Haut-Doubs. Le Doubs disparaît peu à peu, mais vit encore en souterrain

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La disparition du Doubs entre Arçon et Ville-du-Pont inquiète, mais n'est pas seulement causée par le réchauffement climatique.

Les récents clichés entre Arçon et Ville-du-Pont, où la rivière du Doubs disparaît, ont inquiété la population, à commencer par les habitants et pêcheurs. Une dizaine de kilomètres, où l’eau ne circule que partiellement. Le réchauffement climatique serait-il la seule cause de cet assèchement ? Pas seulement. Explications.

L’assèchement du Doubs n’est pas nouveau, mais s’intensifie année après année. Alors que l’été 2021 n’a pas connu de fortes chaleurs, le Doubs n’est plus là, sur certaines portions. Les raisons sont multiples.

Un manque conséquent de matériaux roulants

L’EPAGE, l’établissement public d’aménagement et gestion de l’eau du Haut-Doubs Haute-Loue vient de présenter aux différents élus du territoire, une étude de plusieurs années, sur la transformation de la rivière afin de comprendre pourquoi celle-ci n’est plus visible et comment l’éviter. La première raison pour Philippe Alpy, président du syndicat, est historique.

 » Le sol dit karstique est composé de plusieurs couches de roches, dont majoritairement du calcaire, avec des failles. Juste au-dessus, il y a des matériaux dits  » roulants ». graviers, galets… Pendant de nombreuses années, l’Homme a fait des prélèvements de ces matériaux roulants. C’était méconnaître les conséquences à long terme car ils concourent à la dynamique de la rivière. Son lit est aujourd’hui trop large par endroit. Il doit être réduit pour garder une intensité et une vie aquatique . Or, quand on prélève trop de matériaux roulants qui pourraient en suivant le cours d’eau, boucher ces failles, le plancher karstique est très exposé. Il n’y a plus assez de protection.  »

Vers Arçon justement, une nouvelle faille a récemment été mise en évidence. L’État a autorisé le syndicat à agir. Quatre camions de chantiers, ont déversé différents gravats, pour tenter de résorber la faille.

Un sol karstique qui suit son cours

Paradoxalement, après avoir été l’une des causes de cet assèchement du Doubs, la main de l’homme serait aujourd’hui la seule solution pour redynamiser la rivière. Car l’eau circule énormément, en souterrain.  » On recense plus de 90 failles sur le tronçon du Doubs, y compris sur les petites rivières. Des pertes, qui alimentent d’autres bassins versants. C’est le volet secret et mystérieux du karst, son réseau est très complexe. En résumé d’un même lieu, une alimentation peut venir de la Loue et de l’Ain. », poursuit Philippe Alpy.

Avec le temps et ses failles, le karst se délite, le calcaire se désagrège avec l’oxydation. Sur l’échelle d’un millénaire, sa forme évolue et modifie les cours d’eau. Les failles se creusent, de façon aléatoire et modifie l’évolution du Doubs. « La main de l’homme a accéléré cette modification, qui est pour autant inévitable. »

10 millions d’euros de travaux nécessaires

Les hydrogéologues qui ont travaillé sur le Doubs s’accordent aujourd’hui à dire que si rien n’est fait en l’état, avec le changement climatique et l’évolution du sol karstique, il faudra s’attendre à des disparitions d’autres portions du Doubs.

 » Notre étude morphologique est arrivée à terme en juin dernier, et nous avons présenté le contenu aux différents élus, lundi 6 septembre. La « meilleure » solution nécessite des travaux estimés à environ 10 millions d’euros. Il faudrait des milliers de m3 de matériaux pour redonner une dynamique à la rivière. L’étude est seulement portée à connaissance pour l’instant. Elle arrive au bon moment, mais il ne faut pas s’agiter, nous sommes sur une dimension d’aménagement de plusieurs années. « , tempère le président de l’EPAGE.

A la communauté de communes de Montbenoît, tous les élus ont déjà donné leur accord pour lancer des travaux de réhabilitation de la rivière.  » La disparition de l’eau, c’est ce qui produit pour l’Ain par exemple. C’est un sujet que nous maîtrisons, nous avons fait un travail similaire sur le Drugeon depuis 30 ans !  »

Martin SAUSSARD