Haut-Doubs. A Pontarlier : Le harcèlement scolaire fait parler de lui

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Le harcèlement scolaire est un véritable fléau pour qui le subit. Un phénomène amplifié par les réseaux sociaux,, qui peut conduire à des extrémités.

Un cas de harcèlement scolaire au sein d’un lycée pontissalien, révélé le 17 février dernier, a ébranlé l’opinion public. Sa gestion chaotique a été dénoncée, prouvant au passage les lacunes dans ce genre de dossier.

Stéphanie* est une maman en colère. Son fils Paul* a souffert d’ actes de harcèlement scolaire au sein de l’internat du lycée Xavier Marmier. “Mon fils a subi des jets d’objets dans la figure en pleine nuit , a constaté une disparition de ses affaires, a reçu des urines dans ses affaires et sur son matelas, il a eu des photos prises en pleine nuit affichées et transmises parmi les élèves sur les réseaux sociaux, des menaces, des pressions diverses, témoigne cette maman brisée. Il a eu le courage de dénoncer ce harcèlement à la rentrée après les vacances de la Toussaint.”
Suite à cette dénonciation, les équipes du lycée ont immédiatement réagi, convoquant victimes et harceleurs. Chacun a été entendu et les sanctions ont été immédiatement prises : l’un des harceleurs a été renvoyé du lycée et l’autre de l’internat. Toutefois, les deux jeunes gens ont été replacés dans d’autres lycées, pour le soulagement des victimes. “Cette solution semblait convenir à tous, indique Stéphanie. Mon fils retrouvait le sourire et la sérénité. Quant aux harceleurs, ils ont pu réintégrer un nouvel établissement et redémarrer une nouvelle page.”
Mais coup de théâtre ! Le rectorat revient sur la décision prise par le lycée et réintègre les harceleurs dans leur lycée d’origine, provoquant colère, indignation et incompréhension auprès des équipes enseignantes et des parents des victimes. C’est à l’issue de cette décision que Stéphanie a choisi de dénoncer ces faits, afin de protéger son enfant et de pointer les incohérences dans la gestion de l’affaire par le rectorat.
Suite à cet emballement médiatique, la cellule anti-harcèlement du rectorat a immédiatement contacté Stéphanie et les autres parents afin d’éclaircir l’affaire et venir en aide aux victimes. “La rencontre avec le recteur s’est bien déroulée et au fur et à mesure de l’entretien, nous avons mis à jour de nombreux dysfonctionnements. Je n’ai aucune haine ni ne veux de bouc émissaire ou de fusible dans cette histoire. Je veux juste qu’on progresse, vite, et que ce qu’ont vécu nos enfants permette ensuite à d’autres de l’éviter ou de se prémunir des écueils rencontrés.”

Cette histoire révèle qu’en dépit des effets d’annonce de notre gouvernement, les cas de harcèlement scolaire restent encore difficilement gérables et subissent des déconvenues fortement préjudiciables pour les enfants victimes. En France, 700 000 élèves sont persécutés au sein de leur établissement scolaire. Un phénomène qui s’amplifie avec les réseaux sociaux et la vitesse à laquelle vont les informations et les vidéos, mais également ce désir de faire « le buzz », toujours plus fort, toujours plus glauque. Plus grave encore, lorsque les victimes n’arrivent pas à parler, elles sont conduites à des actes extrêmes, de plus en plus jeunes. On se souvient de Marion, qui mit fin à ses jours à 13 ans seulement en 2013, ou bien encore Eva, 11 ans, dans le Val d’Oise. Face à ce fléau polymorphe le Gouvernement décide de mettre les bouchées doubles pour venir en aide aux victimes et sensibiliser tout un chacun sur phénomène vecteur de grandes souffrances. Des plans d’action et de prévention sont menés en France et un numéro vert, le 3020 a été mis en place. Un numéro qui mériterait d’être amélioré, à en croire Stéphanie qui les avait contactés : « Ils m’ont simplement conseillé un ouvrage à lire ! Je ne me suis pas sentie particulièrement soutenue ! » ironise-t-elle.
Il y a encore du chemin à parcourir avant que les victimes ne soient vraiment entendues et soutenues. A la suite de la décision du rectorat, Paul s’était refermé, arguant qu’il ne parlerait plus puisque cela ne servait à rien …
Désormais, les tensions disparaissent au sein du lycée Xavier Marmier. La décision initiale du conseil de discipline a été maintenue et c’est avec sérénité que Paul et ses amis ont repris le chemin de l’école.

*Les prénoms ont été modifiés.

ENCADRE
Le cas Quaden Bayles
Au moment des faits pontissaliens, et comme un écho, une vidéo a circulé sur les réseaux sociaux, montrant un jeune garçon australien, atteint de nanisme, exprimer sa volonté d’en finir avec la vie. Son appel déchirant, motivé par le harcèlement dont il était victime, a été vu des millions de fois et ému une bonne partie de la planète. Mais en voulant sensibiliser la population sur le harcèlement, la maman de Quaden a subi les foudres des internautes, l’accusant de « fake video », et émettant les hypothèses les plus farfelues, et détestables, sur son fils. Le harcèlement et la bêtise humaine ne s’arrêtent donc pas aux grilles de l’école …

Le harcèlement concerne des jeunes élèves de plus en plus jeunes