Haut-Doubs. La nuit aux Bréseux, les lumières s’éteignent pour sauver la faune, la flore et la facture

Après la commune des Bréseux dont le retour d’expérience s’avère précieux, Le Pnr du Doubs Horloger va se pencher activement sur cette question pour se réapproprier la nuit, l’énergie et la biodiversité.

467
Si Thomas Pesquet a survolé la commune de jour il a pu apprécier un joli village... mais de nuit, il n'a vu que du noir!

Depuis environ 15 ans, le village des Bréseux aux portes de Maîche vit dans le noir de minuit à 5h du matin. Une décision que le maire actuel, pas encore élu à l’époque n’avait pas forcément comprise mais qu’aujourd’hui il défend ardemment : « Il y avait beaucoup d’idées reçues sur le sujet et certaines perdurent encore comme le fait de lier insécurité et obscurité mais les chiffres montrent que ce n’est pas le cas », explique Alexandre Monnet.

Il va même au-delà en poursuivant le remplacement des anciens lampadaires de la commune par des équipements Led moins énergivores. « Ils ont une puissance de 65 watts et nous les limitons à 80% de leur capacité » poursuit-il, expliquant que tout l’éclairage public n’est pas encore rénové mais que ce sera alors une autre étape. « Pour l’instant, la lumière est coupée sur une certaine tranche horaire, mais quand tous les points lumineux seront en Led, on pourrait très bien réduire progressivement l’intensité au fil des heures avant la coupure complète ». A ce jour, malgré l’augmentation du nombre de lampadaires aux Bréseux, la facture annuelle est passée de 4200€ à 3100€ soit une baisse notable de 25%. « Mais l’important n’est pas là. C’est surtout une baisse de la consommation d’énergie et une prise de conscience de l’impact négatif de cet éclairage nocturne sur la santé et la biodiversité », ajoute l’élu devenu un véritable ambassadeur auprès notamment de ses collègues du Doubs Horloger.

Lutter contre les idées reçues

Une réflexion se met en effet en place à l’échelle du Parc naturel régional Parc Naturel Régional qui souhaite « Un ciel étoilé pour le Doubs Horloger ». Un vaste programme sachant l’inflation impressionnante de ces trente dernières années avec pas moins de 89% de points lumineux en plus dans le pays. Inès Maire-Amiot, chargée de mission Transition Energétique souhaite une prise de conscience collective, en s’attaquant d’abord à des croyances bien ancrées : « La sécurité routière dépendrait de la qualité de l’éclairage… Or, il est prouvé que les conducteurs sont plus avertis, prudents et attentifs lorsque l’éclairage est éteint. On note une baisse du nombre d’accidents graves dans ce cas précis. D’autre part, aucune étude ne montre la véracité de l’éclairage public comme moyen de dissuasion de la délinquance et de la criminalité. Par exemple, 80% des agressions et des cambriolages ont lieu de jour ».

Des chiffres pour convaincre

L’impact est bien réel sur le rythme circadien, ce cycle biochimique de 24h basé sur l’alternance jour/nuit. Il en est de même pour la biodiversité et les écosystèmes comme le confirme Maxime Delavelle Chargé de mission milieux naturels : « Un environnement nocturne est essentiel pour toutes les espèces, diurnes ou nocturnes, aquatiques ou terrestres, vertébrés, insectes et végétaux. Toutes les espèces sont concernées notamment parce qu’il contribue à leur bon fonctionnement physiologique et à leur rythme biologique ». Il prend également un exemple marquant : les papillons de nuit représentent environ 90% des espèces de lépidoptères connus. Or, ces acteurs majeurs de la pollinisation sont mis à mal par la pollution lumineuse nocturne. Les points lumineux seraient la 2ème cause de mortalité des insectes après les insecticides. En saison estivale, 150 insectes meurent chaque nuit par point lumineux, d’épuisement, prédation ou brulés par la chaleur.

Autres chiffres, l’éclairage public représente en moyenne 21 % des dépenses énergétiques des communes. Dans le département du Doubs cela représente en moyenne 11 € par habitant par an.

 

Le maire des Bréseux a expliqué la situation de sa commune aux autres élus du territoire.