Entre Suisse et Besançon, le désenclavement en marche !

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Daniel Huot maire de Mamirolle et Benoît Vuillemin maire de Saône devant les drapeaux européen, français et suisse pour bien illustrer la volonté de dépasser les frontières de la mobilité en Franche-Comté ©YQ

L’association “Les liaisons transfrontalières, Grand Besançon, Doubs, Jura, Suisse” a vu le jour le vendredi 4 juin 2021.

L’initiative avait été prise il y a quelques mois par Benoît Vuillemin le maire de Saône, Pierre Contoz le maire de Montfaucon et Daniel Huot le maire de Mamirolle. L’objet de la nouvelle association est “d’initier et de défendre des projets structurants visant au développement durable des liaisons transfrontalières entre Grand Besançon Métropole et la Suisse”. Les aménagements, modernisations de la RN 57, de la RN 83, de la Route des Microtechniques, de la ligne des Horlogers et du TGV Lyria sont le cœur des objectifs de cette association d’élus.

Cédric Bôle (à droite) le maire de Morteau, veut être un acteur majeur dans l’association sur les liaisons transfrontalières ©YQ

Si le projet a été porté par des maires de la périphérie bisontine fortement impliqués dans le combat pour la réalisation du barreau de contournement de Besançon (Beure-Micropolis), Il s’agit bien du désenclavement d’une grande partie du département du Doubs dont les infrastructures routières et ferroviaires n’ont pas suivi l’essor. Comme le souligne l’article 3 des statuts de l’association il s’agit “d’améliorer l’attractivité du territoire transfrontalier par une meilleure irrigation de d’accroître l’attractivité économique, touristique, culturelle, universitaire et scientifique du Grand Besançon”. Le maire de Morteau Cédric Bôle et Patrick Genre le maire de Pontarlier ne s’y sont pas trompés : la vitalité de Besançon, c’est aussi la vitalité du Haut-Doubs et la vitalité du Haut-Doubs ne peut se développer sans une capitale “régionale” forte. Au-delà, Cédric Bôle use d’un argument imparable “alors que les axes essentiels de franchissement entre France et Suisse se font au nord (Bâle) et au sud (Genève), ne pas proposer une alternative au centre du massif jurassien serait une erreur majeure conduisant Besançon et le Haut-Doubs au déclin et à la débâcle économique”. Le maire de Morteau insiste également sur “la réflexion d’un réseau structurant abouti” incluant les aménagements de la RN 83. Cela fera plaisir à Jean-Marie Sermier (député du Jura) et Jean-François Longeot (sénateur du Doubs) sur l’hypothèse d’un barreau de franchissement entre le péage de Poligny et le premier plateau jurassien.

Marraines et parrains de poids sur les fonts baptismaux de l’association
Annie Genevard la député du Haut-Doubs veut continuer à agir pour les mobilités entre Besançon et la Suisse ©YQ

Aux côtés de la quasi-totalité des maires du premier plateau, on notera la maire du Valdahon, celui de Pontarlier, de Morteau et les présidents des communautés de communes (Loue Lison, Portes du Haut-Doubs, Sancey Belleherbe, Pays de Maîche, Plateau du Russey, Val de Morteau, Montbenoît, Altitude 800, Grand Pontarlier, Plateau de Frasne et Val Drugeon, Lacs et Montagnes du Haut-Doubs). C’est donc tout le territoire central Ouest-Est du département qui est impliqué. Frédéric Bonnefoy pour la fédération des travaux publics et Dominique Roy président de la Chambre de Commerce et d’Industrie du Doubs, sont également intégrés dans la nouvelle association. Seule la maire et présidente de Grand Besançon Métropole, apôtre de « la décroissance heureuse », ne souhaite pas s’engager pour l’attractivité économique d’un territoire dont elle dirige la principale agglomération…mais c’est une autre histoire !

