Haut-Doubs. A Pontarlier : Malaise grandissant dans les rangs étudiants.

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La détresse des étudiants est de plus en plus palpable et mène certains d'entre eux à des gestes extrêmes. Il est temps d'ouvrir les yeux sur un fléau générationnel.

Le sujet fait débat et se veut même douloureux : la vie étudiante est de plus en plus chère, à en croire les chiffres avancés par l’UNEF en août dernier.

2,83% : tel est le pourcentage pris par le coût de la vie étudiante. Un bond magistral qui vient gréver des budgets déjà fragiles, une augmentation au double de l’inflation. Le logement fait partie des dépenses majeures des étudiants puisqu’il concerne en moyenne 69% du budget mensuel. Les loyers n’ont eu de cesse d’augmenter, à l’instar du prix des transports publics. Besançon figure parmi les dix villes de France subissant les hausses conjointes du logement et du transport. Banqueroute assurée pour les étudiants qui peinent de plus en plus à joindre les deux bouts. Un autre aspect a été souligné par l’UNEF, la différence de budget entre étudiants et étudiantes. Les produits féminins, qualifiés de “taxe rose”, nécessaires à l’hygiène féminine, fait augmenter le panier de dépenses annuelles de 530€, soit plus de 44€ par mois. Un budget qui compte, surtout pour les quasi 20% d’étudiants vivant sous le seuil de pauvreté, c’est-à-dire avec moins de 987€ mensuels. Face à cette “précarité menstruelle”, certaines jeunes femmes, à l’instar de Juliette*, doivent choisir entre “manger ou rester propre”.

Une situation intolérable pour les jeunes gens, mais également pour les proches qui ne manquent pas de dénoncer une telle situation. C’est le cas de Marie-Anne qui s’exprime en ces termes :”Je trouve qu’il est urgent de dénoncer l’abus du coût des études auquel doivent faire face des étudiants qui se retrouvent obligés d’emprunter ou de travailler tellement pour payer leurs études qu’ils n’ont plus le temps d’étudier. Oui , c’est vrai , j’ai eu le cas dans ma famille,certains étudiants ne peuvent plus manger ou s’habiller correctement lorsqu’ils étudient, même en travaillant. C’est une honte, les études et les bons postes ne seront-ils réservés qu’aux riches? Les prêts étudiants vont ils asservir pour longtemps les futurs actifs? ( avant même leur entrée dans la vie qu’on leur souhaite de tout cœur active par la suite) ?” Un véritable cri du cœur qui nous est parvenu suite à l’immolation d’Anas, ce jeune garçon lyonnais de 22 ans qui par ce geste désespéré tentait d’alerter les autorités sur ce fléau qu’est la précarité.

Bien que dramatique de nos jours, la pauvreté étudiante ne date pas d’hier à en croire le témoignage de Carine, 39 ans : « J’ai passé ma licence en Sciences du langage et de la communication au tout début des années 2000, à l’université de Besançon. En raison des revenus de mes parents, et malgré une rupture familiale, je ne touchais que très peu de bourses. Seuls mes droits d’inscription étaient payés. Je n’avais pas de ressources de ce côté-là. La pension alimentaire de 300€ versée par mon père ne suffisait évidemment pas à survivre. J’ai donc dû cumuler les emplois, en plus de mes études. Je me suis vue hôtesse d’accueil en clinique le week-end, garde d’enfant le soir et employée de restauration rapide en journée. Mes amies de fac me redonnaient la majorité des cours et j’arrivais seulement à me libérer pour les partiels. Je n’avais pas de vie, ne sortais jamais, épuisée. Mais quelle fierté d’avoir décroché mon diplôme au bout du compte ! Je comprends aujourd’hui le combat des étudiants : leur situation s’est dégradée alors qu’il y a 20 ans en arrière, ce n’était déjà pas fameux ! »

Pour Simon, étudiant en 2e année de STAPS, la vie n’est pas gaie non plus : « J’ai un objectif professionnel en tête, auquel je tiens tout particulièrement. C’est ce qui me permet de m’accrocher. Je dois travailler tous les week-ends pour payer ma part de colocation dans un appartement qui sent bon la moisissure. Les cours sont fatigants et nécessitent d’être en bonne santé. Je ne vais pas vous mentir : je n’ai pas l’impression d’être au maximum de mes capacités ! J’ai dû contracter un prêt pour l’achat d’une voiture … Un tout petit prêt, qui fait quand même du mal à un budget exsangue. Le sort de mes camarades n’est pas plus envieux. Certains ont dû abandonner leurs études, épuisés et déprimés. »
Une toute dernière mesure prise par le gouvernement a fait grincer des dents ces derniers jours : la mise en place d’un numéro d’urgence destiné aux étudiants précaires. Un numéro qui s’avère …payant ! Le prix d’une communication locale, généralement prise dans le forfait ou qui coûtera quelques centimes …mais payant quand même, comme un pied de nez malvenu alors que la colère gronde.

Poursuivre ses études peut être une véritable gageure pour des milliers d’étudiants qui vivent sous le seuil de pauvreté