Éditorial

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Que n’a-t-on pas lu, vu ou entendu sur le Grand Débat !
Qu’il est un vrai et bel “exemple de démocratie participative”, que cet exercice collectif va redonner un second souffle à l’intérêt du peuple pour la chose politique, que la vie de la Cité va s’en retrouver incontestablement améliorée, voire ré-harmonisée…
Une bien pâle propagande pour nos élites bien-pensantes, de plus en plus à peine en ces temps troublés et troublants.
C’est dire s’il devient aujourd’hui difficile à nos sachants d’être entendus, écoutés, considérés. Si ce sentiment d’être définitivement incompris, éloignés, déconnectés de la réalité quotidienne de dizaines de millions de Français commence vraiment à inquiéter, jusqu’en (très) haut lieu. Si cette fracture idéologique, comportementale et sociologique devient de plus en plus flagrante.
Il n’y a qu’à aller surfer sur le site officiel dédié à cette énième manœuvre de communication gouvernementale (www.gouvernement.fr/le-grand-debat-national), pour rapidement se rendre compte que l’expression libre, totalement libre, n’y a pas sa place.
Et pour cause, le mode opératoire est dirigé, encadré, contrôlé. L’utilisation est complexe, redondante, décourageante.
Surtout, les thématiques sont imposées ! Cela, via quatre groupes censés “couvrir les grands enjeux de la nation” : fiscalité et dépenses publiques, organisation des services publics, transition écologique, démocratie et citoyenneté. Les dés sont donc pipés.
Ce que nos dirigeants devraient entreprendre pour réellement toucher leur cœur de cible, c’est un vrai débat “physique”, organisé courageusement à 7 heures du matin ou 7 heures du soir, sur le zinc du café du village (quand il en reste encore un), ou du PMU d’une ville moyenne.
Pour viser juste, il faudrait accepter de venir la jouer à l’extérieur, comme dans un derby à l’ancienne, de se présenter courageusement à ce carrefour des destins qui voit se croiser autour du petit noir ou de l’apéro, les ouvriers, les professions libérales, les artisans, les étudiants, les chômeurs, les couples illégitimes… Un vrai baromètre sociétal.
Voilà qui aurait été de la juste proximité. Qui aurait démontré, de nos responsables politiques, une réelle volonté d’épouser l’ordinaire du contribuable qui les fait vivre…
Mais non, ce n’est pas dans leurs codes. Ce n’est pas dans leur “logiciel”. Mieux vaut aller comme notre si chère secrétaire d’État à l’égalité femmes-hommes s’y est appliquée avec le formidable talent de donneuse de leçon que l’on lui connaît, aller faire le show chez Cyril Hanouna, et s’auto-persuader, à l’instar de Galilée, de porter devant près d’un million de téléspectateur, l’unique vérité progressiste.
Résultat : encore à côté ! Et pourtant, elle tourne…