Grand-messe de la discrimination positive à la préfecture du Doubs le 27 octobre

L’Administration française aime ces belles réunions où chacun se congratule !

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Jean-François Colombet, Préfet du Doubs, Anne Vignot, Présidente de Grand Besançon Métropole et Nicolas Bodin, vice-président de la Métropole en charge de l'économie lors de la signature des conventions PAQTE à la préfecture du Doubs ©YQ

L’Administration française aime ces belles réunions où chacun se congratule !

« La politique de la ville, c’est d’abord l’affaire de la ville »

C’est avec ces termes que le Préfet Jean-François Colombet a entamé son propos devant la Maire de Besançon et une cinquantaine de chefs d’entreprises du périmètre de Grand Besançon Métropole, une façon de placer les responsabilités de chacun.

Pourtant, le Préfet rappelle aussi que les problèmes rencontrés dans les quartiers dits sensibles sont extrêmement complexes et ne peuvent être résolus qu’en partenariat entre l’Etat et les collectivités locales. « C’est ce que nous faisons depuis 40 ans autour de trois axes : l’urbanisme, le bien-vivre et l’insertion professionnelle ». Pour l’urbanisme c’est en cours avec le programme de rénovation urbaine de Planoise ; le bien-vivre demande encore du travail sur l’insécurité et les trafics ; l’insertion professionnelle est le cœur du réacteur de l’intégration, Jean-François Colombet en est convaincu.

Un mille feuilles de plus ?

Le dispositif PAQTE (Pacte avec les Quartiers pour toutes les Entreprises) est une recette de plus pour tenter d’insérer dans la vie professionnelle celles et ceux qui en sont éloignés, jeunes et adultes. Anne Vignot, la Maire et Présidente de Grand Besançon Métropole a « remercié les entreprises de leur engagement aux côtés des habitants des quartiers ». On peut s’interroger sur l’utilité de ces accumulations de mesures « administratives » quand le Préfet reconnaît en creux que rien n’a vraiment évolué depuis 40 ans.

2021, un bilan toutefois positif

Depuis le mois de janvier 2021, le dispositif PAQTE a été signé par plus de quarante entreprises de la Métropole qui ont reçu 60 élèves des quartiers dans les stages découverte de 3e et accueilli 151 personnes en intégration professionnelle. On recense en octobre 2021, 71 promesses d’embauches dans ce cadre particulier.

Inversions des priorités

Les entreprises signataires de ces conventions PAQTE sont presque unanimes. Le chef d’entreprise n’est plus tout puissant, le rapport de forces a changé de camp. SIS, au Valdahon, est signataire d’un contrat PAQTE. Cette entreprise qui intervient dans le domaine du luxe, peine à trouver des opérateurs maroquiniers. Pourtant, l’entreprise, fortement ancrée dans le territoire rural du premier plateau, déroule le tapis rouge aux demandeurs d’emploi des quartiers défavorisés : 14 semaines de formation en immersion dans l’entreprise, proposition prioritaire de CDI à l’issue de la formation, crèches, salles de sport et de repos, souci de la santé des salariés, accompagnement au logement et à la mobilité, le maroquinier « chouchoute » ses 1 000 collaborateurs. Pour beaucoup de personnes sans emploi, le travail n’est plus l’Alpha et l’Omega de la vie. Nicolas Bodin, vice-président chargé de l’économie à Grand Besançon Métropole le reconnaît « Nous avons de plus en plus en face de nous des personnes qui arrivent à l’âge de la retraite sans avoir jamais travaillé. Comment voulez-vous que leurs enfants soient motivés ? » L’élu s’empresse de préciser que ce n’est pas la majorité mais…

Une cinquantaine d’entreprises ont signé le 27 octobre une convention PAQTE dans les salons de la préfecture du Doubs ©YQ

Les représentants des entreprises ont donc signé les protocoles avec Grand Besançon Métropole et l’Etat, avant d’échanger autour d’un café :  Elles viennent du monde de l’intérim (Adecco, Manpower, Proman, Suppley…), du commerce (Castorama, Darty, Doubs Direct, Ibride, Intermarché, la Boutiques aux affaires, le Criollo, Leroy-Merlin, Metro…) des services (Allianz, CPAM, Centre hospitalier de Novillars, CERP, Eliad, Engie…) de l’industrie (SIS, Augé Microtechnic, CTS, Dimeco…) ou encore de l’hôtellerie-restauration (Cuisine Mode d’emploi, Mc Donald, My Little Italy, Samouraï sushis, Zenitude Hôtel…). Elles sont implantées en ville comme à la campagne (Coopérative Terre Comtoise).

On oubliera les petits fours dans les salons de la préfecture pour ne retenir qu’un seul fait : beaucoup d’entreprises ne peuvent se développer, manquant de main d’œuvre. Vincent Martin, le patron de la fédération des travaux publics vient encore de le rappeler « Plus de 300 postes sont à pourvoir sur l’ensemble de la région Bourgogne Franche-Comté au sein d’une profession attractive, tous niveaux de qualification confondus. Sur des métiers considérés comme pénibles, difficiles, soumis aux conditions climatiques, mal payés, les acteurs de l’emploi doivent changer d’angle de vue ».

Toutes les entreprises, quelles que soient leur activité, participent à la richesse, à la vie et à l’aménagement du territoire. Si les quartiers populaires ou difficiles ont un taux de chômage plus important, il ne faut pas, pour autant, abandonner  « les oubliés de la croissance » des zones rurales ou des centres-villes. La misère sociale se cache aussi derrière des murs en pierre de Chailluz et à l’orée des bois du Haut-Doubs.

Yves Quemeneur