Gâchis

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Nos mots et nos expressions sont comme nos souliers : à toujours battre la campagne ils s’usent et il faut parfois en changer. Au motif que ces mots sont démodés ils sont condamnés à disparaître.

Adieu péronnelle, lupanar, jocrisse, Jean-foutre et gourgandine… Adieu scrogneugneu ! Adieu « beurré comme un petit Lu » et « crotte de bique ! ». Adieu « je t’emmerde à pied, à cheval et en voiture ! » …

Les temps changent, le discours évolue.

Mais il est déchirant de renoncer à nos mots et expressions après tant de services rendus. Comme nos vieux souliers encombrent longtemps nos armoires, nos mots désuets engorgent nos grimoires jusqu’à ce qu’une ultime vague d’ingratitude les précipite à fiche-perdre dans les bennes de l’oubli.

Ainsi les mots, les expressions connaissent aussi le dégagisme. Souvent c’est un petit nouveau qui soudain fait fureur et savonne la planche qui expédie au pilon les répudiés.

Au XVIème siècle en stratégie militaire « éventer la mèche » c’était l’exposer au vent, la séparer de la mine. Cette manœuvre évitait l’explosion redoutée et désamorçait tout danger à venir.

Ainsi « éventer la mèche » devenu plus tard « vendre la mèche » (tout service mérite salaire) a pris le sens de révéler la fin de l’histoire à celui qui l’ignore. Délit d’initié ! Fourberie qui brise le suspens…

L’expression a fait son temps. On propose maintenant à qui dévoile la chute « divulgâcher » mot valise qui fait son entrée dans le Petit Larousse 2020, construit sur divulguer et gâcher. La métaphore de la mèche aux quatre vents n’a plus qu’à se consumer devant un néologisme si bien construit.

Quel divulgâchis !