Haut-Doubs. Histoire de grenouilles

113
La saison des grenouilles bat son plein, mais pas n'importe comment ! Photo d'illustration

C’est encore la pleine saison des grenouilles, qui coassent joyeusement dans nos mares. Certains n’hésitent pas à franchir les limites de la loi pour s’en approprier.

Les fins gourmets adorent ce mets délicat que représentent les cuisses de grenouilles. Chaque année, des pancartes fleurissent aux abords des restaurants pour indiquer la présence de ce plat ultra saisonnier. Covid oblige, certains professionnels ont dû se réinventer et proposer ces petites merveilles à l’emporter. Cela n’a pas découragé les amateurs qui s’en sont régalés par centaines.
D’où viennent-elles ?
Chaque année, la France importe 5000 tonnes de grenouilles dont la provenance n’est pas forcément celle à laquelle vous pensez. En effet, les cuisses que nous consommons proviennent majoritairement d’Indonésie. Mais ce n’est pas tout. L’Institut de systématique, évolution et biodiversité, composé de chercheurs du Muséum national d’Histoire naturelle (MNHN), du CNRS, de l’Ecole Pratique des Hautes Etudes et de l’Université Pierre et Marie Curie, a démontré que les cuisses de grenouilles contenues dans les sachets de surgelés achetés n’étaient pas issues de l’espèce mentionnée sur l’emballage. Et ce, « dans 99 % des cas », assurent les chercheurs. On parle là de cuisses vendues surgelées et dont le paquet indique « Rana Macrodon ». Sur les 209 spécimens étudiés étiquetés « Rana macrodon », 206 appartiennent en réalité à l’espèce Fejervarya cancrivora. Ces deux espèces de grenouilles sont aussi éloignées que le mouton et la vache !

Espèce protégée

En France, le prélèvement de grenouilles dans le milieu naturel est extrêmement réglementé car l’animal est une espèce protégée. Dans le Doubs, le ton s’est durci en 2019. Si vous souhaitez ramasser des grenouilles chez vous, il vous faut une autorisation préalable de la préfecture. Plusieurs formulaires sont disponibles en fonction du nombre de batraciens prévus. En dessous de 500, vous devez prélever avec des engins tels que nasses, épuisettes …Au-dessus de 1500, il vous faudra remplir une demande de commercialisation. Même processus pour des prélèvements en bord de route ou dans un champ. Sans autorisation, vous serez alors considéré comme braconnier et pourrez écoper d’amendes allant jusqu’à 150 000€. Un risque qu’a couru cet homme aux alentours d’Oye et Pallet la semaine dernière. Repéré par sa lampe poche par une habitante qui craignait un cambrioleur, il a été appréhendé par les gendarmes alors qu’il était en possession d’une quarantaine de batraciens. Ces derniers ont été relâchés dans la nature et l’individu attend sa condamnation.