“Faux” arguments de campagne

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Une trentaine de coups de feu ont été échangés rue de Fribourg le soir de Noël. Si la vie des trois blessés n’est plus engagée, le supermarché de la drogue à Planoise reste ouvert 24h/24 et 7j/7. Pas de place pour la concurrence.

La situation de ce quartier sensible de Besançon n’est pas nouvelle. Et les malfrats, souvent jeunes voire mineurs, se fichent comme d’une guigne de “la police de sécurité du quotidien” dans un “quartier de reconquête prioritaire”. A la suite de la fusillade, le préfet du Doubs a mobilisé dans le quartier de nouvelles forces de sécurité pour la fin d’année. Le représentant de l’Etat en profite pour rappeler les 224 procédures ouvertes en 2019 pour trafic de stupéfiants. Pour autant, le lendemain de la fusillade, le commerce avait repris sa place. La fin d’année est une période de fortes ventes aussi pour les guetteurs, dealers, revendeurs et grossistes. Et « l’économie souterraine » n’est-elle pas pour certains une façon d’acheter la paix sociale dans le quartier.

Passe d’armes (c’est le cas de le dire) entre les candidats à la mairie de Besançon

Il y a quelques jours, la candidate verte de “l’équipe” (EELV-PC-PS) Anne Vignot organisait une réunion publique à la salle Nelson Mandela à Planoise. Celle qui se revendique opposée à l’armement de la police municipale et au développement de la vidéosurveillance opte pour le renforcement des effectifs de la police nationale. Les soutiens de “Besançon par nature” y parlaient aussi de dialogue plutôt que répression !

Eric Alauzet se prend en photo touchant un impact de Kalachnikov dans la rue de Fribourg. Le candidat investi par La République En Marche (LREM) s’est pourtant opposé pendant des années à l’armement de la police municipale et au « tout répressif ». Nouvel adepte d’une police municipale renforcée, il propose le développement de la vidéo-protection dont il craignait il y a peu ses effets sur les libertés individuelles.

Côté Républicains, c’est le sénateur Grosperrin qui monte en ligne pour proposer un couvre-feu dans le quartier de Planoise quand Ludovic Fagaut rappelle que son programme prévoit le renforcement des effectifs de la police municipale et son armement.

Pour Jean-Louis Fousseret, Maire de Besançon et actif soutien d’Alexandra Cordier dans la course municipale, “c’est un acte intolérable. Planoise n’est pas et ne sera pas une zone de non-droit”. Il rappelle les 16 policiers nouveaux affectés au quartier et l’opération de renouvellement urbain qui va transformer profondément le quartier. Longtemps opposé à l’armement de la police municipale, il soutient la proposition d’Alexandra Cordier de le réserver aux brigades de nuit mixtes (police nationale – municipale).

Jean-Philippe Allenbach, le virulent candidat régionaliste, souhaite tripler les effectifs de la police municipale, augmenter la vidéosurveillance et offrir des primes aux agents qui procèdent à des flagrants délits.

Peu évoquent le manque de suites judiciaires, l’absence dans certaines familles des travailleurs sociaux et d’éducateurs pour apporter un cadre et le respect des règles. Les “nourrices” rétribuées en TVHD, consoles et autres portables laissent leurs jeunes enfants faire le guet la nuit pour quelques centaines d’euros. Dans ces conditions, la police peut à juste titre se sentir démunie.

Ce sordide fait divers n’est-il pas la conséquence de décennies de laxisme et de “bisounoursisme”. De ce point de vue on peut renvoyer tous les candidats à leur responsabilité.

Yves Quemeneur