Gérer ses peurs

424

La racontotte nous vient d’Ésope, un fabuliste grec qui vivait au VI-ème siècle avant J.C. Au XXVI-ème siècle avant la Covid. Je l’ai traduit dans le parler d’ici.

Les bouquins (les lièvres) s’étaient rattroupés. Ils choupenaient et jérémiaient à l’envi sur leur sort. Las-moi ! Fini de gauillarder ! (de courser la hase, femelle du lièvre). Fini de quener comme des lapins ! (avoir des relations intimes).

Les bouquins avaient voté de sauter les piquets, de calencher plutôt que de pisser sous eux tous les jours que Dieu fait. La déguillotte (la peur) en était la cause. À me croire : ces ébrédaulés donnaient des airs d’avoir perdu la calabre. Les voilà-t-y pas qui préféraient le dernier rancoillot (le dernier souffle) plutôt que de misérer tout un compte de temps sans bonheur, sans carotte. Pas même un cramaillot (pissenlit) qu’ils suceraient tantôt par la racine.

Ils guettèrent un embossieu (creux dans une pâture) qui dissimulait un très avenant renouillot (petit étang favori des grenouilles). Ils s’y arrêtèrent avec dans l’idée de s’y noyer. Pas moins ! Et séance tenante.

Ce que voyant, les bas, princes des lieux (les crapauds) en firent tout autant, confirmant ici-bas que les bas sont des bourrenfles, des couennots coassants dont la comprenture fait bien mauvaise renommée.

Les bouquins, rebeuillant si étrange truerie (sottise) dont ils étaient la cause, s’émeillaient. Les anciens la baillaient bleu (manifestaient leur surprise). Les bleus poussaient la braillotte. Ils tinrent conclusion de passer leur chemin, de remettre la cuzon (le souci) à plus tard et de se rabibocher dans l’instant avec leurs funestes destins.

C’est ce choix que je vous souhaite aussi en ces temps incertains.