Annie Genevard, députée du Haut-Doubs et vice-présidente de l’Assemblée nationale, Eric Alauzet député du Doubs, Jean-François Longeot sénateur du Doubs et Christophe Grudler député européen, soutiennent l’initiative et se feront ses porte-paroles à Paris et à Bruxelles. Annie Genevard n’a pu s’empêcher toutefois de tacler « gentiment » Benoît Vuillemin “Dans le Haut-Doubs, nous n’avons pas attendu la création de cette association pour s’occuper de mobilité”. Elle souligne également le rôle important que devrait tenir le pôle métropolitain Centre Franche-Comté voulu par Jean-Louis Fousseret dont la principale cheville ouvrière est désormais Patrick Genre, le maire de Pontarlier. L’Arc jurassien n’a pas de frontière, la Ville de la Chaux-de-Fonds pourrait également siéger dans la nouvelle association comme le Groupement Transfrontalier Européen (GTE).

Une association mais pour quoi faire ?

A court terme, tous les acteurs de la nouvelle association partagent l’extrême urgence à valider le projet de contournement de Besançon entre Micropolis et Beure. Un conseil communautaire de Grand Besançon Métropole doit se prononcer le lundi 28 juin prochain sur sa validation. Au lendemain du second tour des élections régionales et départementales, leur résultat pourrait influer sur le devenir de la RN 57. Selon certains élus, Anne Vignot et ses amis écologistes mettraient au point un piège pour bloquer le vote le 28 juin !

les modules de “taxirail” autonomes seraient bien adaptés à un meilleur service ferroviaire sur la ligne des Horlogers – photo EXID C&D

Pour ne pas jouer l’évitement de la Franche-Comté par le nord ou par le sud, le projet de l’association “Liaisons transfrontalières” ne concerne pas que le réseau routier. Les solutions sont également ferroviaires. La région Bourgogne Franche-Comté vient d’investir 55 millions d’euros dans la modernisation de la ligne des Horlogers. L’investissement doit conduire à une amélioration du service rendu aux habitants et inciter une grande partie des travailleurs frontaliers à utiliser le train. Sauf que l’opérateur historique et l’exécutif (actuel) régional ne semblent pas enclins à modifier en profondeur l’offre de services et surtout le cadencement des trains. Et comment convaincre les habitants du Haut-Doubs à utiliser le train pour rejoindre la gare TGV de Besançon si les horaires ne permettent pas de correspondances fiables ? Le taxirail pourrait être la solution. Le 19 mars, Hebdo 25 s’était fait l’écho de l’initiative d’une start-up bretonne dont l’innovation technologique développée, grâce à l’intelligence artificielle, permet d’offrir un transport ferroviaire adapté aux lignes secondaires désertées par les clients. “Bonne rentabilité pour l’opérateur, service adapté pour les voyageurs, coût maîtrisé pour les collectivités” le tiercé est gagnant sur le papier. Il reste des inconnus au déploiement de ces modules autonomes, écologiques et flexibles, en particulier la problématique de la ligne unique. En 2023, les Autorités Organisatrices de Transport (AOT) seront dans l’obligation de mettre en concurrence l’opérateur historique (SNCF). L’occasion pour des territoires de s’extraire du carcan régional et de rendre un réel service aux habitants et aux entreprises. Le concept pourrait tout à fait s’adapter aux liaisons ferroviaires entre Morteau et La Chaux-de-Fonds.

Après quelques ajustements sur la nécessité d’inclure clairement le Haut-Doubs dans l’objet de l’association, les statuts ont été adoptés à l’unanimité des élus présents et représentés. Le Bureau provisoire de l’association est composé du président (Benoît Vuillemin maire de Saône), du 1er vice-président (Cédric Bôle maire de Morteau), d’un secrétaire (Pierre Contoz maire de Montfaucon) et d’un trésorier (Daniel Huot maire de Mamirolle). Une nouvelle assemblée générale à l’automne prochain complétera le conseil d’administration et définira les objectifs opérationnels de l’association.

L’initiative des élus de l’arc jurassien franco-suisse fait écho à l’inscription des savoir-faire horlogers au patrimoine immatériel de l’humanité. Depuis l’invention de la roue, la mobilité a été la source de tous les progrès techniques et sociaux. Pour faire valoir ses multiples atouts, le département du Doubs doit être un territoire ouvert, et donc mobile.

Yves Quemeneur