coloration car nous travaillons pour l’intérêt général. »
Un sentiment partagé par une majorité d’élus interrogés, prouvé aussi par les chiffres de 2017 : 204 parrainages issus du Doubs avaient été enregistrés. C’est moins de la moitié des communes recensées dans le département (578).
Maire, un poste de plus en plus difficile
À Gilley, Gilbert Marguet ne parrainera personne non plus pour 2022. Mais les raisons sont différentes. « On se moque tellement de nous, les maires, que le parrainage ne me semble d’aucun intérêt. Être maire aujourd’hui c’est de plus en plus difficile. Les petits partis m’ont envoyé des courriers, les gros arriveront plus tard, mais je ne donnerai pas suite. », assure l’élu qui vit son septième mandat.
Son parrainage de 2017 avait été enregistré pour François Baroin, alors président de l’association des maires de France (AMF). Chaque année, le congrès des maires est un événement que ne loupe jamais Gilbert Marguet. « C’est toujours un plaisir de rencontrer ses collègues et le parrainage est au cœur des conversations aussi. Certains essayent de motiver d’autres élus pour récupérer des parrains ».
Onze candidats à la présidentielle de 2017 avaient récolté assez de parrainages. Parmi eux, certains s’étaient qualifiés in-extremis comme Philippe Poutou ou Jacques Cheminade. « C’est pour certains maires un soutien envers le candidat d’un parti, pour d’autres un moyen d’aider un candidat qui peut apporter quelque chose au débat public. », analyse Gérard Deque. Dans les dernières heures de dépôt de parrainages, les 15 signatures enregistrées par Philippe Poutou dans le Doubs ont été décisives. C’est notamment le cas pour Jean Laporte, maire de Myon, Michel Debray, maire de Crouzet-Migette ou encore Valérie Muller à Amathey-Vésigneux.
En 2017, les Verts avaient rallié Benoit Hamon pour une défaite cuisante. En 5 ans, Europe Écologie Les Verts s’est imposé comme un parti majeur de la vie politique Française. Dans le Doubs pas de doute, Anne Vignot, maire de Besançon soutiendra Yannick Jadot, pour qui elle avait déjà affirmé un soutien avant la primaire. À l’image de Jean-Louis Fousseret, l’élue pourrait en inviter d’autres à parrainer le candidat Écologiste.

Les élus locaux auront jusqu’au mois de mars 2022 pour déposer leur parrainage au conseil constitutionnel. Mais LEUR grand rendez-vous, se déroulera dans un mois à Paris, pour le Congrès National des Maires de France.

Martin SAUSSARD