Doubs. Ornans : après 136 ans d’existence, Vêtements Maire va passer la main

Installée depuis 1885 au 35 rue Pierre Vernier à Ornans, la famille Maire tient son commerce de textile de père en fils depuis 136 ans. René Maire, arrière petit-fils du créateur veut aujourd'hui passer la main à 70 ans. Sans repreneur familial, l'histoire de la boutique va s'arrêter prochainement.

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Les portes s’ouvrent à 9h et 14h, du lundi au vendredi, chaque semaine. Depuis 36 ans, c’est René qui s’en charge. Gérant de la boutique éponyme et familiale depuis 1985, l’Ornanais représente la quatrième génération de la famille Maire, propriétaire du commerce de père en fils. À 70 ans, l’heure de passer la main est arrivée. « C’est mon petit bébé, une grande page qui doit se tourner. Je cherche un repreneur depuis 1 an et demi mais pour l’instant il n’y a rien de concret. Le temps passe j’ai recommandé du textile pour ce printemps, mais je me pose des questions sur l’hiver 2022. C’est une passion, une histoire de famille mais je veux aussi maintenant profiter de la vie ».
Trois générations, deux guerres mondiales…
Difficile aussi, de prendre en photo René pour illustrer l’article. Pas une minute sans qu’un habitant ne s’arrête pour le saluer. La boutique est devenue une institution au fil des années et même… des siècles. Créé en 1885 par Charles Maire, l’arrière grand-père de René, le commerce n’est qu’une petite place de 16m2, nommé « Au petit Diable ». « Il proposait uniquement des bleus de travail la semaine et des costumes le week-end. Dès qu’il y avait des baptêmes ou des communions, mon arrière grand-père allait dans les familles et repartait avec 4 ou 5 costumes à faire ! », assure René Maire.
Vient ensuite Marcel, son grand-père, en 1921, qui inaugure son arrivée avec une photo, l’une des dernières archives de l’époque. (Voir ci-contre) Avec le temps la boutique évolue et s’agrandit, conservant une notoriété bien au-delà de la ville. « Le magasin a connu les deux guerres mondiales, on s’en est bien sorti ! Il y avait un rideau de fer pour le protéger des pillards et des Allemands. Mon père et mon oncle (Georges et Fernand) ont repris l’affaire en 1957. Je me baladais dans les rayons depuis tout petit et je savais que j’allais reprendre la boutique ensuite. Aujourd’hui certains clients viennent de très loin ! D’autres me disputent presque quand je leur dis que c’est bientôt fini », raconte le gérant, très ému.

Après avoir hérité de tout l’immeuble du 35 rue Pierre Vernier, René Maire a enclenché les premières démarches il y a six mois. « Mes enfants ont leur vie et sont passionnés par leur travail. J’ai de la famille un peu partout en France mais personne pour reprendre le magasin familial. Il y a six mois une personne a racheté les murs, j’ai aujourd’hui le fond de commerce, je suis ouvert à toutes propositions. Sauf un restaurant ! C’est trop de travaux, il y a des appartements au-dessus et il y en a déjà bien assez chez nous ! », sourit le gérant. S’il partira prochainement, René Maire espère encore trouver un repreneur sérieux. Une chose est sure : à l’annonce officielle de la fermeture, sa famille, la ville et les commerçants voisins lui réserveront une grande fête d’au revoir.

Martin SAUSSARD