Haut-Doubs. A Pontarlier : Emilie Pérez, mandataire au sein de l’UDAF nous parle d’un métier méconnu

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Emilie Pérez, mandataire judiciaire de l'UDAF25, répond à nos questions en professionnelle avertie

Emilie Pérez a rejoint l’UDAF du Doubs (Union Départementale des Associations Familiales) il y a maintenant 5 ans, en qualité de mandataire judiciaire lié au service de la protection des majeurs. Elle nous évoque un quotidien fascinant et difficile à la fois mais avant tout rempli d’humanité.

Tout d’abord qu’est-ce qu’un mandataire judiciaire à la protection des majeurs (MJPM) ?
Que ce soit en curatelle ou en tutelle, le Juge des Tutelles choisit, dans la famille et parmi les proches du majeur, la personne la plus à même d’exercer la mesure de protection. On parle alors de tuteur familial. Toutefois, lorsque le Juge ne peut désigner une personne figurant parmi les membres de la famille ou les proches de la personne, il désigne un MJPM inscrit sur une liste unique dressée et tenue à jour par le Préfet du Département.

A qui s’adresse ce service ?
La protection juridique permet d’éviter les éventuels abus dont une personne peut être victime ou les dommages qu’elle peut se causer à elle-même. Cette protection participe au respect de ses droits et de sa dignité. Toute personne majeure, qui remplit obligatoirement les 2 conditions suivantes, peut bénéficier d’une mesure de protection juridique si l’altération de ses facultés mentales et/ou corporelles, médicalement constatée, empêche l’expression de sa volonté et si elle est dans l’impossibilité de pourvoir seule à ses intérêts. Cela concerne par exemple une personne atteinte de handicap mental, de troubles psychiatriques, de la maladie d’Alzheimer, dans le coma suite à un accident…

Quelles sont vos actions au sein de votre service de la protection des majeures ?
C’est un champ d’actions vaste qui s’assure que rien ne porte préjudice à la personne protégée, que ce soit sur ses biens ou d’un point de vue médical selon le type de mesure confié. Nous assurons également la gestion des revenus et du budget tout en respectant les choix de la personne. Dans le même esprit, nous proposons un accompagnement éducatif et budgétaire, ainsi qu’un suivi patrimonial et financier, dans un objectif de sauvegarde. Nous nous portons garants des droits en établissant un suivi administratif, comme le renouvellement des droits, du RSA, de la mutuelle …On demande parfois à la personne de le faire ou bien, nous le faisons nous-mêmes. Et enfin, et pas des moindres, nous défendons ses intérêts juridiques, qu’elle soit auteur ou victime de fait. Lorsque l’on parle de curatelle, toute décision se fait sous couvert de la propre volonté de la personne protégée. Le mandataire ne fait pas « à la place » de la personne mais l’accompagne dans ses décisions.

Qu’est-ce qui vous a donné l’envie de rejoindre l’UDAF ?
J’ai toujours été motivée par l’aide à la personne, dans sa globalité. Grâce à ma profession, je peux désormais faire en sorte que les personnes maintiennent ou améliorent leurs conditions de vie, quelles que soient les épreuves traversées ou les défaillances rencontrées.

Quelles sont, selon vous, les qualités requises pour exercer un tel métier ?
Il faut, avant tout, faire preuve d’organisation, d’adaptation, d’une grande tolérance et de respect. Nous sommes confrontés au quotidien à des personnes qui détiennent une vérité qui n’est pas la nôtre. Nous ne devons jamais juger mais écouter, analyser et proposer les solutions adaptées à la situation exposée en soumettant à l’usager des choix qui s’offrent à lui avec les avantages et les inconvénients. Grâce à mon métier polyvalent, je me suis découvert une patience que je ne connaissais pas et j’ai développé de la bienveillance et de l’empathie, tout en prenant garde de ne pas porter le malheur des autres. Il est indispensable de ne pas se laisser toucher de trop près par les histoires des gens. Et ce n’est pas toujours simple …

Vous parlez des adultes car c’est votre service mais pouvez-vous nous parler de vos actions auprès des mineurs ?
Nous gérons un service délégué aux prestations familiales qui exerce des MJAGBF (Mesure Judiciaire d’Aide à la Gestion du Budget Familial). Cela rentre dans le cadre de la protection de l’enfance. Nous agissons sur mandat du juge des enfants. La mesure a pour objectif de veiller aux conditions matérielles de vie des enfants. En soutenant ces familles, nous assurons un confort vital nécessaire aux plus jeunes. Nous intervenons auprès de la CAF pour nous assurer de l’octroi des prestations familiales, nous faisons un travail d’autonomie budgétaire, jusqu’à la complète autonomie des personnes. Notre mission se porte également sur une action éducative visant à rétablir la gestion autonome et enfin, nous accompagnons les parents dans leur fonction parentale. Il faut bien entendre que 66% des familles que nous aidons sont monoparentales et vivent des minima sociaux. Ce sont des personnes en grande précarité. 43% de nos bénéficiaires sont sous la menace d’une expulsion locative et 58% sont dans une situation de surendettement sans altération du jugement. Nous intervenons auprès de 200 familles dans le Doubs, ce qui concerne 541 enfants précisément.

UDAF Du Doubs
107, rue de Besançon
25300 PONTARLIER
03 81 46 62 98
Ouvert du lundi au vendredi, de 9h à 11h45
www.udaf25.fr