Haut-Doubs. L’immobilier et les travailleurs frontaliers : un marché bien spécifique

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A Villers-le-Lac, comme sur toute la ceinture frontalière, les prix de l'immobilier s'indexent sur les revenus suisses. Photo : Mairie de Villers

Dans le département du Doubs, et plus spécifiquement sur la bande frontalière, plus de 26 000 personnes travaillent chez nos voisins suisses.

Thierry Bernardin, conseiller indépendant chez Safti, travaille à Villers-le-Lac et connaît le secteur et ses particularités immobilières comme sa poche. “Malgré la crise liée à la Covid-19, le marché immobilier a su rester très actif dans la zone géographique que je couvre, admet-il. La demande est toujours aussi forte, notamment de la part des travailleurs frontaliers, qui représentent environ les 2/3 de mes clients.” Si la crise n’a pas refroidi les velléités d’achat, les vendeurs, quant à eux, se montrent un peu plus réservés : “Le chômage partiel se poursuit en Suisse pour certaines catégories d’emploi et les travailleurs frontaliers, notamment dans le domaine de l’horlogerie, ne savent pas trop sur quel pied danser. On assiste à une prudence certaine de la part des vendeurs, ce qui tend un peu plus le marché vu que les acheteurs, eux, sont toujours présents.” Il ajoute : “Il faut aussi reconnaître deux catégories de frontaliers : ceux qui ont toujours vécu ici et ceux qui arrivent d’autres régions. Les premiers sont plutôt demandeurs de maisons à acheter, certains de leur lieu de résidence vu qu’ils y vivent depuis toujours ! Quant à la deuxième catégorie, ceux qui la composent recherchent davantage des appartements plus petits, afin de voir si la vie dans le Haut-Doubs leur convient avant de voir plus grand !” Autre phénomène auquel les professionnels de l’immobilier assistent : une demande croissante de locations. “Là encore, il s’agit de travailleurs frontaliers fraîchement arrivés qui ne souhaitent pas investir dans la pierre au départ. La recherche est souvent la même : un appartement avec deux chambres et un garage. Mais le marché est saturé et bien souvent, les annonces n’ont pas le temps de paraître que le bien est déjà loué !” Même constat sur Pontarlier et ses alentours qui connaît une pénurie de logements à louer, créant une demande très forte et une offre très réduite.

Des taux d’intérêt intéressants

Autre phénomène actuel : les jeunes travailleurs frontaliers profitent de taux d’emprunt encore exceptionnellement bas pour s’offrir leur premier bien. “On assiste à une véritable explosion d’achats de la part de jeunes de moins de 30 ans, s’enthousiasme Thierry Bernardin. Avec un pouvoir d’achat assez fort et des taux très bas, les jeunes gens sautent le pas plus facilement et accèdent ainsi à la propriété avant même de souffler leurs 30 bougies. Ils savent saisir l’opportunité qui leur est offerte !” Des conditions de financement qui séduisent aussi les travailleurs non-frontaliers mais qui doivent se contenter de biens plus modestes, ce qu’avoue Thierry Bernardin à demi-mot : “Il est vrai que le marché frontalier affiche des prix assez élevés. Mais même sans travailler en Suisse, il est possible d’accéder à la propriété, en acquérant un bien avec des travaux par exemple.” Une solution adaptée notamment aux personnes sachant bien bricoler et ne craignant pas de passer une bonne partie de ses week-ends à retaper une maison. Mais Thierry est lucide : “Le pouvoir d’achat des frontaliers impacte forcément les prix du marché immobilier et par conséquent, il ne sera pas possible à un couple travaillant en France d’acquérir une grande maison terminée et sans travaux. Il faudra faire des concessions.”
Pourtant, le marché immobilier se porte plutôt bien puisque globalement, il y a plus de demandes que d’offres et qu’en moyenne, un bien se vend en quelques semaines. “Quand le prix est juste, un logement se vend vite et bien.”
Les tendances dépeintes par Thierry Bernardin se retrouvent sur le marché pontissalien, lui-aussi fortement conditionné par les frontaliers.

Des Suisses qui s’expatrient

« Je reçois de plus en plus d’appels de Suisses cherchant à acquérir un bien immobilier en zone frontalière, ajoute l’agent immobilier. C’est une tendance qui se dessine de plus en plus vu qu’ils constituent environ 30% de mes contacts actuels. » Il faut bien admettre que l’immobilier en Suisse est ajusté à leur niveau de revenus et, par conséquent, l’immobilier haut-doubiste devient on ne peut plus séduisant, même à des tarifs jugés « élevés » par rapport à la moyenne nationale.