Du “gaz vert” produit à Besançon

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Frédéric Martin, Directeur régional adjoint de GRDF, Anne Vignot Présidente de Grand Besançon Métropole et Marie-Guite Dufay Présidente de la région Bourgogne Franche-Comté, ont symboliquement ouvert les vannes de méthane de Port-Douvot qui alimente en partie l'agglomération de Besançon ©YQ

L’ouverture symbolique des vannes de biogaz produit à Port-Douvot vers le réseau GRDF s’est déroulée mercredi 3 février en présence d’Anne Vignot, Présidente de Grand Besançon Métropole, de Marie-Guite Dufay, Présidente de la région Bourgogne Franche-Comté et de Frédéric Martin, Directeur régional adjoint de GRDF.

D’où vient le gaz que l’on consomme chaque jour
L’usine à gaz de Casamène, à quelques encablures de Port-Douvot, a fourni le “gaz de ville” à Besançon pendant des décennies

Au siècle dernier, l’essentiel du gaz provenait de l’usine de Casamène (entre Tarragnoz et le pont de Velotte), gaz produit à partir de la distillation du charbon. Aujourd’hui, le gaz est totalement importé au travers d’immenses gazoducs qui traversent le continent européen. En France, le gaz provient pour près de 40% de Norvège et de Russie à hauteur de 20%. Les Pays-Bas nous fournissent 10% de nos besoins, le reste est réparti entre l’Afrique (Algérie et Nigeria) ou les pays du Moyen-Orient (Qatar en particulier).

Méthanisation, une vieille nouvelle technologie

A Port-Douvot, la méthanisation est une réalité depuis 40 ans. Le traitement des eaux usées produit des boues qui sont réduites de 40% par chauffage tout en générant du méthane (biogaz). Le reste des boues sert à l’épandage agricole.

La nouvelle installation de méthanisation des boues issues des eaux usées permet d’augmenter l’approvisionnement de Besançon en “gaz vert” ©YQ
Le poste d’injection de biogaz permet à GRDF de mettre sur le réseau général le gaz produit par méthanisation à Port-Douvot ©YQ

Les boues produites à chaque étape de traitement des eaux usées sont chauffées à 37° grâce à deux pompes à chaleur et envoyées dans deux cuves de 3 000m3 chacune où elles vont séjourner 20 jours. Pendant ce temps, les bactéries naturellement présentes vont consommer une grande partie de la pollution carbonée des boues. Au terme du processus, sont extraits un volume très réduit de boues et un gaz qui est épuré pour en extraire les plus petites impuretés. C’est ce gaz (biométhane) qui est confié à GRDF pour en contrôler la qualité, l’odoriser (à l’état naturel le méthane n’a aucune odeur) et l’injecter sur le réseau grâce à l’extension de 1 300 mètres de la canalisation principale.

10 millions d’euros investis par Grand Besançon Métropole

La méthanisation s’inscrit dans la durée avec la signature de deux contrats sur 15 ans, l’un avec GRDF qui contrôle la qualité du gaz et l’injecte dans son réseau, l’autre avec ENGIE qui achète le biogaz. C’est une recette de l’ordre de 100 000 euros par mois pour Grand Besançon Métropole.

Le financement a été bouclé par l’Agence de l’eau Rhône Méditerranée Corse pour 500K€ d’aide directe et 3 millions en avances remboursables, 420K€ par la région Bourgogne Franche-Comté et l’ADEME à hauteur de 165K€.

Grand Besançon Métropole se mobilise pour accélérer la production de gaz renouvelable. Grâce au traitement des déchets agricoles, la proportion de gaz renouvelable dans la consommation de l’agglomération de Besançon devrait atteindre 10% d’ici 2023 sur les 811 kilomètres de réseau gaz de la collectivité alimentant 43 200 clients.

“Besançon est la bonne élève de la région en matière d’économie circulaire et de transition écologique depuis de nombreuses années” a félicité Marie-Guite Dufay. “Avec le bois, le solaire, l’éolien et le méthane, Besançon fait largement mieux que l’Etat français”. La Présidente de région et la Présidente de Grand Besançon Métropole évoquaient « l’affaire du siècle ». Le tribunal administratif de Paris vient en effet de reconnaître, dans un jugement du 3 février 2021, la responsabilité de l’Etat français dans la crise climatique et juge illégal le non-respect de ses engagements de réduction des émissions de gaz à effet de serre.

Il reste que le gaz produit à Port-Douvot représente 0.4% de la consommation de gaz sur le territoire bisontin et que l’essor de la méthanisation dans le monde agricole pose aussi le problème du type de culture. Doit-on planter pour fabriquer du gaz “propre” ou pour nourrir la population ? L’utopie a des limites…disait Victor Hugo !

Yves Quemeneur