Haut-Doubs. Et la culture dans tout ça ?

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La Sarbacane Théâtre, comme tant d'autres compagnies, interviennent dans les établissements scolaires, dans le plus grand respect du protocole sanitaire en place. Crédit : Sarbacane

Alors que la Covid est entrée dans nos vies depuis maintenant un an, de très nombreux secteurs sont touchés, notamment la restauration. Mais également la culture qui, malgré tout, continue d’agir, dans l’ombre parfois et dans l’attente de jours meilleurs.

Florent Brischoux est un artiste pontissalien à multiples casquettes : comédien, auteur, metteur en scène, chroniqueur humoristique, il nous régale par sa vision acide et fine du monde qui nous entoure. Il pose un regard malgré tout optimiste sur la crise qui agite son monde, tout en ayant conscience des difficultés qui s’annoncent : « Avec Jordan Texeira, Florent Lafosse et Mary Brischoux nous avons eu l’opportunité de créer un tout nouveau spectacle qui allie musique et théâtre. Nous avons pu le présenter devant des professionnels à Morteau en tout début d’année. Nous avons conscience que c’est une grande chance pour nous même si l’avenir est très flou. » En effet, même si les résidences d’artistes sont autorisées, tout comme les répétitions, les salles de spectacle, fermées depuis novembre, repoussent majoritairement les dates initialement prévues. « Cela forme un énorme bouchon, déplore Alexandre Ninic, codirecteur de la structure culturelle pontissalienne Sarbacane Théâtre. Cette perspective s’étend sur plus d’un an et ne laisse que très peu de place à la création. Les nouveaux spectacles qui se créent aujourd’hui n’ont pas beaucoup de chance d’être programmés. Et c’est véritablement problématique ! Il serait nécessaire d’adopter une politique visant à soutenir à la création et ne pas donner tous les moyens aux grosses machines déjà bien huilées. » Florent Brischoux acquiesce : « Afin de sauver leurs salles et reconstituer une trésorerie, il a fort à parier que de très nombreux théâtres ne programment que des gros spectacles, avec des têtes d’affiches qui attirent du monde. C’est naturel, on ne peut pas lutter contre. »

“La culture s’adapte à la situation actuelle. Elle n’a jamais cessé de se réinventer !” Crédit : Sophie Cousin

Une intermittence entre parenthèses

Le régime spécifique des intermittents risque lui-aussi d’être malmené. Pour rappel, afin de déclencher son statut, un intermittent doit réaliser 507h en 12 mois et ce statut est réévalué chaque année. Le contexte actuel ne permettant qu’à très peu d’artistes de renouveler leur statut cette année, le gouvernement a décidé de repousser la date anniversaire de tous au 1er septembre prochain. Une décision qui sonne comme une bulle d’air bien fragile : « Combien d’intermittents vont rester sur le carreau à la rentrée ? s’interroge Florent Brischoux. Rien n’est anticipé sur la réouverture. » « L’été va être décisif pour de nombreuses intermittences, ajoute Alexandre Ninic. Nous comptons tous sur un assouplissement estival et surtout sur la possibilité de proposer des festivals, des spectacles, des concerts sur cette période d’ordinaire si riche en événements. »

Se réadapter

La Sarbacane Théâtre, comme beaucoup d’autres compagnies, a pris le taureau par les cornes et s’adapte à la nouvelle situation : « Nous continuons de proposer des projets d’éducation artistique et culturelle au sein des écoles. Nous travaillons notamment avec le collège Malraux, l’IME et l’UNAP. Et nous avons pour projet de créer un centre culturel itinérant pour notre Trans’Humance. Nous avons donc confié le projet du design de la roulotte aux étudiants de la section DN MADe du Lycée Ledoux de Besançon. Un projet qui entre pleinement dans leur cursus scolaire puisqu’il est le sujet de leur examen ! » Florent Brischoux, avec sa compagnie des Zygomatiques, s’est lui aussi plié aux exigences du moment : « Le tout nouveau spectacle que nous avons créé, Croc’Mots, est une petite forme qui peut se jouer partout, devant un public restreint. Il passe partout et c’est justement cette petite forme qui pourra le sauver. » Fini les grosses productions et place aux spectacles à la technique légère qui peuvent s’inviter dans les salles de classe ou sur les grandes scènes de théâtre, se jouer devant une poignée de spectateurs ou devant un large public. « Nous savons déjà que le vendre ne sera pas facile et, honnêtement, nous imaginons mal les théâtres nous appeler. Mais il faut tout tenter et c’est pourquoi nous montons un teaser du spectacle que nous diffusons un peu partout. » L’artiste conclut : « La culture n’est pas vitale en soi, mais il est dangereux de vivre sans ! »
La Sarbacane, quant à elle, réfléchit déjà à la forme qu’elle donnera à son festival Pont des Arts : « Je rêve de me retrouver dans un chapiteau blindé de gens mais ce n’est pas possible et, à mon avis, ce ne sera pas pour tout de suite, soupire Alexandre. Et surtout, rien ne sera plus comme avant, je le crains. Cette année, nous réfléchissons à un festival éclaté dans la ville, proposant des animations disséminées un peu partout. Cela permettra d’éviter la concentration de public et nous étalerons le festival sur une plus longue période. Il faut se réadapter. La culture, quant à elle, n’a jamais cessé de se réinventer ! »

La Cie des Zygomatiques propose un tout nouveau spectacle. Crédit : Bulma